OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Clashe ta boîte sur Facebook http://owni.fr/2011/12/05/clash-entreprise-facebook-twitter-licenciement/ http://owni.fr/2011/12/05/clash-entreprise-facebook-twitter-licenciement/#comments Mon, 05 Dec 2011 14:48:20 +0000 Olivier Cimelière http://owni.fr/?p=89294

L’histoire a surgi sans crier gare au détour d’un blog publié le 8 novembre 2011 sur la plateforme de micro-blogging Tumblr. Intitulé « The real story – histoire d’un licenciement abusif », le site émane de l’ancien directeur de BNP Paribas Securities Services (BP2S), Jacques-Philippe Marson. A ses yeux injustement licencié pour faute grave en 2010, qu’il juge injustifié, il entend désormais porter son conflit avec la banque sur la place publique comme l’a révélé OWNI le 25 novembre.

Le fait pourrait sembler anecdotique et relever uniquement d’un conflit privé qui tourne au vinaigre entre un employeur intraitable et un ex-salarié évincé brutalement. Or, la controverse, abstraction faite du fonds de l’affaire pour laquelle je n’ai pas les compétences de juger, est loin d’incarner un évanescent épiphénomène. Avec la vigueur incontestée des réseaux sociaux et leur ancrage croissant dans le quotidien des gens, les entreprises vont très probablement se retrouver de plus en plus confrontées à d’acrimonieux salariés partageant depuis l’interne ou l’externe, leurs coups de gueule et leurs déboires professionnels. Avec des impacts réputationnels non négligeables à la clé. Petit tour d’horizon en quelques illustrations non-exhaustives et tentative d’analyse.

Coup de canif dans l’omerta bancaire

La démarche de Jacques-Philippe Marson a de quoi surprendre tellement la discrétion des lambris capitonnés de la banque s’applique en toutes circonstances, y compris lorsque les conflits les plus violents s’y produisent. Pourtant, des lézardes s’y étaient déjà faites jour avec la récente affaire Kerviel/Société Générale. Soutenu par des communicants rôdés, le trader jugé fautif n’avait pas hésité un instant à répandre publiquement tous les errements et contradictions des salles de marché. L’ancien directeur de la communication lui-même, Hugues Le Bret, s’était fendu par la suite d’un livre confession où il narrait par le menu et depuis les coulisses, le déroulement d’un des plus gros scandales bancaires. A cet effet, il y peignait sans concession des portraits veules et peu amènes de quelques acteurs ayant été mêlés au dossier.

Cette fois, la démarche du directeur déchu de BP2S est solitaire mais n’en est pas moins rentre-dedans. Sur la forme tout d’abord, tout est mis en œuvre pour s’assurer un écho maximal. Le site est publié sur Tumblr, la plateforme de blogging qui vient de détrôner la référence Wordpress et qui surtout connaît un succès foudroyant auprès des influenceurs numériques (dont les journalistes) toujours soucieux d’avoir une innovation d’avance. Ensuite, le contenu est systématiquement traduit en anglais, histoire sans doute d’élargir l’impact potentiel auprès de médias traditionnels et sociaux anglo-saxons souvent friands de petites histoires.

Le ton est également extrêmement offensif et fulminant comme en témoigne cet extrait :

Après une longue période de silence (j’en expliquerai les raisons) et face à l’injustice bien organisée que je subis, j’ai décidé de me défendre et de m’exprimer publiquement par la voie de ce blog. Tout ce qui sera publié sera factuel et appuyé par des preuves écrites et par des témoignages. Je décrirai les événements tels que je les ai vécus, étape par étape, sous forme d’un résumé et d’une narration détaillée (…) Dans ce dossier, tout porte à croire que la décision de me licencier a été prise le premier jour de l’inspection. A partir de cette date, le groupe a déployé des moyens considérables, internes et externes, pour tenter de démontrer le bienfondé de sa décision … en vain.

On ne peut guère faire plus clair en termes de pressions menaçantes. Toutefois, la récolte a été bien maigre en articles puisqu’en plus d’OWNI, seul le site L’Expansion/L’Express s’est fait écho du dossier jusqu’à aujourd’hui.

La schizophrénie digitale des entreprises

Même si dans ce cas précis, la banque incriminée a feint de ne prêter qu’une attention mesurée aux attaques de son ancien cadre – elle a tout de même bloqué l’accès du blog en interne -, les entreprises ont malgré tout conscience que la donne réputationnelle est en train d’être sérieusement bouleversée avec l’entrelacs des réseaux sociaux où les frontières entre vie privée et vie professionnelle ont tendance à s’estomper. Une étude menée par le fabricant de logiciels de sécurité Symantec souligne que 94% des entreprises reconnaissent des incidents liés aux médias sociaux et ayant des répercussions concrètes sur l’image de l’entreprise, ses activités et ses relations avec les clients.

Cependant, reconnaître n’implique pas forcément admettre ou comprendre. Face à ce qu’elles estiment constituer un péril pour la réputation de leur enseigne, les entreprises oscillent souvent entre l’établissement de chartes internes pour tenter de réguler de potentielles dérives et l’inflexibilité radicale en bloquant les accès aux réseaux sociaux depuis les postes externes. Selon une étude du Kaspersky Lab en septembre 2011, 64% des sociétés françaises ont recours à de telles extrémités à l’heure où le Web 2.0 bat son plein et où ces mêmes sociétés déclament vouloir investir celui-ci … pour leurs marques !

De fait, les réseaux sociaux sont encore perçus en majorité sous l’angle de la marque employeur. On ouvre souvent une page Facebook, un fil Twitter ou un blog à l’effigie de l’entreprise avec des objectifs essentiellement liés à des problématiques RH de recrutement. C’est certes un canal extrêmement important puisqu’en 2011, une étude MBAonline montre que 36 millions de postes ont été pourvus via les réseaux sociaux aux Etats-Unis. Il n’en demeure pas moins que se cantonner uniquement à cet aspect revient à ne considérer qu’une des deux faces d’une pièce !

Le silence est d’or mais la parole est digitale !

N’en déplaisent aux dirigeants, vouloir ériger des murs digitaux autour de leurs employés procèdent plutôt du fantasme inatteignable que d’une démarche constructive. Il ne s’agit évidemment pas de sombrer inversement dans le laxisme le plus total et laisser les collaborateurs s’épancher sans retenue. Mais pour autant, il est vain de s’adonner à l’ultra-contrôle.

Ainsi, en septembre dernier, un employé de Microsoft, Joe Marini, n’a pas pu s’empêcher de tweeter fièrement à plusieurs reprises ses impressions personnelles sur le futur premier mobile fruit de l’union de Nokia et de la firme de Redmond, le Lumia 800. Impressions tellement précises qui eurent le don d’agacer son employeur d’autant qu’il n’en était pas à sa première incartade. L’homme fut congédié mais ce dernier n’a guère tardé à retrouver un poste chez … Google dans le domaine du développement et de la téléphonie. Autant dire qu’il aura tout loisir de mettre à profit son savoir autrement que par Twitter !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Ceci dit, Google s’est retrouvé face à un cas similaire un mois plus tard. Steve Yegge, ingénieur logiciels impliqué dans le développement du nouveau réseau social Google +, a rendu publique par erreur une note interne assassine où il qualifie le projet d’« exemple parfait de notre échec complet à comprendre les plateformes ». Plus loin, il continue son carnage verbal en comparant Google + et Facebook :

Google+ est une réaction réflexe, un cas d’école de pensée court-termiste, fondé sur la notion fausse que Facebook a du succès car ils ont bâti un super produit. Mais ce n’est pas ça, la raison de leur succès. Facebook a du succès car ils ont construit une constellation entière de produits en autorisant les autres à faire le boulot. Ce qui fait que Facebook est différent pour chacun

. Une boulette qui est tombée d’autant plus mal que Google + marque de plus en plus le pas auprès des internautes ! A ce jour, Steve Yegge est toujours en poste mais nul doute qu’il doit être très probablement dans ses petits souliers, Google n’ayant guère pour habitude de badiner avec les secrets éventés par les Googlers !

Dura lex sed lex ? Pas si sûr !

Les salariés s’emparant du Web pour régler des comptes ou se défouler d’un mal-être subi dans l’entreprise ne sont certes pas inédits en soi. Chacun se remémore sûrement de la passe d’armes digitale et judiciaire qui a opposé en 2006, le constructeur automobile Nissan et une salarié qui avait conté sur son blog sa mise au placard puis son licenciement. L’impétrante fut condamnée pour diffamation mais non obligée par les juges de fermer le blog.

Bien que le droit du travail exige des notions de loyauté, de confidentialité et de discrétion d’un employé vis-à-vis de son entreprise, l’article 7 de la Convention européenne des droits de l’homme préserve la liberté d’expression du salarié – citoyen. Le même code du Travail français renchérit avec l’article L.146-1 :

(si) les salariés bénéficient d’un droit à l’expression directe et collective sur le contenu, les conditions d’exercice et l’organisation de leur travail et que les opinions que les salariés, quelle que soit leur place dans la hiérarchie professionnelle, émettent dans l’exercice du droit d’expression ne peuvent motiver une sanction ou un licenciement.

Extension du domaine de la lutte

Et de ce droit, nombreux sont ceux à s’en priver de moins en moins pour dénoncer des choses qui constituent à leurs yeux des dérives ou des injustices patentées. A cet égard, on peut citer le blog de Mourad Ghazli. Salarié de la RATP et ex-syndicaliste, il a osé contredire la direction de l’entreprise aux prises avec une affaire poisseuse de harcèlement sexuel impliquant un autre syndicaliste en échange d’avancement professionnel pour les personnes qui acceptaient. Pour Mourad Ghazli, la direction connaissait les agissements du personnage. Aussi pour étayer ses dires, n’a-t-il pas hésité à publier sur son blog une vidéo et des photos troublantes où figurent des hauts dirigeants de la RATP avec le dit personnage. Actuellement, il affronte une plainte pour diffamation et une procédure de révocation disciplinaire.

Dans des registres proches, on peut aussi parler de la chronique que tient un ingénieur anonyme sur Rue89 sous le pseudo « Bientôt licencié ». Ayant su par SMS fin septembre 2011 que sa société high tech allait être liquidée, il a décidé de narrer le quotidien des employés jusqu’à l’inéluctable conclusion. Tout y passe, des réunions de CE où la direction est pitoyable aux collègues qui craquent et qui boivent.

Dans un autre genre mais tout aussi caustique, on trouve « Le Blog du Super Consultant »(10). Créé en 2010 et animé par une poignée de salariés rebelles et également anonymes, le site étrille « joyeusement » le management de la célèbre agence de communication Publicis Consultants et se paie même la tête de certains clients jugés désagréables, voire insupportables. Dernier exemple en date : quand Maurice Lévy, le PDG annonce qu’il renonce à son salaire fixe, la nouvelle fait grand bruit dans la presse. Aussitôt, le blog s’empresse de remettre le « sacrifice » salarial du grand patron dans son contexte. Et là, la lecture est effectivement édifiante et quelque peu éloignée du plan com’ patronal !

Vers la guerre de tranchées numériques ?

Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises pourront de moins en moins empêcher les prises de parole à la sauce 2.0, notamment avec l’émergence programmée de la génération Y qui va grimper en responsabilités dans les organigrammes. Or, cette génération ne cultive pas vraiment le même rapport que ses aînés avec le monde de l’entreprise. Elle est même plus aisément encline à stigmatiser les incohérences des discours et les faire savoir si besoin. Si l’on ajoute de surcroît, une certaine déliquescence du lien social dans de nombreuses entreprises (exacerbé avec la crise actuelle), il ne serait guère étonnant de voir essaimer encore plus d’expressions de salariés sur les réseaux sociaux.

Tous bien sûr ne pratiquent pas le jeu de massacre à l’égard de leur société mais en y regardant de plus près, beaucoup se confient plus ou moins. Il suffit pour cela d’aller faire un tour par exemple sur le site notetonentreprise.com. Sans forcément toujours aboutir à des démarches volontaristes comme l’ex-directeur de BP2S, ils lâchent cependant des infos. Certaines sont bonnes et valorisantes pour l’image de l’entreprise. D’autres au contraire vont à rebours des discours et des stratégies de communication soigneusement ciselés par les staffs communicants.

Or, le risque de grand écart réputationnel n’est plus écarter à mesure que la parole se répand sur les réseaux sociaux. Consultant et expert en management 2.0 et réseaux sociaux, Bertrand Duperrin trace avec acuité le défi que salariés et entreprises doivent relever si l’on veut éviter une sorte de « Verdun numérique » sur la Toile :

« Quoi qu’il en soit ce ne sont pas des sujets à traiter de manière unilatérale : réputation, qualité, performance économique actuelle et durable se construisent ensemble, avec les mêmes ressorts. Si toutes les parties prenantes ne s’y attèlent pas ensemble il n’y aura pas de gagnant d’un coté et de perdant de l’autre mais uniquement des perdants. Salariés ou entreprises. Qu’on se le dise ».


Article initialement publié sur leblogducommunicant2-0 sous le titre “Réputation 2.0 : quand les salariés se mettent à taper sur leur entreprise

Illustrations par via Flickr Patrick Gage [cc-bync] ; fpra [cc-bync].

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Un ex-directeur de BNP balance http://owni.fr/2011/11/25/directeur-bnp-paribas-balance-tumblr/ http://owni.fr/2011/11/25/directeur-bnp-paribas-balance-tumblr/#comments Fri, 25 Nov 2011 08:23:01 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=87979

Lundi 14 novembre au matin, les employés de BNP Paribas Securities Services (BP2S), l’activité de titres de BNP Paribas, ont reçu un étonnant mail de leur ancien directeur, Jacques-Philippe Marson :

Chères amies, Cher amis, Dear Friends,

Le 9 novembre dernier marquait l’anniversaire de deux années passées après le premier jour d’une inspection générale “spéciale” qui a conduit scandaleusement à mon licenciement.  J’ai décidé de rompre le silence que je m’étais imposé et de m’exprimer publiquement par le biais d’un blog.
Je publierai au fil des jours et semaines qui viennent les événements tels que je les ai vécus.  Je vous livrerai analyse et reflexion à ce dossier qui s’avèrera accablant pour ceux qui l’ont intitié et pour ceux qui l’ont soutenu.

Intitulé “Histoire d’un licenciement abusif”, son site sur Tumblr (une plate-forme de microblogging) met sur la place publique les affaires internes qui ont abouti à sa mise à pied fin 2009, suivi de son licenciement pour faute grave. L’affaire avait été médiatisée à l’époque, dans une séquence peu glorieuse pour la finance, entre le krach de 2008 et les affaires Kerviel et Madoff.

En première lecture, l’affaire à l’origine de son éviction apparaît tortueuse. L’ex-dirigeant a été accusé d’avoir profité de sa position pour obtenir des commissions occultes de la part d’un homme d’affaire malien, Aliou Boubacar Diallo dans le cadre d’un projet minier au Mali. Trois plaintes croisées ont été déposées, la BNP contre Jacques-Philippe Marson, Aliou Boubacar Diallo contre Jacques-Philippe Marson et Jacques-Philippe Marson contre Alliou Diallo.

Suite à ces plaintes, le parquet de Paris a décidé de l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée aux experts de la Brigade financière, en janvier 2010. Lesquels, depuis, n’ont rien trouvé. Jacques-Philippe Marson justifie de sortir seulement maintenant du silence :

J’ai attendu que les plaintes soient traitées ou classées pour agir. Toutes les plaintes ont été classées. Je consacrerai un chapitre détaillé sur les trois plaintes.

Violence des échanges en milieu tempéré

Les quelques billets qu’il a déjà mis en ligne annonce la couleur, plutôt rouge colère que vert BNP. Promettant d’”appuy[er] par des preuves écrites et par des témoignages” ses accusations, il tape dur, d’emblée :

À ce jour le groupe n’apporte aucune preuve. Il se base uniquement sur le rapport “à charge” de l’inspection générale dont les conclusions sont absolument fausses et totalement mensongères. Une analyse détaillée en sera faite dans les chapitres à venir.

Selon lui, il y a à l’origine de la procédure, “une lettre de dénonciation”, le 30 septembre que “B. Prot, Directeur Général du Groupe BNP Paribas reçoit en mains propres de son frère”, Guillaume Prot alors directeur général du groupe Moniteur. L’avocate de l’homme d’affaire malien, Julia Boutonnet, décrit quant à elle Jacques-Philippe Marson comme un affabulateur. Quant au classement des plaintes, il est logique pour elle :

Le cas de M. Marson relevait plus du civil que du pénal, ce qu’on reprochait à mon client ne tenait pas la route et la BNP ne voulait pas faire de publicité.

Pour le manque de publicité, c’est loupé. L’état-major est aussi passé au couteau :

A ce jour, aucun membre de la direction générale du groupe, aucun membre des cadres dirigeants du groupe, aucun des cadres de mon équipe dirigeante n’ont jugé utile de m’accorder une seconde d’écoute.  Aucune des ces éminentes personnes n’a jugé utile de me soutenir dans cette double et terrible épreuve : professionnelle et personnelle.

Dans un billet publié ce jeudi, Jacques-Philippe Marson accuse implicitement Jacques d’Estais, qui lui a succédé, de diffamation :

Le lendemain, 24 novembre, mon responsable hiérarchique a réuni 350 cadres de BP2S pour les informer de ce qui se passait. Vous trouverez ci-après la version intégrale des propos tenus par Jacques d’Estais. Je vous laisse juge du caractère diffamatoire ou non de son discours.

Choc des cultures

Au final, choc des cultures garanti entre le milieu feutré de la banque, adepte de la logique verticale (“top-down”) et la plate-forme Tumblr, la plus populaire, le seuil d’accès le plus bas au blogging, plus connu pour ses gifs animés que pour servir de porte-voix aux victimes d’injustice.

Jacques-Philippe Marson a bien contacté des journalistes pour tenter d’attirer leur attention sur son histoire mais las : selon ses dires, son histoire n’est pas assez sexy à leurs yeux. Crucifier un ponte de la banque, c’est intéressant (lorsque son affaire a éclaté), le blanchir, nettement moins, a fortiori s’il n’a pas de révélations fracassantes à faire sur la BNP :

BNP est une organisation qu’en tant qu’organisation je respecte, ce sont des personnes qui sont responsables de mon licenciement. Et je ne suis pas un mouchard.

Il n’a pas non plus confiance en la justice, qui l’a débouté aux prud’hommes en un quart d’heure, comme un vulgaire justiciable de base :

D’habitude, ces affaires ne se règlent pas aux prud’hommes.

Selon lui, son drame se heurte au corporatisme des salariés, qui auraient modestement relayé ses demandes. Jacques-Philippe Marson parle carrément d’omerta. L’un de ses anciens collègues a ainsi refusé de faire suivre le mail de JP Marson :

je n’ai pas trop envie d’aller à la pêche au mail dans ce cas précis. Ce qui se passe à Pantin reste à Pantin!

L’ex-dirigeant assure que son blog a fait son petit effet. Un salarié nous a raconté que la méthode avait surtout surpris :

Ça a fait parler en interne, enfin surtout vu la méthode utilisée (un mail envoyé sur les mails pro lundi pendant la nuit).

La BNP semble avoir opté pour une défense basique. La plate-forme avait été débloquée voilà quelques temps. Curieusement, peu de temps après l’envoi du mail, l’accès était de nouveau bloqué pour le personnel connecté en interne. Contacté, le service de presse a eu cette réaction :

Il a un blog ? Vous m’apprenez quelque chose. Je ne m’occupe pas de la partie BP2S. [je lui dicte le nom du Tumblr] Tumblr est bloqué chez nous. Bon, il n’est pas content, ça fait du bien de se déverser.

Dans cette ténébreuse affaire, les détails manquent sur les raisons pour lesquelles la BNP aurait décapité l’ancien directeur. Pour l’heure, l’ex-dirigeant n’a que des hypothèses, qu’il refuse que nous rendions publiques. La suite au prochain post. Dans le cadre de cet article, nous avons tenté de recueillir des commentaires de la part de la direction de BP2S. En vain.

Images CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification Cade Buchanan et PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification M Domondon

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Internet: la métaphore file http://owni.fr/2011/07/06/internet-la-metaphore-file/ http://owni.fr/2011/07/06/internet-la-metaphore-file/#comments Wed, 06 Jul 2011 11:03:57 +0000 Emmanuelle Erny-Newton http://owni.fr/?p=70594

Attentat à Marrakech : L’auteur présumé s’est formé sur Internet

Ceci est le titre d’un article de France Soir, publié début mai. Un titre qui avait accroché l’internaute positive que je suis : “Et s’il avait acheté un livre pour fabriquer ses bombes, aurait-on titré Marrakech : l’auteur présumé s’est formé dans un manuel ?”

La boutade n’est pas anodine et révèle en fait quelque chose de central dans la façon de penser le Web. Chacun de ces titres utilisent des métaphores différentes pour parler d’Internet : ma version sarcastique décrit Internet comme un moyen d’information ; le titre original de France-Soir fait allusion à Internet comme un lieu – et qui plus est un lieu dérèglementé, sauvage, puisqu’on y trouve la recette des bombes. Un lieu assimilé à un endroit physique, puisque c’est là que l’auteur a appris à faire des bombes (pas dans sa cuisine, à l’aide d’un document ou d’une vidéo en ligne). Internet est un repère de malfaiteurs.

Sous des dehors neutres – on cite des faits, “l’auteur s’est formé sur Internet” – les mots utilisés véhiculent en fait toute une représentation d’Internet. Ce qui fait la force et le danger d’une métaphore, c’est  sa dimension inconsciente.

De la rhétorique à la linguistique cognitive

L’idée de persuader une audience par le maniement de la langue n’est certainement pas neuve : la rhétorique ne date pas d’hier. Ce qui est nouveau, cependant, c’est la découverte de l’assise neurologique de la pensée métaphorique. Le spécialiste de la recherche en ce domaine est George Lakoff, un linguiste cognitiviste.

Comme Lakoff l’explique, l’être humain “fait du sens” avec son environnement grâce à des séries de métaphores élaborées à partir de métaphores primaires que nous formons dans l’enfance. Par exemple, un bébé qui pleure est pris aux bras par son père. Cela le calme, il fait l’expérience simultanée, et répétée durant toute son enfance, du réconfort émotionnel et de la chaleur des bras paternels. Or, comme le décrit la loi de Hebb “Neurons that fire together wire together” (“des neurones qui sont stimulés ensemble se lient ensemble”).

C’est ainsi que les notions de chaleur et de (ré)confort émotionnel en viennent à être liées neurologiquement ; ce qui se traduira linguistiquement par des expressions métaphoriques tellement quotidiennes qu’on n’a même plus conscience qu’elles le sont : on dira qu’on a été reçu avec beaucoup de chaleur, ou d’une personne, qu’elle est chaleureuse.

Au fur et à mesure que l’individu se développe, ces métaphores primaires se combinent pour en créer d’autres, plus complexes. Des scénarios particuliers émergent de cadres (frames) cognitifs prototypiques, chacun y positionnant ses héros, ses méchants… le tout articulant la façon dont on pense.

Voici un exemple de mise en place d’un cadre et d’un scénario métaphorique dans un débat sur Internet et création ; il est particulièrement frappant :

Alors que Félix Tréguer de La Quadrature du Net tentait de finir une phrase pour défendre le partage des œuvres culturelles numériques, Thierry Solère, chargé des questions internet à l’UMP l’interrompit avec cette phrase : “Prendre une œuvre créée par quelqu’un qui vit de sa création, gratuitement alors qu’elle est payante, c’est tuer le créateur.”

A l’image d’Internet lieu de partage, la réflexion de Solère oppose et impose un scénario métaphorique où le méchant est bien repéré – un méchant absolu, puisque c’est un assassin, rien de moins. La victime est également bien choisie : ce n’est pas l’industrie (du livre, du disque ou du film), c’est le créateur (avec toutes les connotations divines que cela peut faire résonner).

De tels scénarios issus de cadres particuliers ont un impact énorme (et jusqu’à récemment, insoupçonné) sur la façon dont nous décryptons le monde autour de nous, ainsi que dans les décisions que nous prenons quotidiennement.

Imaginons que vous êtes gravement malade et que vous avez à choisir de subir ou non une opération. (…) Dans le cas A, on vous dit que vous avez 10 % de chances de mourir pendant l’opération. Dans le cas B, on vous dit que vous avez 90 % de chances de survivre. Le cas A vous donne un cadre de décision en terme de mort. Le cas B cadre la décision en termes de survie.  Littéralement, c’est la même chose. (…) Mais l’expérimentation montre que beaucoup plus de gens se prononcent en faveur de l’opération lorsque celle-ci est présentée dans le cadre cognitif de la survie que dans celui de la mort. (Lakoff G., The Policital Mind, 2008, p. 224, ma traduction).

C’est pour cette recherche qu’en 2002, Daniel Kahneman, un psychologue cognitiviste, recevait le prix Nobel d’économie. Pour avoir mis en évidence que le raisonnement humain est bien éloigné du modèle de l’“acteur rationnel” qui prédominait jusque là en économie.

Exit l’homo economicus

Héritage du siècle des lumières, la pensée humaine était considérée comme avant tout guidée par la réflexion, un processus lent, sériel, gouverné par des règles et demandant un effort conscient. La pensée humaine, dit Kahneman, n’est pas de l’ordre de la réflexion mais du réflexe : c’est un processus cognitif rapide, inconscient (98 % de nos pensées sont inconscientes), et associatif.

Alors que la rhétorique est depuis longtemps tombée en désuétude (qui l’étudie encore ?), la neurologie et les sciences cognitives modernes nous réveillent brusquement à l’impact réel qu’elle a sur nos vies : le choix de métaphores dans le discours public pour parler d’une chose, et le cadre sélectionné pour en parler, influencent directement la façon dont le public pense cette chose. Comme le résume élégamment Judith E. Schlanger dans Les métaphores de l’organisme :

Une façon de parler devient une façon de penser.

Dans le discours autour d’Internet particulièrement, les métaphores sont omniprésentes. Internet est à la fois un concept technologique complexe et un medium utilisé par un public souvent novice. Son vocabulaire a dû s’adapter à cette double contrainte, puisant largement dans l’analogie au familier pour expliquer la nouveauté.

La métaphore la plus répandue pour décrire Internet et celle d’un espace, un lieu : Adresse courriel, site qu’on visite, hébergeur de blog, internautes, cyberespace… Le Internet mapping project de Kevin Kelly (co-fondateur du magazine Wired) en dit également long, tout en images. L’“espace Internet” peut être terrestre, ou maritime : surfer, naviguer, pirates, flux, ancre, filtre, hameçonnage, Netscape Navigator, eBay…

Denis Jamet, de la Faculté des Langues à l’université Lyon 3,  note également “l’utilisation (métaphorique) quasi-exclusive de la préposition sur pour parler d’Internet : aller sur Internet, surfer sur Internet, être sur msn, le mettre sur son blog, etc., préposition qui selon Johansson [2006 : 86] “correspond bien à l’absence de limites d’Internet et aux frontières vagues de ce lieu fictif”, en d’autres termes, qui marque encore la vastitude.”

La métaphore maritime insiste sur certains traits précis d’Internet : un lieu immense, en mouvement perpétuel (flux d’information), sur lequel l’Homme n’est qu’un visiteur de passage. Un lieu sauvage – et par conséquent dangereux (pirates, hameçonnage). On retrouve aussi cette idée de danger dans les termes terrestres : Cheval de Troies, ver, virus…

Le fait de voir Internet comme un lieu, et non comme un simple medium a des retombées très concrètes :

La façon dont nous choisissons nos métaphores (…) a d’importantes ramifications légales et politiques : l’analogie est l’un des chemins le plus souvent emprunté pour les prises de décision juridiques et politiques, en matière de changement technologique. (Lokman Tsui, An Inadequate Metaphor: The Great Firewall and Chinese Internet Censorship traduction de l’auteur)

Un exemple récent nous est fourni par l’Union Européenne et sa réflexion par rapport à la création d’un “Great firewall” (mur pare-feu) autour de ses frontières.

Internet possède également tout un vocabulaire qui tourne autour des loisirs : surfer, butiner, réseaux sociaux, amis… Ceci s’oppose au vocabulaire “de travail” développé pour parler de l’ordinateur : bureau, dossiers, corbeille, etc. On peut se demander si ces choix lexicaux, qui situent Internet comme essentiellement ludique, et l’ordinateur comme “plus sérieux” ne guident pas certaines politiques éducatives : l’école accueille volontiers la machine, mais est plus partagée sur les bénéfices pédagogiques du Web. Si certains sites “officiels” sont les bienvenus en classe, le web social ou Web 2 continue de susciter la méfiance.

Un site “officiel” (de type .gouv), dont le contenu est fixe et non modifiable (ou commentable) par les utilisateurs se rapproche suffisamment d’un livre pour être perçu comme sûr. Les sites du Web 2, par opposition, sont vus comme peu sûrs à tous les niveaux :  si l’on peut commenter, ajouter du contenu, le site n’est plus un espace où l’on passe, ou un document (medium) qu’on consulte : c’est un endroit où l’on vit (ce que la chercheuse Annette Markham appelle “a way of being”, une façon d’être).

Au niveau du Web 2, la question de l’intégration des nouvelles technologies à l’éducation ne se pose pas en termes d’intégration du Web à la classe, mais d’intégration de la classe au Web. Ce n’est pas un mince changement, et cela demande certainement encore du travail en matière d’élaboration métaphorique positive.

Lorsque nous parlons d’Internet et des technologies de la communication, les choix discursifs que nous faisons ont de réelles et tangibles conséquences sur la forme et la perception de ces technologies. Plus important encore : nos cadres discursifs étant omniprésents dans notre langage quotidien,  des alternatives se retrouvent subséquemment oubliées ou écartées. A ce stade de développement des technologies de l’Internet, il est vital de considérer quelles capacités et possibilités sont mises en valeur à travers nos constructions métaphoriques, mais également quelles capacités et possibilités ces constructions métaphoriques font disparaître. (Annette Markham, Metaphors Reflecting and Shaping the Reality of the Internet: Tool, Place, Way of Being)


Crédits photo FlickR CC by-nc-nd Graig Glober / by-nc-sa cookieevans5 / by karen horton

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Les blogueurs à la lumière de leur écran http://owni.fr/2011/06/26/les-blogueurs-a-la-lumiere-de-leur-ecran-gabriela-herman-photo/ http://owni.fr/2011/06/26/les-blogueurs-a-la-lumiere-de-leur-ecran-gabriela-herman-photo/#comments Sun, 26 Jun 2011 13:45:30 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=42969 Comment avez-vous commencé cette série ?

Je suis blogueuse depuis trois ans et avide lectrice de blogs, devenus ma première source d’information. Ils me nourrissent et me réconfortent. Aujourd’hui, les blogueurs sont même devenus très influents puisqu’ils présentent, analysent et filtrent l’information, ce qui n’était pas évident au départ. Certains sont respectés et reconnus dans leurs domaines de prédilection. Je voulais trouver une manière de travailler sur la connectivité à l’ère du numérique et sur la façon dont nous vivons et utilisons notre temps. Cette série montre comment depuis ces coins sombres, les blogueurs apportent une valeur ajoutée et changent la façon dont les gens interagissent dans le monde.

Quelle est votre vision des blogueurs ?

Je crois profondément que les blogueurs nous connectent et nous rapprochent. D’une certaine manière les blogueurs ont participé à inverser la tendance dans notre ère technologique en créant un échange authentique entre blogueur et lecteur. Bloguer c’est être une plateforme interactive, avec un dialogue qui permet l’établissement de relations online et offline. Le fait que la technologie isole est une question largement débattue, il y a indéniablement beaucoup d’effets positifs dans cette évolution du online.

Parlez-nous de votre mise en scène et de la façon dont vous avez travaillé avec les blogueurs.

J’ai commencé à photographier des blogueurs avec cette idée en tête : permettre aux spectateurs de jeter un oeil sur ces jardins secrets en utilisant les écrans comme seule source de lumière. Le principe était de commencer par un blogueur et de lui demander de m’en recommander un autre dans son blogroll. De la même façon que leurs blogs sont liés les uns aux autres en ligne, leurs portraits le seraient aussi. C’est à travers nos écrans, ces phares lumineux, que le monde s’ouvre et que nous nous retrouvons liés les uns aux autres.

En reproduisant ce concept online en offline, je recrée de façon similaire la relation entre blogueur et lecteur. En tant que photographe, je me suis retrouvé dans une position qui me permet de voir ces blogueurs pendant que je tire leur portrait, alors que eux ne me voient pas. Je n’avais pas réalisé ce qui était à l’oeuvre jusqu’à ce qu’un blogueur me le fasse remarquer : ma démarche reproduisait à l’identique cette interaction entre le blogueur et son public, dans le sens où les lecteurs peuvent les voir et savoir qui ils sont, alors qu’à l’opposé, les blogueurs savent peu de choses sur ceux qui les lisent.

Pensez-vous faire évoluer la série ? De quelle manière ?

J’ai commencé ce projet début 2010, mais je n’ai pas pu continuer les prises de vue à cause de mes déplacements. En fait, ça a été bénéfique de faire une pause et de pouvoir éditer les portraits de tous ces gens, et prendre du recul sur l’état du projet. Je suis actuellement en train de refaire des portraits. Je vois vraiment cette série finir en exposition.


Les portraits de blogueurs de Gabriela Herman ont été dénichés sur Fubiz La série complète est disponible sur son site. ©tous droits réservés

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Libération se casse les dents en région http://owni.fr/2011/04/02/liberation-se-casse-les-dents-en-region/ http://owni.fr/2011/04/02/liberation-se-casse-les-dents-en-region/#comments Sat, 02 Apr 2011 13:45:04 +0000 Erwann Gaucher http://owni.fr/?p=54834

Libération est-il vraiment un quotidien national ? La question est volontairement provocante, mais elle est pourtant d’actualité depuis que l’on a appris la décision du journal de mettre fin à quatre de ses sept blogs locaux : LibéRennes, LibéLille, LibéStrasbourg et LibéOrléans.

Un choix révélé le 17 mars par le Mensuel de Rennes et qui met donc fin à une expérience de trois années du blog rennais de Libé, tenu depuis 2008 par Pierre-Henri Allain, correspondant-pigiste du journal en Bretagne depuis 1987. Trois années durant lesquelles il a été seul à piloter cette édition numérique locale du journal et à publier “au moins une histoire par jour “.

La raison invoquée par la rédaction en chef de Libération pour expliquer cette fermeture : “c’est une expérience que nous avons mené pendant 3 ans, mais il est difficile d’atteindre la taille critique pour trouver le bon modèle économique. Nous en tirons les conséquences et arrêtons ces quatre Libévilles pour pouvoir nous recentrer sur ceux installés dans des villes où nous disposons de correspondants permanents, explique Ludovic Blecher. Cela ne retire rien de la volonté de Libération d’être présent dans toutes les régions. Internet est l’endroit où l’on peut essayer ce type d’expérience, nous l’avons menée pendant trois années, mais il n’y a pas de modèle publicitaire. Ça nous fait mal au cœur d’arrêter cela, car nous y tenions, mais il n’y a pas de modèle économique basé sur la publicité ou sur les partenariats.

Il est vrai qu’avec 3.360 pages vues pas jour, LibéRennes par exemple, ne s’est pas imposé comme un rendez-vous incontournable de l’info locale. Mais à qui la faute ? Comme l’explique Pierre-Henri Allain, le journaliste en charge du blog : “Libé n’a jamais levé le petit doigt pour chercher des sources de revenus et n’a même pas donné suite à des annonceurs qui se proposaient de publier des pubs. La direction, qui nous a averti par courrier à la mi-février, nous a répété que la qualité de notre travail n’était pas en cause mais qu’ils avaient sans doute vu trop grand en voulant lancer coup sur coup autant de Libévilles sans avoir véritablement les moyens humains et financiers de les accompagner et de les développer. D’où un constat d’échec au final les obligeant à faire machine arrière.”

L’info locale demande des investissements conséquents pour réussir

Si le résultat n’était pas la fin de cette expérience, on pourrait s’amuser du discours contradictoire du journal : Libé a donc vu trop grand en voulant s’implanter ainsi dans les capitales régionales. Trop grand ? En confiant son implantation bretonne à un rédacteur isolé, au statut de pigiste avec un forfait mensuel de 20 piges ? Au contraire, Libé, comme beaucoup de médias nationaux lorsqu’ils veulent s’implanter localement a peut-être vu “trop petit” dans son expérience.

Une véritable ambition sur l’information locale aurait pourtant un sens pour Libé, comme pour tous les quotidiens nationaux. Mais l’info locale, comme l’info internationale ou nationale, est un vrai métier, demande une véritable expertise et des investissements conséquents pour réussir.

Il ne faut pourtant pas être grand clerc pour deviner qu’il sera bien difficile de rendre rentable une présence régionale, quand bien même numérique et sous forme de blog avec un investissement si limité. On demande un papier quotidien à un journaliste pigiste et on espère que cela suffira pour que les presque 600.000 habitants de l’aire urbaine rennaise (pour ne parler que d’eux) se précipitent en masse sur le blog et que la publicité tombe toute seule.

Il n’y aurait donc pas besoin d’un commercial pour vendre, et le pigiste local est prié de se débrouiller seul, très seul comme l’explique Pierre-Henri Allain : “Les contacts avec la rédaction centrale se réduisent au minimum. Je les alerte lorsque j’estime qu’un de mes sujets mériterait une “remontée” en “home” sur libération.fr et ils me signalent de leur côté les “bonnes histoires” qui auraient pu m’échapper. Sinon aucune conf de rédac,  je suis entièrement libre de mes choix éditoriaux.”

Une liberté qui, si elle a ses bons côtés, peut aussi laisser penser que le journal ne suit qu’avec un intérêt très limité son blog local qui aura vécu sa vie seul pendant trois ans avant que le couperet tombe : fermeture. L’info régionale et locale, ce n’est pas de la magie, c’est un métier d’experts, comme les autres types d’infos, il ne suffit pas d’apposer une marque si prestigieuse soit elle pour que ça marche. Il faut aussi investir et s’investir pour avoir une chance de percer et les quotidiens nationaux se cassent régulièrement les dents sur cette problématique.

LibéRennes : en trois ans, “aucun sujet n’est passé sur Libé papier

Libération n’en est pourtant pas à sa première tentative pour s’implanter sérieusement “en région”, puisqu’ils avaient lancé Lyon Libération en 1986, expérience qui avait tenu jusqu’en 1993.

Car, du potentiel, les quotidiens nationaux en ont en dehors de Paris ! Les aires urbaines des quatre blogs que Libération s’apprête à fermer, représentent presque 2,8 millions d’habitants et des zones dans lesquelles le quotidien papier n’est vendu qu’à quelques (dizaines ?) de milliers d’exemplaires chaque jour. On voit la marge de progression et l’outil formidable qu’une édition numérique performante, innovante et soutenue peut représenter pour “installer” Libération dans les habitudes de consommation médias des lecteurs de ces zones.

À condition d’y investir de vrais moyens et de mettre en place une vraie synergie entre le quotidien national et ses blogs régionaux. Il est très révélateur de constater qu’en trois ans, sur les centaines d’articles rédigés par le journaliste local en charge de LibéRennes, “aucun sujet n’est passé sur Libé papier“. Dommage, cela aurait peut-être convaincu un peu plus de Rennais, d’Orléanais, de Strasbourgeois et de Lillois d’acheter cette édition papier qui, avec 118.717 exemplaires vendus chaque jour (OJD), se classe 16ème quotidien… régional de France seulement. Un coup de boost sur ses ventes “en région” ne serait donc pas de trop !

Une pétition à Orléans

La décision sera-t-elle maintenue ? Sans aucun doute, et elle laissera un goût amer à ceux qui y ont participé, mais aussi à tous ceux qui savent combien la demande d’info locale est forte et prête accueillir de vraies propositions alternatives.

A Orléans, une pétition a été mise en ligne pour demander à Nicolas Demorand, nouveau patron du titre, de ne pas fermer LibéOrléans. Elle a déjà recueilli un peu plus de 400 signatures. Les mauvaises langues diront que c’est sans doute plus que les ventes quotidiennes du journal dans la ville d’Orléans. Les optimistes répondront que cela permettra peut-être à Libé de changer d’avis et de prouver que le journal a plus d’ambition que d’être un quotidien parisien, réalisé par des Parisiens pour des Parisiens…

Billet initialement publié sur Cross Media Consulting sous le titre “Libération se casse les dents à Rennes, Orléans, Strasbourg et Lille”

Image Flickr AttributionNoncommercialShare Alike Chris Daniel

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The Twisted Psychology of Bloggers vs. Journalists http://owni.fr/2011/03/14/the-twisted-psychology-of-bloggers-vs-journalists-rosen-sxsw/ http://owni.fr/2011/03/14/the-twisted-psychology-of-bloggers-vs-journalists-rosen-sxsw/#comments Mon, 14 Mar 2011 11:51:00 +0000 Jay Rosen http://owni.fr/?p=51210 [NDLR] OWNI.fr concourt aujourd’hui au festival South By SouthWest (SXSW), dans la catégorie “News Related Technologies” du SXSW Accelerator. L’occasion de mettre en avant quelques articles en anglais, proposés par les éditrices d’OWNI.eu

This is what I said at South by Southwest (SXSW) in Austin, March 12, 2011. It went well.

Many thanks to Lisa Williams for helping with the tech and the backchannel. You can find a live blog of my presentation here. Audio will be available later. When it is, I will link to it. Here’s the official description.

There’s an old rule among sportswriters: no cheering in the press box. In fact, a few weeks ago a young journalist lost his job at Sports Illustrated for just that reason: cheering at the conclusion of a thrilling race. Sportswriters could allow themselves to cheer occasionally without it affecting their work, but they don’t. And this rule gets handed down from older to younger members of the group.

So this is a little example of the psychology, not of individual journalists, but of the profession itself. We don’t often talk this way, but we could: “No cheering in the press box” is the superego at work. It’s a psychological thing within the sportswriter’s tribe. You learn to wear the mask if you want to join the club.

Six years ago I wrote an essay called Bloggers vs. Journalists is Over. It was my most well read piece at the time. And it made the points you would expect: This distinction is eroding. This war is absurd. Get over it. Move on. There’s bigger work to be done.

But since then I’ve noticed that while the division–-bloggers as one type, journalists as another–-makes less and less sense, the conflict continues to surface. Why? Well, something must be happening under the surface that expresses itself through bloggers vs. journalists. But what is that subterranean thing? This is my real subject today.

And to preview my answer: disruptions caused by the Internet threaten to expose certain buried conflicts at the heart of modern journalism and a commercialized press. Raging at bloggers is a way to keep these demons at bay. It exports inner conflicts to figures outside the press. Also–and this is important–bloggers and journalists are each other’s ideal “other.”

In tomorrow’s New York Times Magazine, which went online Thursday, Bill Keller acts out a version of bloggers vs. journalists. He ridicules aggregators like the Huffington Post and pokes at media bloggers (including me, Clay Shirky and Jeff Jarvis) for producing derivative work that is parasitic on news producers.

The queen of aggregation is, of course, Arianna Huffington, who has discovered that if you take celebrity gossip, adorable kitten videos, posts from unpaid bloggers and news reports from other publications, array them on your Web site and add a left-wing soundtrack, millions of people will come.

Of course the Times does aggregation, too. When it reviews a book or play that’s… derivative. We could charge Keller with petty hypocrisy, but that’s not my point. This is my point: There’s something about bloggers vs. journalists that permits the display of a preferred (or idealized) self among people in the press whose work lives have been disrupted by the Internet. There’s an attraction there. Spitting at bloggers is closely related to gazing at your own reflection, and falling in love with it all over again.

This is from an editor’s column in an Australian newspaper:

The great thing about newspapers is that, love us or hate us, we’re the voice of the people. We represent the community, their views, their aspirations and their hopes. We champion North Queensland’s wins and we commiserate during our losses…

Bloggers, on the other hand, represent nothing. They whinge, carp and whine about our role in society, and yet they contribute nothing to it, other than satisfying their juvenile egos.

Editorial writers as the voice of the people? Are you quite sure, Mr. Editor? Well, compared to bloggers…. yeah, we’re sure!

And to go with this preferred or idealized self, a demonized other, the pajama-wearing, basement-dwelling blogger. Andrew Marr is the former political editor of the BBC. He says:

A lot of bloggers seem to be socially inadequate, pimpled, single, slightly seedy, bald, cauliflower-nosed young men sitting in their mother’s basements and ranting. They are very angry people. OK – the country is full of very angry people. Many of us are angry people at times. Some of us are angry and drunk.

But the so-called citizen journalism is the spewings and rantings of very drunk people late at night. It is fantastic at times but it is not going to replace journalism.

Now there’s a clear risk in trying to do this at South by Southwest: to many people who have been paying attention, especially the digerati, bloggers v. journalists is almost the definition of a played-out theme. Aren’t we past all that by now? I know this is what some people will be thinking because I thought that way myself. Blogging is far more accepted today. Most journalists are bloggers themselves, so the distinction is getting weirder. Many newsrooms are trying to attract bloggers into local networks. Blogging itself has been overtaken by social media, some people think.

Did you catch that word, replace? For this subject, that’s like a blinking red light. Or better yet: an icon on your desktop. Click on the icon, and all the contents of bloggers vs. journalists are displayed. Ask bloggers why they blog and they might say: because big media sucks! But they will almost never say: I AM YOUR REPLACEMENT. This fantasy of replacement comes almost exclusively from the journalist’s side, typically connected to fears for a lost business model.

Frédéric Filloux is a former editor of Liberation in Paris. His view:

Today’s problem is not one media versus another, it’s the future of journalism — it’s finding the best possible way to finance the gathering and the processing of independent, reliable, and original information…. I don’t buy into the widespread delusion that legions of bloggers, compulsive twitterers or facebookers amount to a replacement for traditional journalism.

Keep clicking on the “replace” icon and other fears surface.

This is Connie Schultz, a columnist for the Cleveland Plain Dealer, which has had a number of run-ins with local bloggers.

As I write this, only half of the states in the U.S. now have even one full-time reporter in Washington, D.C. No amount of random blogging and gotcha videos can replace the journalism that keeps a government accountable to its people. If you’re a journalist, you already know that. If you’re the rest of America, chances are you have no idea.

Blogging cannot replace the watchdog journalism that keeps a government accountable to its people. Journalists know that, but somehow the American people don’t. Replacement-by-bloggers talk is displaced anger toward a public that doesn’t appreciate what journalists do, a public that would somehow permit the press to wither away without asking what would be lost.

Here’s John Kass, a columnist for the Chicago Tribune:

[Our] reporters work in difficult and sometimes dangerous conditions. They do not blog from mommy’s basement, cutting and pasting what others have reported, while putting it under a cute pen name on the Internet.

Instead, the Tribune’s reporters are out knocking on doors in violent neighborhoods late at night, looking for witnesses after murders. Or they stand in the morgue and talk to the families of the dead. Tribune reporters are not anonymous. They use their own names, put them at the top of their stories and are accountable for what they write.

Bloggers are anonymous creeps. Journalists put it all out there and risk their reputations. Kass isn’t instructing bloggers in what makes them suck. He’s speaking to readers of the Tribune-–and especially former subscribers–-who are safely asleep in the suburbs, while reporters investigate crimes and comfort the dead. You can almost feel his rage at the injustice of the Internet.

The Tribune, of course, is currently in bankruptcy. It’s also welcoming bloggers to the fold through it’s Chicago Now site, which is a local blogging platform. Julie DiCaro, blogger for Chicago Now, responded to John Kass this way:

Being derided by reporters at the Tribune for no apparent reason probably isn’t the best way to attract new bloggers to the Tribune’s network. And, if I’m being honest, grumbling about bloggers these days is tantamount to yelling at the neighborhood kids to get off your lawn. It makes you look really, really old.

It’s not only readers who need remedial instruction in the value-added by journalists. Advertisers, too, need to be schooled. This is from a pitch to would-be advertisers by the Los Angeles Times:

What kind of awards coverage are you looking for?

Choose one:

A.) Accurate, in depth stories reported by journalists with years of experience.

B.) Unconfirmed, incomplete rumors spread by bloggers with axes to grind.

Here, bloggers vs. journalists helps underlines the self-evident superiority of the professional model. Of course, if it were really self-evident, drawing the contrast would be unnecessary… right?

This is probably my favorite quote of the ones I’ve collected. It’s from the West Seattle Herald, in an editorial about its competitor, West Seattle blog. (Hat tip, Tracy Record.)

Professional journalists don’t waste your time.

Instead of 3000 words about a community council meeting that was “live blogged” with updates every seven minutes, wouldn’t you honestly prefer 300 words that tell you what happened and what was decided?

What I like about this one is that question, “wouldn’t you prefer?” You can hear the tone of puzzlement, the plea for reason. The old school news provider struggles to understand why anyone would choose those new goods, like live blogging, that the Internet makes possible.

So far, I have been discussing what professional journalists “get” by hanging on to bloggers vs. journalists. But bloggers get something, too. I do not want to neglect that. Listen to the teet, a 25 year-old female blogger and writer in Columbus, Ohio:

I think I have an unnatural obsession with and hatred for the editor of the Dispatch.

Everything he says makes me want the throw my computer monitor out the window. Regardless, I’ve left him on my Google Reader. I always flip to the front of the Insight section on Sundays. I secretly love the pain he causes me.

By raging at newspaper editors, bloggers manage to keep themselves on the “outside” of a system they are in fact a part of. Meaning: It’s one Internet, folks. The news system now incorporates the people formerly known as the audience. Twitter and Facebook are hugely powerful as distributors of news.

I’ve said that bloggers and journalists are each other’s ideal “other.” From the blogger’s side, the conflict with journalists helps preserve some of that ragged innocence (which is itself a kind of power) by falsely locating all the power in Big Media. Here’s another blogger in Columbus, talking about the same newspaper editor:

Note to Ben Marrison: If you want to pretend that you, as a professional journalist, are somehow better than political bloggers … because you are less biased and less lazy then you might consider actually NOT being both lazy and biased while writing online rants for the world to see.

Don’t you know that’s OUR job?

We can be lazy and biased. For we are young and irresponsible. You are supposed to be the grown-ups here. This keeps at bay a necessary thought: we all have to grow up… someday. Freedom of the press belongs to those who own one, and now, because we have the Web, anyone can own one. The press is us. Not “them.” Is this not the very force that brings 10,000 people to South by Southwest Interactive?

I have always found it fascinating that both bloggers and journalists will use the word “traditional” in referring to the model of professional journalism that is taught in boot camp J-schools and practiced at, say, the Washington Post. That tradition is about 80 to 90 years old, at most. But our experiment with a free press is 250 years old. Whole chapters of it were discarded by American journalists when they tried to make themselves more scientific and objective in order to claim elevated status.

But these discarded parts of the tradition live on in the subconscious. And with blogging they have come roaring back. I make reference to this in the tag line to my blog, PressThink. The subtitle is: “Ghost of democracy in the media machine.”

Let’s visit one of those ghosts. Lincoln Steffens was the one of the original muckrakers. He exposed corruption in the machine politics of the big cities. This is from his 1902 book, The Shame of the Cities.

I am not a scientist. I am a journalist. I did not gather with indifference all the facts and arrange them patiently for permanent preservation and laboratory analysis. I did not want to preserve, I wanted to destroy the facts. My purpose was [to] see if the shameful facts, spread out in all their shame, would not burn through our civic shamelessness and set fire to American pride. That was the journalism of it. I wanted to move and to convince.

The part that gets me is, “I did not want to preserve, I wanted to destroy the facts.” No journalist at the Washington Post would say that today. It is not permitted. It would mark the speaker as unfit for the tribe. Although the kind of journalism that Dana Priest and Bob Woodward practice is a direct descendant of Lincoln Steffens and the muckrakers, something dropped out between 1902 and 2002.

“I wanted to destroy the facts… I wanted to move and convince… ” This is what dropped out when journalism professionalized itself in the 1920s and 30s. The bloggers, in this sense, are “the return of the repressed.” They write like Lincoln Steffens.

On the surface: antagonists. Dig deeper and the bloggers look more like the ancestors of today’s journalists. They are closer to Tom Paine than Bob Woodward is. They bring back what was lost in the transformation of journalism into a profession and a business that, say, Warren Buffet could invest in.

Here’s another dispatch from the newsroom’s superego. It’s the Washington Post’s social media guidelines:

When using these networks, nothing we do must call into question the impartiality of our news judgment. We never abandon the guidelines that govern the separation of news from opinion, the importance of fact and objectivity, the appropriate use of language and tone, and other hallmarks of our brand of journalism.

If you ask journalists why they chose their profession, they give a range of answers: to see the world, something new every day, I like to write. The most common answer is some variation on: to make the world a better place, to right wrongs and stick up for the little guy. Social justice, in other words. No one ever says, “I went into journalism because I have a passion for being… objective.” Or: “Detachment, that’s my thing. I’m kind of a detached guy, so I figured this would be a good field for me.”

And yet… When they get there, people who always wanted to be journalists and make the world a better place find that the professional codes in place often prevent this. It’s hard to fight for justice when you have to master “he said, she said” stories. Voice is something you learn to take out of your work if you want to succeed in the modern newsroom. You are supposed to sacrifice and learn to report the story without attitude or bias creeping in. And then, if you succeed in disciplining yourself, you might one day get a column and earn the right to crusade for justice, to move and convince.

This is a moral hierarchy, which bloggers disrupt. They jump right to voice, which appears to mock all the years of voicelessness that mainstream journalists had suffered through.

Last year a young reporter (and blogger) named Dave Weigel had to resign from the Washington Post after someone leaked some emails of his, in which he complained about people on the political right whom he also had to cover. After he was gone, some staffers at the Post dumped on Weigel anonymously. Here is what they said:

“The sad truth is that the Washington Post, in its general desperation for page views, now hires people who came up in journalism without much adult supervision, and without the proper amount of toilet-training.”

Without the proper amount of toilet-training. Freud wouldn’t even charge to interpret a quote like that. Which shows that bloggers vs. journalists doesn’t end when a blogger is hired at a big institutional player like the Washington Post. Instead the conflict is absorbed directly into the institution.

Journalists today are under stress. The stress has five sources. Bloggers put all five right into the face of professional journalism.

One: A collapsing economic model, as print and broadcast dollars are exchanged for digital dimes.

Two: New competition (the loss of monopoly) as a disruptive technology, the Internet, does its thing.

Three: A shift in power. The tools of the modern media have been distributed to the people formerly known as the audience.

Four: A new pattern of information flow, in which “stuff” moves horizontally, peer to peer, as effectively as it moves vertically, from producer to consumer. Audience atomization overcome, I call it.

Five: The erosion of trust (which started a long time ago but accelerated after 2002) and the loss of authority.

A useful comparison would be to medical doctors: when patients can look up a drug on the Internet, research a course of treatment or connect with others who have the same condition, the authority of the doctor does not disappear. And it’s not that people don’t trust their doctors anymore. But the terms of authority have to change to allow for patients who have more information, more options, and more power to argue with their physicians.

In pro journalism, it is similar: the terms of authority have to change. The practice has to become more interactive. And this is happening under conditions of enormous stress.

The psychiatrist Robert Coles, author of The Moral Life of Children and other great works, wrote a book called The Call of Stories (which is another reason people go into journalism, to answer that call.) In the beginning of that book he reflects on his early training in psychiatry, at a mental hospital in Boston. He is told to make his rounds and classify his patients by the diseases they seem to be exhibiting, and note any changes in their condition.

After a few weeks of this, Coles is depressed. He’s doing the work, classifying and observing, but he cannot see how his patients are going to improve. So he goes to see his supervisor, a wiser and older doctor. Coles complains: I don’t get it. I am doing what they told me to do, but how are my patients going to get any better? The older doctor listens to him, and pauses. It’s as if he’s been waiting for the question. And this is what he says:

Our patients have been telling themselves a story about who they are and where they fit in the world. And for reasons we do not understand very well, their story has broken down. It no longer lets them live in the real world, so they wind up here.

Your job—your only job—is to listen to them, and then get them to see that they have to start telling themselves a better story. Or they won’t get out of here. If you can do that–any way you can do that–you are doing psychiatry. Coles got it. And this was the beginning of his career as a clinician.

I think this illuminates the situation with the professional press today. The story it has been telling itself has broken down. It no longer helps the journalist navigate the real world conditions under which journalism is done today. Somehow, journalists have to start telling themselves a better story about what they do and why it matters. And we have to help them. We interactive people.

For people in the press, bloggers vs. journalists is an elaborate way of staying the same, of refusing to change, while permitting into the picture some of the stressful changes I have mentioned. A shorter way to say this is: it’s fucking neurotic.

Thank you for your attention.

(Dedicated to James W. Carey, 1935-2006.)

>> This article was originally published on Pressthink.org

>> Photo FlickR CC by : RedJinn: Questions are not lonely without answers, Mike Licht, NotionsCapital.com

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MON-DIA-LI-SEZ VOUS ! http://owni.fr/2011/03/08/mon-dia-li-sez-vous/ http://owni.fr/2011/03/08/mon-dia-li-sez-vous/#comments Tue, 08 Mar 2011 13:40:25 +0000 Martin Frascogna http://owni.fr/?p=30782 Martin F. Frascogna est un avocat spécialisé dans les questions liées au domaine de l’entertainment. Il intervient auprès de différents labels, tant sur le territoire américain qu’à l’international, afin de les aider à développer leurs catalogues et les opportunités de partenariats à l’échelle mondiale. Il collabore majoritairement avec des artistes indépendants au budget serré. Il tient un blog intitulé Music Globalization sur lequel il détaille ses observations professionnelles.

Dans ce billet, il se sert de son expérience pour attirer notre attention sur une question cruciale pour l’industrie de la musique aujourd’hui : la mondialisation, ses effets et ses bienfaits pour les artistes.

Mon blog traite rarement d’histoires personnelles. Ce billet requiert pourtant que l’on enfreigne cette règle et que je partage cette histoire vécue, qui va essentiellement définir le sujet de cet article.

Avant de devenir avocat dans le secteur de l’entertainment, je me plaisais à partager mon temps entre des jobs liés à l’industrie et la fac. En ayant un pied dans la réalité professionnelle et un pied dans la théorie, j’ai vraiment apprécié le fait de pouvoir analyser les parallèles entre ce qui était enseigné aux professionnels et ce qui se faisait réellement dans l’industrie. Le deux réussissent rarement à cohabiter, voire jamais. Ensuite est arrivée l’université DePaul.

DePaul dispensait un master en marketing international, et comme je venais de valider un master en communication internationale je me suis dit que je pourrais transférer quelques crédits et m’en sortir avec un diplôme de plus. Faux. DePaul m’as challengé. L’université a insisté pour que je me constitue un programme selon mes expériences passées, présentes et futures dans l’industrie et que j’adapte mon programme afin de mieux comprendre le “marketing musical international”. Bien sur, pourquoi pas – ça sonne plutôt bien. L’université a aussitôt ouvert son “alumni rolodex”, m’ont mis en relation avec des groupes, des labels, et plusieurs personnalités de l’industrie des environs de Chicago pour voir si je pouvais assister ces structures dans l’exportation de leur business hors des Etats-Unis, et plus encore, créer des opportunités au travers des tendances marketing spécifiques à chaque pays. Je n’oublierai jamais le premier groupe avec lequel j’ai travaillé (et la plupart des groupes avec qui j’ai travaillé après). Ils répétaient tous la même chose : “ça marche pas mal pour nous ici, mais nous avons vraiment besoin d’accroître notre base de fans pour survivre. Nous avons décidé de tourner en Europe et de voir ce qui se passe.” Comme je m’y attendais, il n’y avait aucun sens à cette réplique qui voulait littéralement dire, “on va se pointer là-bas, voir si notre musique colle à leur mentalité” ( = un déficit financier). Achevez moi.

Mon rôle était simple et complexe à la fois. J’ai tout d’abord commencé à analyser mon sujet, le genre, les marchés locaux, les sponsors potentiels, la relations des labels… et j’ai comparé tout ça à certains marchés internationaux. C’était difficile de constater qu’il n’existait aucune recherche pour évaluer ces marchés. Je me suis vite aperçu que chaque pays avait sa propre culture, ses niches, ses fans, ses habitudes de consommation, ses attentes au niveau des concerts, ses tendances marketing et la liste est encore longue. Ajoutez cela aux douanes, permis de travail, frais d’envois, les matériaux d’impression, la location de matériel et de possibles complications avec les services d’immigration – “on va tenter le marché Européen” était une déclaration pour le moins irréaliste pour un groupe qui ne bénéficiait pas du soutien d’une major ou d’accords avec des avocats qui s’y connaissent vraiment en droit international en plus d’être efficaces en droits des affaires culturelles. En effectuant des recherches (d’une manière que je ne divulguerai pas), j’ai été capable d’élaborer des plans de développement pour plusieurs groupes. Ces plans ne faisaient pas que décrire les étapes 1, 2, 3 en termes de cible, mais ils donnaient également une analyse détaillée de la façon dont il fallait assurer la promotion sur chaque territoire.

Après avoir fait aboutir plusieurs de ces projets, j’ai senti que mon travail était accompli – au cours suivant s’il vous plaît. Faux à nouveau. Etrangement (pour moi du moins), plusieurs labels ont commencé à me solliciter afin que je les assiste dans la tâche de s’exporter sur de nouveaux marchés. J’étais attéré, non pas que les labels m’appellent mais qu’ils ne sachent pas le faire eux-même. Les uns après les autres, la même demande, “aide-nous à nous exporter outre-Atlantique”. Ensuite, ce sont les labels internationaux qui sont venus vers moi avec la même demande. J’ai perçu qu’il y avait une vraie place à prendre sur le marché. Puis (à cette époque), la mère de toutes nos patries, Universal (dans un lieu que je ne citerai pas en Europe), m’a demandé de l’aider à exporter un de ses artistes des plus vendeurs aux Etats-Unis. Quoi ??! Je me suis dit, “vous êtes Universal, je vous en supplie dites-moi que vous savez développer des artistes sur de nouveaux marchés?” Non.

C’est alors devenu évident pour moi. Malgré le chaos dans l’industrie du au téléchargement illégal, les deals 360°, les licenciements aucune évolution n’avait eu lieu depuis l’industrie traditionnelle. Les gens n’avaient toujours pas appris de leurs erreurs et n’évoluaient pas par rapport aux schémas traditionnels de l’industrie.
Par exemple: les DA trouvent des artistes, les labels signent les-dits artistes, ils créent du buzz en attirant l’attention des radios, et plus tard, la distribution physique s’active dans des lieux tels que les magasins de disques, Target, Bestbuy… afin de vendre cette musique et que tous puisse rentrer dans leurs frais. Ce modèle est désormais obsolète.

Alors qu’est-ce que toute cette histoire a à voir avec la mondialisation de la musique ? Tout. C’est le modèle anti-globalisation, cette approche traditionnelle que les professionnels de l’industrie ont, à notre grand malheur.

Il y a dix ans, les charts Billboard identifiaient ne comptaient que très rarement d’artistes internationaux. Statistiquement, environ 2% des artistes présents dans le top étaient étrangers. Désormais, plus de 30% des artistes sont internationaux. Les musiciens internationaux ont de nos jours une forte présence sur la scène Américaine, et les musiciens et labels Américains doivent repousser leurs limites (à savoir tourner hors du marché US). Ceci ne s’applique pas simplement aux groupes US, le développement international prend place partout, dans tous les pays et plus que jamais. Les opportunités de synchronisation internationale batte son plein, les opérations de sponsoring intercontinentales sont en plein essor, le placement de titres dans les jeux vidéos, produits en édition limitée, les applications, et les festivals de musiques internationaux sont désormais dominants. Pourquoi penseriez-vous localement quand le monde vous offre plus d’opportunités que vous n’auriez jamais pu rêver?

Ce n’est pas en appliquant simplement les discours stratégiques (c’est à dire une réflexion mondialisée) que vous réussirez pas raviver l’industrie. La mondialisation de la musique signifie que vous devez exploiter toutes les possibilités, et plus précisément, vous devrez établir de nouvelles manières de distribuer votre musique via les nouvelles grandes avenues mondiales qui sont la plupart du temps trop importantes pour un artiste DIY. Vous devez investir dans une assistance. Posséder un compte iTunes accessible depuis l’Espagne, ou un compte CDbaby par lequel quelqu’un en Grèce pourra se procurer votre album ne signifie pas que vous êtes un artiste international. Cela veut simplement dire que vous avez mis en place un véhicule de communication au travers duquel des fans potentiels pourraient acheter votre musique, maintenant, vous devez être aux commandes de ce véhicule et l’installer là où les fans achèteront la musique.

Nombre d’entre vous liront cet article et se diront : “hum ok, c’est une info futile !” Je suis d’accord, mais je vois rarement les gens appliquer effectivement ces techniques. Les appliquer, naviguer en terrain international et explorer de nouveaux marchés n’est pas chose aisée. C’est un processus qui prend du temps, bien plus que de s’attaquer uniquement au marché local, et de plus, les questions légales qui y sont liées rendent les choses d’autant plus difficiles. Traverser les frontières avec des contenus créatifs, des copyrights, des sponsors etc, induit des coûts supplémentaires (avocats spécialisés dans l’entertainment, boites de management internationales, attachés de presse internationaux, etc.), mais en raison de l’émergence rapide de ce modèle globalisé, cette spécialité n’est pas bien maîtrisée par les avocats. D’autres, à la lecture de ce billet, pourront croire que je fais de la pub pour mes services d’avocat spécialisé dans l’entertainment qui se concentre sur le développement à l’international

Certes, je comprends les enjeux de l’internationalisation parce que c’est ma niche, mais là encore, vous avez tort. Vous n’avez pas idée du nombre de personnes à qui je dirais très explicitement “non, je ne peux pas vous représenter”, d’autant plus si cela ne colle pas sur le plan créatif. De plus, concentrer son activité sur la mondialisation de la musique signifie qu’il faut offrir à ses clients son point de vue, sa créativité, ses contacts et ses connaissances juridiques, et on ne peut pas le faire avec un nombre infini de clients.

Que vous soyez avocat, manager, agent, musicien, label, artiste ou assistant de production, je vous pose cette seule et unique question: “que pensez-vous faire dans 5 ans si vous ne parvenez pas à acquérir des compétences internationales ?” Franchement ? Vous pouvez être d’accord ou non avec ce que je dis, mais les frontières s’estompent un peu plus chaque jour, nous sommes de plus en plus connectés, et nous sommes influencés par des cultures différentes à chaque minute. En plus de la mondialisation généralisée qui touche toutes les industries, des télécoms à l’ingénierie, observez le morcellement que subit notre industrie. De nouveaux styles prennent vie chaque nuit, des groupes plus ou moins inconnus peuvent générer des millions de hits sur YouTube en une heure et chaque minute des découvertes musicales sont faites via Twitter. Ces actions ont-elles des conséquences à un niveau local ou mondial ?

Article initialement publié sur Music Globalization, le blog de Martin F. Frascogna et traduit par Lara Beswick.

Retrouvez Martin sur Twitter

Crédits photos : FlickR CC futurealtlas.com, jah~, duke.roul

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Blogueuses ne rendez pas le web sexiste http://owni.fr/2011/03/08/blogueuses-ne-rendez-pas-le-web-sexiste-8-mars-journee-femme/ http://owni.fr/2011/03/08/blogueuses-ne-rendez-pas-le-web-sexiste-8-mars-journee-femme/#comments Tue, 08 Mar 2011 10:44:09 +0000 Aliocha http://owni.fr/?p=49879 [petits cadeaux sonores inside] C’est en jetant un coup d’oeil aux sites qui renvoyaient vers ce blog que j’ai découvert cet article de Rue89. Ainsi le web serait sexiste ! La preuve ? Pas un blog tenu par une fille ne figure dans le classement wikio des blogs politiques. Mais comment donc, même pas moi ? Eh non, on m’a classé dans « société ». Mince alors, c’est tellement vaste que j’y suis perdue ! Il ont dû le faire exprès, quand ils ont compris qu’Aliocha, diminutif russe masculin, dissimulait en réalité… Une femme ! Donc la toile est sexiste, et wikio aussi. En voilà une découverte. Toujours est-il que les féministes se plaignent. Et les blogueurs ricanent. On ne peut pas leur donner tout à fait tort. D’abord, comment elles le savent qu’il n’y a pas de femmes? Les intitulés des blogs ne sont pas forcément très explicites quant au sexe de leur auteur.

Tenez par exemple, rien que le number 1 des blogs politiques, « Partageons mon avis », il est drôlement neutre. L’auteur aurait pu choisir de s’appeler « Robert a des couilles », voilà qui aurait été connoté. Surtout s’il avait annoncé en plus qu’il entendait parler de sexe, de bière et de foot. Mais là, ce n’est pas le cas. Ensuite, il ne leur est pas venu à l’esprit, à mes copines, que s’il n’y a pas de femme dans le classement, c’est peut-être tout simplement parce qu’aucune de nous n’est aussi brillante que les blogueurs en matière politique? Aïe, me voici traître à la cause. Je viens de foncer tout droit dans un tabou. Tant pis, j’assume :

Les blogueuses n’osent pas faire de politique

Quoique… Les femmes n’osent pas aborder les sujets politiques, m’explique-t-on dans le même article. Nous y voilà. Pauvres pitchounes! Il est vrai que les femmes n’ont jamais osé se frotter à la politique, de Nefertiti à Angela Merkel en passant par Jeanne d’Arc, Marie de Medicis, Olympe de Gouges et Margaret Thatcher, toutes se sont cantonnées à filer leur quenouille, c’est bien connu, surtout en ces temps reculés où c’était autrement plus compliqué d’évoluer dans un monde apparemment dominé par les hommes. Je dis bien, « apparemment » tant il est vrai qu’on a oublié l’étendue infinie des pouvoirs que nous détenions quand nous avions la sagesse de n’en revendiquer aucun. Aïe, encore un tabou, je vais mal finir.

Le « beau sexe » blogue aussi

Ah, les filles… les filles….

Je vous aime bien, mais entre nous, ça vous surprend de vous faire traiter sur vos blogs de « salopes » comme vous dites, quand vous positionnez volontairement le débat sur le terrain sexuel, soit en parlant mode, cuisine et bébé jusqu’à la nausée, soit en vociférant justement après ces « salauds de mecs » qui vous empêchent d’exister, franchement? Vous ne croyez pas que vous le cherchez un peu? Notez, j’ai bien failli vous croire. C’est même une des raisons pour lesquelles j’ai opté pour un pseudo masculin en débarquant sur la toile. Je me suis dit : la parole d’un homme est plus crédible que celle d’une femme, en me faisant passer pour l’un d’entre eux, je m’épargnerai la commisération et les blagues sexuelles.

J’avais tout faux. Il y a ici plus de commentateurs que de commentatrices alors qu’ils savent depuis longtemps que j’appartiens à ce qu’autrefois on appelait le « beau sexe ». Et aucun d’entre eux n’a jamais dépassé les limites d’un amusant badinage, dans les cas les plus extrêmes. Allez savoir pourquoi. Peut-être parce que je ne me positionne pas sur le terrain du genre, justement. Je me pense d’abord comme un être humain, un citoyen (même pas une citoyenne, j’en ai ma claque de la féminisation de tout, de cette guerre qui s’étend jusqu’à la grammaire au point de la rendre ridicule), et ensuite une femme. Il ne s’agit pas d’un reniement, mais d’une hiérarchisation. Je l’aime ma condition, je l’assume pleinement, mais je lui interdis de déborder.

Ma féminité ne prime pas sur mon humanité, elle la teinte, c’est tout.

Et encore, il m’arrive de me demander jusqu’à quel point la réflexion est susceptible d’être sexuée. Il me semble que cela dépend des sujets, des individus, des circonstances et de mille autres paramètres. Voyez-vous ce qui m’inquiète dans votre démarche, c’est votre aveuglement. Vous n’avez pas remarqué qu’on commence à leur faire sérieusement peur aux hommes? Ah mais si, les filles! Sont paumés nos jules. Savent plus s’ils doivent nous inviter au restaurant ou pas, nous proposer de nous raccompagner, nous tenir la porte. Ils se demandent si on les rêve papas poule ou au contraire absorbés par leur carrière, si l’on souhaite qu’ils soient riches et ambitieux ou tendres baladins. Ils finissent même par penser qu’on les veut tout à la fois carriéristes, poètes, machos, soumis, aimants, brutaux, viriles, émotifs, empathiques, indifférents, calmes, passionnés, mystérieux, proches, distants, complices, bref comme hier mais à la mode d’aujourd’hui et capables d’anticiper nos désirs de demain. Même nous, on ne sait plus très bien ce qu’on espère.

Je crois qu’il est temps d’arrêter la guerre. L’évolution vers l’égalité des sexes, ou plus exactement vers la suppression des inégalités sociales qui n’ont pas lieu d’être, cette évolution donc est lancée, plus rien ne l’arrêtera. Sauf peut-être un retour de boomerang si on va trop loin.

Contre-coup (de boomerang)

Mais revenons à notre sujet. Qu’est-ce qui vous chiffonne au juste? Qu’il n’y ait pas assez de femmes en tête des classements de blogs ? Ce n’est pas tout à fait vrai, elle tiennent le haut du podium dans les rubriques « loisirs », « gastronomie » et « scrapbooking » (je ne savais même pas ce que c’était avant de me pencher sur le classement wikio !). Qu’est-ce qu’on y peut si c’est là qu’elles performent ? Vous voudriez quoi? Que la mode devienne un sujet politique majeur? Ce serait ça, le triomphe de la cause des femmes dans la société? Ou bien regrettez-vous de n’avoir pas réussi à hisser un blog féministe en tête des blogs politiques? Et pour quoi faire ? Supprimer les discriminations injustes est utile et nécessaire, mais c’est un combat parmi d’autres. Or, j’ai l’impression que vous tentez d’en faire une vision globale de l’existence. Une grille d’analyse générale. Comme si tout se réduisait à un gigantesque affrontement entre les sexes.

Et ça vous étonne de ne trouver ni chez les hommes, ni même chez la majorité des femmes, un public enthousiaste? Mais on ne la partage pas votre vision du monde, essayez donc de le comprendre! C’est vous qui rendez le web sexiste à votre endroit en vous positionnant délibérément sur le terrain sexuel. Vous vous enfermez toutes seules et vous hurlez ensuite après vos prétendus geôliers. Tout le monde s’en fout du sexe des auteurs sur Internet, c’est même l’un des multiples intérêts de la chose.

Et c’est précisément cela que vous n’avez pas compris.


Image de Une par Marion Kotlarski pour Owni

Article initialement publié le 3 mars sur le blog La Plume d’Aliocha sous le titre “Sexiste le web ? Allons donc…”

Illustration sonore offerte par Nova : l’intégralité de cette production barrée à découvrir toute la journée sur les ondes, ainsi que sur le site www.salondelafemme.org. Diane Bonnot et Fred Tousch, les deux comédiens que vous avez entendus sur les inserts, font partie de la troupe d’Edouard Baer.

Crédits Photo FlickR CC : Mike Licht, NotionsCapital.com / Profound Whatever /

Retrouvez l’intégralité de notre dossier sur la Journée de la Femme.

Téléchargez l’infographie des Positions féministes. (cc) Mariel Bluteau pour Owni /-)

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http://owni.fr/2011/03/08/blogueuses-ne-rendez-pas-le-web-sexiste-8-mars-journee-femme/feed/ 18
Sites d’information régionale: ||un bilan en demi-teinte http://owni.fr/2011/03/03/sites-d%e2%80%99information-regionale-un-bilan-en-demi-teinte/ http://owni.fr/2011/03/03/sites-d%e2%80%99information-regionale-un-bilan-en-demi-teinte/#comments Thu, 03 Mar 2011 08:20:19 +0000 Marc Mentré http://owni.fr/?p=49421

Sur son blog, Cross Media Consulting, Erwann Gaucher publie régulièrement le Top 50 des sites d’information régionale, basé sur le classement réalisé par l’OJD. Plus exactement, il publie les 23 premiers de ce classement. Les résultats [il s'agit des chiffres de janvier 2011] sont déjà riches d’enseignements. Mais, il m’a semblé nécessaire de détailler ce bilan et d’en creuser certains aspects pour essayer de comprendre ce qui fait le succès (tout relatif) ou non de ces sites.

Le Parisien domine de la tête et des épaules ce classement, mais il faut relativiser, en terme de comparaison, sa bonne performance. Certes, il s’agit d’un site d’information régionale mais il est aussi perçu comme un site d’information nationale, en raison du couplage Le Parisien/Aujourd’hui. Il serait alors plus juste de le comparer aux sites des quotidiens d’information générale, comme lemonde.fr (51,3 millions de visites), lefigaro.fr (35,7 millions de visites) ou encore liberation.fr (18,5 millions de visites).

Si l’on s’en tient aux site régionaux « pur sucre », Ouest France est de loin en tête tant par le nombre de visites (8,7 millions) que par le nombre de pages vues (37,8 millions), puisqu’il compte le double de visites que ses deux suivants immédiats, Sud Ouest (4,4) et Le Télégramme (4,3). Mais ce bon résultat, si on le compare aux chiffres de la diffusion du journal papier, est relatif : la fréquentation du site d’Ouest France est le double de celle du Télégramme, alors que la diffusion du journal papier est le triple de celle de son concurrent breton.

Mais, un autre indicateur me semble intéressant en dépit de sa rusticité, il s’agit du ratio « pages vues/visites ». Il permet de voir —en première approche— si les internautes apprécient un site, reviennent, s’intéressent à plusieurs sujets… Bref, c’est un autre moyen de mesurer leur attractivité, en tout cas de la mesurer en terme comparatif. Ici, la hiérarchie est toute autre. Le site de La Nouvelle République est le champion, suivi de celui de La Montagne et du Dauphiné Libéré. Le site d’Ouest France n’est plus que dans une honnête moyenne, quant à celui du Télégramme, sa performance est très médiocre.

Sources CMC/Media Trend - * source OJD, 2010

Des stratégies pour les blogs extrêmement différenciées

Depuis quelques années, sur les sites, on assiste à une floraison de blogs. L’ensemble de ces blogs permettent en théorie de drainer une plus grande audience, et sans doute les centaines de blogs hébergés par les sites de La Voix du Nord et celui du Midi Libre participent au succès de ces sites. Concernant la presse régionale, j’en ai identifié quatre types :

1> les blogs de la rédaction [j'ai inclus dans cette catégorie les blogs des médiateurs], qui permettent à un journaliste —parfois plusieurs— de couvrir de manière très approfondie un champ précis de l’information : politique, cinéma, jardinage, cuisine, etc.
2> les blogs des « invités », lorsqu’ils sont identifiés comme tels ; ce sont en général des « experts » dans leur domaine. Par leur blog, ils enrichissent le contenu du site.
3> les blogs des correspondants, dont certains sites se sont faits une spécialité et qui constituent une stratégie pour mieux couvrir l’information locale, voire hyperlocale.
4> les blogs des internautes, sachant que certains sites sont devenus des plateformes de blog, et que l’on en compte plusieurs centaines [j'ai renoncé dans ce cas à en faire le décompte précis]. L’intérêt ici, est de permettre à tout un chacun —individu, comme association, syndicat, voire entreprise— de créer un espace d’information spécialisée, dès lors « qu’il a quelque chose à dire ». Il bénéficie ainsi du label du site hébergeur.

À l’analyse, on constate que la pratique des « blogs de site » est loin d’être généralisée, puisque la moitié des sites de ce panel (12 sur 23) n’abrite aucun blog. Pour les 11 sites qui utilisent les blogs, les stratégies différent fortement :

  • Le Parisien, Ouest France, les DNA et La République du Centre ont décidé de conserver les « clés », puisque les blogs sont tenus exclusivement par des membres de la rédaction. Ces sites demeurent dans une conception journalistique « traditionnelle », dans laquelle seuls les journalistes sont habilités à traiter l’information. Les blogs ne sont alors qu’un « habillage technique », mais il n’y a pas de modification du rapport avec les internautes, qui ne peuvent pas faire partager leur information.
  • Sud Ouest, L’Indépendant de Perpignan et La Charente Libre, ont choisi —politique de groupe cohérente oblige— de jouer  la carte de l’information hyperlocale, en développant les blogs de correspondant. Le résultat, à la lecture est spectaculaire, lorsque ceux-ci jouent le jeu, et le contenu d’ensemble du site est considérablement enrichi.
  • Le Télégramme, La Provence, mais surtout L’Yonne Républicaine, La Voix du Nord, Midi Libre, et à sa manière Nice Matin, ont choisi le foisonnement, en ouvrant leur plateforme à qui veut. Il y a certes à boire et à manger dans ces blogs d’une variété infinie, mais ce choix permet à chacun de pouvoir s’exprimer sur le site, qui (re)devient le lieu du débat et de la discussion.

* pas de blogs, mais une forte communauté, les "Azuronautes" - CC Media Trend

Avec les réseaux sociaux, « ce n’est pas gagné »

Les réseaux sociaux sont considérés comme des médias à part entière sur lesquels les sites d’information doivent [devraient ?] assurer leur présence. Ils permettent entre autres d’agréger des communautés autour du site, de rajeunir et de féminiser l’audience avec Facebook, d’assurer la présence du site [de la marque] dans le média d’information immédiate que constitue Twitter, etc. Les réseaux sociaux, s’ils sont bien utilisés, permettent aussi d’augmenter l’audience du « site mère ».

En première analyse, disons que « ce n’est pas gagné ».

1. Côté Facebook

La Manche Libre n’a  pas encore créé de page Facebook. En 2011 ! D’autres visiblement n’y investissent pas, comme Le Télégramme (400 amis/fans), Le Progrès (600 amis/fans), La République du Centre (200 amis/fans), ou encore Le Journal du Centre (700 amis/fans). La barre des 10.000 amis/fans n’est franchie que par 3 sites : Sud-Ouest (17.400), La Voix du Nord (25.600) et Le Parisien (69.600).

Le succès de La Voix du Nord s’explique pour une faible part par la multiplication des pages selon une logique thématique (emploi, sports, féminin, etc.) et locale (page Arras, Cambrai, etc.). Une faible part, car l’essentiel du succès de La Voix du Nord sur Facebook est assuré par la page du site qui compte à elle seule près de 19.000 amis/fans sur un total de 25.600. Cette stratégie de la « dispersion » sur Facebook, choisie aussi avec moins de succès par Ouest France, sera peut-être efficace sur le long terme, mais pour l’instant, il faut admettre que ces pages Facebook locales ou thématiques n’agrègent que de minuscules communautés.

2. Côté Twitter

Nous sommes au bord de la Bérézina : 7 sites [MÀJ du 18/02/2011] n’ont pas de compte Twitter (sur 23) en tout cas je ne les ai pas identifiés. La plupart ont un nombre de followers ridiculement faible, 1.200 pour Midi Libre, 1.800 pour les DNA, ou insatisfaisant : 5.800 pour Ouest France et Sud Ouest, c’est peu. Deux raisons expliquent cette mauvaise performance et en premier lieu la relativement faible pénétration de Twitter dans les régions. Mais la raison principale tient sans doute au fait que les fils Twitter de ces régionaux n’ont que peu d’intérêt, puisqu’ils ne font que reprendre les titres des articles au fur et à mesure de leur publication sur le site. Ce ne sont en fait que des flux RSS déguisés.

Tableau mis à jour le 18 février 2011 - *Les journalistes de La Nouvelle République ont des comptes personnels - CC Media Trend

Les rédactions n’accordent pas assez d’attention à la gestion des commentaires

Pour terminer, un mot sur les commentaires en fin d’articles. Cela mériterait un post à lui seul. Nous en sommes encore au Moyen Age. Certains sites comme celui d’Ouest France n’acceptent pas les commentaires, d’autres comme celui de La Montagne les ont ouverts mais sans succès, car les commentaires y sont aussi rares qu’un cheveu sur le crâne d’un chauve. D’autres ont plus de réussite, comme Le Parisien, Sud Ouest, La Provence… mais la rédaction se garde bien d’intervenir dans les discussions des internautes. Résultat l’article et les commentaires qui le suivent ne sont pas « liés », les réponses s’enchaînent sans autre logique que la réaction au(x) commentaire(s) qui précède(nt), etc. C’est d’autant plus dommage que la qualité d’un site tient autant aux informations qu’il produit qu’à la discussion qu’elles suscitent, et qu’une bonne qualité de « discussion » ne peut qu’améliorer la fréquentation d’un site. En n’accordant pas assez d’attention à la gestion des commentaires, les rédactions se tirent une balle dans le pied.

Billet initialement publié Media Trend

Image CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commerciale Darwin Bell

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http://owni.fr/2011/03/03/sites-d%e2%80%99information-regionale-un-bilan-en-demi-teinte/feed/ 13
“Bloggeurs contre presse: un discours dépassé non?” http://owni.fr/2011/03/02/blogeurs-contre-presse-un-discours-depasse-non/ http://owni.fr/2011/03/02/blogeurs-contre-presse-un-discours-depasse-non/#comments Wed, 02 Mar 2011 17:06:55 +0000 Emgenius http://owni.fr/?p=30611 Emgenius écrit pour Benzinemag et sur Emgeniux Owni News. Il est actif dans l’industrie des services mobiles depuis plus de 10 ans. Chargé de projets multimédias convergents – Chef de produit marketing – Mobile evangelist à ses heures chez Mobile en France et Geek le reste du temps. Eugenius est un grand fan de musique et de nouveautés technologiques, bref, le genre de passionnés qui nous passionnent chez OWNImusic.


Ok ça y est JD the DJ a réussi à me pourrir la journée. Enfin quand je dis la journée, j’exagère un peu… Que je vous explique:

JD et moi

Dans une critique mi-figue mi-raison du dernier Radiohead, il signale au compte de l’album the king of limbs que « Radiohead frappe pour une fois là où on l’attend. Soit dans un registre psalmodies/incantations/ dissonances/arythmies/tachycardie déjà abordé ailleurs. Le tout en format court (huit titres) et produit par le fidèle Nigel Godrich, avec tous les espaces, dérèglements et rituels espérés, attendus ou redoutés ». Je résume, parce que JD fait beaucoup de blabla dans son article (vache t’as vu ma vanne ?).

Dans la mesure où la bande à Thom est un groupe dont depuis plusieurs années maintenant je loue plus la démarche artistico-marketing plus que réellement le résultat musical – qui a fini de me perdre dans les circonvolutions de leur esprit musical génial mais dénué de la moindre once d’affectivité de ce grand cœur qui est le mien depuis une trentaine d’année (en gros Radiohead parle désormais plus à mon cerveau qu’à mon cœur) -, je suis plutôt enclin à me ranger à l’avis de JD Beauvallet ce qu’une écoute rapide du dernier album semble confirmer. Que les choses soient claires d’emblée, comme ça j’évacue directement la querelle musicale éventuelle de cette diatribe.

Dénigrer ou ne pas dénigrer les blogueurs, telle est la question.

Dans les pages 4 et 5 de son long article (oui parce que maintenant dans les sites commerciaux on est obligé de séparer les longs articles en quatre à cinq pages pour augmenter le nombre de pages vues et enregistrer un plus grand nombre de recettes publicitaires) JD Beauvallet, qui est pourtant une personne de goût, démontre qu’il est devenu vieux. Enfin plutôt qu’il s’est rangé dans le camp du « old media », avec un air de ne pas y toucher (en gardant une certaine distance entre le propos énoncé, en parlant sans avoir l’air d’en faire partie de l’opposition entre l’internaute lambda et la presse installée. Le fameux « y’en a des qui » de nos cours de récré devenu argument de langage d’un article de presse.

Voici donc le « y’en a des qui trouvent que… » de JD the DJ :

Avec Radiohead, le critique et l’internaute se retrouvent sur un pied d’égalité : tout le monde, en payant la même somme pour le même téléchargement, découvre en même temps la musique et les informations. Tous ont les mêmes oreilles, mais tous n’ont pas le même parcours, le même savoir s’insurgent ici et là les journalistes dépossédés. (…) Sur la critique d’un seul et unique disque, livré sans la moindre information supplémentaire à la presse, l’avis d’un internaute de Bourganeuf vaut celui du rédacteur en chef du NME ou d’un critique de Pitchfork.

Ainsi donc certaines institutions de la presse musicale propre sur elle dont les Inrocks font ou ne font pas partie (ouais parce que monsieur Beauvallet entretient l’ambiguïté, le lectorat étant précieux et il faut bien le ménager) se sont senties humiliées de voir leurs prérogatives séculaires bafouées. Pas de CD-R, pas d’avance, pas d’écoute presse dans les locaux de la maison de disque, pas de dossier de presse qui résume ce que la presse d’ici et d’ailleurs a pensé de l’album, pas de moyen de se situer par avance par rapport aux confrères, pas de moyen de prévoir une couverture hebdomadaire bien aguicheuse, du genre de celle qui attire le chaland vers le kiosquier, rien… Pas même un peu d’avance par rapport à la plèbe, qui permette de signaler que « et chtoc, nous ne sommes pas du même monde toi public huissier et moi journaliste punk. Toi tu dois attendre la sortie officielle pour te forger un avis que je t’aurai prémâché. Moi je sais d’avance ce qui sera bon ou pas, et à fortiori bon pour toi ».

Quand Radiohead joue au chien dans un jeu de quilles

Je sais ça fait mal. D’abord parce que Radiohead décide de ne pas jouer un jeu qui recommençait tout juste à se re-roder à l’ère numérique. Une ère où certes les voyages de presse aux frais de la maison de disque sont moins nombreux, mais où quand même à la faveur d’un lien en stream ou d’une écoute publique dans un café/salle de la région parisienne, la presse française peut gagner ce petit supplément d’avance qui leur fera gagner quelques places dans le référencement des sites par Google. Un jeu que maisons de disques et presse en ligne ont compris assez tardivement certes, mais des privilèges qu’ils ont réussi ensuite à bien utiliser (et je ne leur jette pas la pierre… combien sont-ils les blogs musicaux sur lesquels je tombe à la faveur d’une recherche qui se fendent d’un articulet –artienculé- bidon annonçant tel ou tel album, juste pour que Google les remonte en page 1 sur la clé de recherche liée à l’album…). En fournissant le même matériel à tout le monde en même temps, le groupe a réussi à mettre tout le monde sur un pied d’égalité.

Une égalité qui pointe les limites du système de l’information musicale liée à l’économie. Ce faisant, le groupe ne donne pas plus la prééminence à un site professionnels, à des journalistes rémunérés pour écrire un papier qu’au péquin moyen de Chalmaison en Seine et Marne.

La presse musicale c’est le maaaal ;-)

Normalement c’est là que moi blogueur j’y vais de mon discours sur la collusion publicitaire qui existe entre le journaliste payé pour critiquer un album, par des revenus publicitaires des maisons de disque et tourneurs qui annoncent sur leur site, là où un blogueur lambda sans publicité ne fait que relayer son sentiment profond, sans autre but que la beauté du geste et du partage. Je m’abstiens. Parce que je n’ai pas assez de place. Parce que je sais aussi que certains blogueurs musicaux sont devenus des quasi entreprises de production de contenu promotionnels et finissent par faire attention à ce qu’ils écrivent.

Il faut cependant noter que ce genre de vexations à priori, le grand public s’en branle. Le jeu de la prise d’avance de la presse tend même à le saouler. Combien de fois n’avons-nous pas été emballé par un article de Christophe Basterra dans Magic ! concernant un album… Avant de nous rendre compte qu’il faudra attendre près d’un mois pour l’écouter….

Blogeurs contre presse: un discours dépassé non?

Or donc la question n’est pas tant de savoir si les inrocks, magic et autres rock and folk de notre paysage magazinesque français doivent pouvoir conserver le privilège de l’avance par rapport à la plèbe. En fait cette question sous-jacente me fait doucement rigoler. Franchement, c’est d’une naïveté sans nom que de penser que seul le jeu du « c’est moi qui l’ai écouté en premier et qui peut te mâcher le travail d’écoute » restera le modèle pour les années à venir. C’est sooooo nineties comme on dit sur le web. Dans un univers mondialisé par le web, où les décalages géographiques, horaires et la pluralité des supports musicaux sont devenus une évidence, il est ridicule de penser que le schéma Artiste > label > presse > public continuera bien longtemps à faire la loi.

Tous les amateurs de musique ont fini de recourir au seul CD, aux seuls MP3 pour creuser un genre particulier ou partir à la recherche d’artistes du même style que ceux d’une découverte qui nous a fait triper. On nous a donné le net, on a appris à aller nous servir nous-mêmes. On nous a donné Myspace, et pendant un temps on a même cru qu’allait s’y concentrer le bon grain et l’ivraie, mais en tout cas l’essentiel des contenus musicaux produits par une tripotée d’artistes répartis aux quatre coins du globe. Garder de l’avance, pour la presse traditionnelle, c’est avouer qu’on ne s’intéresse qu’au circuit officiel, à l’ancienne qui passe par le groupe, son manager, le directeur artistique d’un label, le directeur marketing, son attaché de presse , les inrocks puis la Fnac. Heureusement pour nous, cela fait longtemps que ce modèle a vécu. L’internaute est capable et a les outils pour aller seul vers une musique qui lui ressemble.

La question n’est même pas de savoir si les Inrocks, magic et autres rock and folk de notre paysage magazinesque français font du bon ou du mauvais travail. Si les blogueurs musicaux par contre ont moins de poids que JD ou n’importe lequel de ses sbires. Je ne m’étendrai pas sur les critiques à l’emporte pièces lues parfois sur le site des Inrocks au sujet d’albums moins tête de gondole, rédigées par des journalistes pigistes ou stagiaires qui ont une connaissance au moins aussi parcellaire que moi de la musique. Quand je rédigeais ma première critique sur le web, Johanna n’était pas encore la journaliste efficace des Inrocks qu’elle est devenue…

La presse musicale fait-elle un meilleur travail de critique que mon pote de Bourganeuf. M’en tape. Déjà je trouve la fatuité des propos remontés par M. Beauvallet,vexant pour la plupart des blogueurs musicaux que je connais et respecte depuis des années pour la qualité de leur travail, et aussi parce que je pense que tous ces titres de presse ont fait et continuent à faire un travail d’abattage énorme. Bon ok, j’ai bien mon avis polémique sur la question d’ailleurs… En effet quand je tapote le nom d’un artiste sur le net, que je tombe sur un blog home made, il ne me faut que quelques lignes de lecture pour savoir si du fond à la forme l’avis de la personne qui l’a écrite m’intéresse ou est susceptible de m’apporter un supplément d’aide au choix. Une sélectivité que je n’ai parfois plus quand je passe dans le giron des « installés ». Parfois quand je finis une critique des Inrocks, je suis ultra déçu. Déçu de m’être fadé une critique longue que j’ai lue jusqu’à la fin, écrite par un gusse dont je me rends compte qu’il ne m’a pas donné un seul argument valable pour encenser ou détruire un album. Déçu parce que le mec qui l’écrit a une pire connaissance du groupe glosé que celle que je peux en avoir Et que j’ai tout lu à la seule raison que « attend c’est les Inrocks, je vais sûrement apprendre quelque chose ». Je préfère de loin trier vite fait auprès de quidams anonymes que je peux prendre ou zapper en fonction de ce qu’il m’apportent de la compréhension de l’album. En me demandant rarement à la fin, si l’avis que je viens de lire n’est pas aussi un peu biaisé par la collusion publicitaire entre le site et le label.

De l’utilité des magazines musicaux en 2011

Non, la vraie question à se poser est: quel rôle le lecteur demande à ses magazines musicaux en 2011, à l’heure de la mondialisation des sources via le web, à l’heure aussi de la mise à disposition mondiale de la musique? La question est une fois de plus celle de la valeur du média face au monde.

Est-ce que je demande aux Inrocks de me fournir l’avis de ses pigistes sur un album écouté en amont ? Est-ce que je ne préfère pas plutôt à cette critique au kilomètre, calée aux sorties des labels, me rapprocher de l’avis circonstancié et long en bouche de mon pote BenoîtOlivier, des avis de Mlle Edie, parfois en décalage total avec la sacro sainte actualité ; ou des petites infos dispensées de ci de là par @dissogirl , @JSZanchi , @Zikomagnes , @Co_Sweuphoria  …. Autant de gens dont la géographie ou le cénacle fréquenté, me parlent avec des mots qui me touchent plus que n’importe lequel des avis d’un des mecs qui a entendu tous les advance d’un même CD, été gratuitement à toutes les versions du concert du groupe chose à laquelle vu le prix demandé, je ne pourrai jamais mettre les pieds ? L’âge aussi que semble oublier le papier de Beauvallet. Je me souviens de l’anecdote du frangin découvrant Get Ready de New Order sans avoir jamais écouté une once de Substance et m’expliquant pourquoi c’était à ses yeux un album rock exceptionnel ? Faut-il connaître toute l’encyclopédie du Garage rock pour aimer les Strokes ? Faut-il parler de Colombier pour bien évoquer les arrangements d’Arnaud Fleurent Didier ?

Bullshit.

Le tout est d’être capable de fournir une information sensée sur un album. Sinon au plus grand nombre à tout le moins à ceux qui par affinités électives ont fait l’effort de lire la critique, parce que le sujet, la forme ou la manière utilisée pour le décrire me parle, m’évoque, me donne envie d’aller découvrir l’artiste. Le reste n’est que de l’astiquage de nougat, rendu privilégié par l’accès en amont à certains contenus.

En 2011 déjà, La vraie force des Inrocks, Magic, et consorts par rapport à la masse de blogueurs dont Pitchfork fit un jour partie, c’est leur nom. Le gage de qualité, la patente, la coloration esthétique ou politique. Plus que n’importe lequel de leurs articles. Et cette « hiérarchie » se duplique en interne. Une critique de miss Seban aura toujours moins de valeur à mes yeux qu’une critique de JD etc. Peu de ces médias le comprennent déjà, lancés dans la course au toujours plus tôt, au plus intello, au plus référencé, au plus démonstrateur de passe-droits.

Un jour, pour parler d’un album à sortir, ces médias installés, ces « old médias » comme on les appelle affectueusement entre nous, comprendront peut-être que leur destin véritable se situe plus dans la curation de contenu que dans la production kilométrique.
La curation ? mais siii cette méthode qui consiste à collectionner, agencer et partager les contenus les plus intéressants (textes, images, vidéos, etc.) autour d’un même thème. Demain, les Inrocks, Magic, Rock and folk et les autres deviendront peut-être des e-documentalistes 2.0. c’est-à-dire des sortes de pères putatifs d’une armée de blogueurs, de vrais gens écoutant avec la seule arme de leur vraie oreille les productions musicales de mille lieux de la planète. Une revue de blogs patentée JD the DJ aura peut-être plus de valeur que son avis lui-même sur un album, certainement plus de valeur que celui du pigiste payé au lance-pierre par le label qui finance la page de pub.

Parce qu’ainsi le magazine sera capable de traiter un spectre plus large de création musicale que la seule routine des labels, parce qu’ainsi les papiers des « pontes » de ces médias acquerront une plus forte puissance, eux qui laisseront l’annonce, l’effet et le trivial aux blogueurs internautes (le son général, la date de sortie, le label, et la forme générale de l’album) et prendront tout le temps alloué à leur papier à l’explication personnelle, à ce que ça leur procure, ce que ça leur renouvelle etc. Une critique plus personnelle, moins informative, nourrie de l’âge, de l’expérience, et de l’aura du capitaine sur ses ouailles. Une valeur véritable que ne pourra jamais même tenter le blogueur influent depuis deux ans ou le pigiste de la rédaction payé à faire mille choses dans une seule et même journée, forçat de rédaction précaire.

Conclusion où on reparle un peu de Radiohead

Alors non, non, l’album de Radiohead ne me fait pas rêver du tout. Il est beau, bien torché et dans la droite ligne du précédent, ce qui est dommage pour un groupe qui a pris l’habitude de tout réinventer à chaque opus comme la bande à Thom Yorke. Reste qu’en mettant tout le monde sur un pied d’égalité il a au moins renouvelé ici le rapport de la critique musicale à son œuvre. Et permettre à des blogs de concurrencer le référencement des Inrocks sur le nom de l’album, moi dans l’absolu… ça me fait marrer. Rien que pour ça tiens, j’aime bien Radiohead ;-)

Denis Verloes

Article initialement publié sur: Benzinemag

Crédits photos flickr CC: Rock Mixer, dwineberger, just.Luc, serjaocarvalho, unawares

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