OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Le blog : forme majeure http://owni.fr/2010/03/08/le-blog-forme-majeure/ http://owni.fr/2010/03/08/le-blog-forme-majeure/#comments Mon, 08 Mar 2010 14:36:51 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=9643 blogtcrouzet

Un blog n’est pas nécessairement un ramassis de textes insignifiants et qui ne se suivent pas. Laissons le temps passer et je suis persuadé que les textes les plus importants du début du XXIe siècle auront tous été publiés dans des blogs, tout au moins en ligne en échappant au circuit de validation de l’édition traditionnelle. Et non pas comme des billets uniques mais comme de longs chapelets de perles qui se reflètent les unes les autres.

Tout d’abord, cette idée qu’une œuvre doit être achevée pour atteindre le summum de la création. Et La recherche du temps perdu, encore en chantier à la mort de Proust ? Et la correspondance de Flaubert écrite pour ne pas être publiée en tant que livre et qui forme le plus grand livre de Flaubert ? Et Pessoa qui entassé ses manuscrits dans une caisse ? Et les journaux intimes des écrivains, souvent écrits avec l’idée qu’ils seront publiés, mais presque jamais retravaillés. Achever un travail ne l’auréole pas de prestige. L’effort supplémentaire peut même tuer l’œuvre.

Et puis tous ces écrivains du passé qui ont travaillé comme les blogueurs aujourd’hui. Je pense à Witold Gombrowicz avec son journal, dont il publia semaine après semaine les pages. Jamais il n’avait une vue d’ensemble de l’œuvre. Il s’éparpillait souvent. Se répétait. N’empêche son journal est un des livres qui m’a le plus marqué. Je ne vois pas pourquoi un blogueur n’aurait pas la même ambition, quitte à retravailler ses billets a posteriori.

Vrai que Gombrowicz aussi n’a jamais vécu de sa prose, pas plus que Proust et Flaubert. Mais on s’en moque et nous n’allons pas en faire une fatalité. Je prends l’exemple de mon ami Pacco. Il blogue et maintenant il publie des livres. Pour moi, dans ton blog, tu innoves bien plus que sur le papier. Tes planches en hauteur, tes meilleures, impossible sur le papier. Là, tout est reformaté, non pour être sublimé, mais pour revenir dans une norme ancienne. L’innovation en BD elle est en ligne. Je préfère lire ton blog, que tu juges un genre inférieur à tes livres. Le temps que tu passes à les packager, tu ne le passes pas à bloguer et donc à nous réjouir. Tu me diras, si tu n’avais pas tes livres, tu passerais ton temps à faire autre chose (ce maudit marketing) et peut-être que tu bloguerais moins. C’est le bug : nous nous contentons du moins pire. Je ne suis pas d’accord. Pendant ce temps, Google et d’autres se gavent sur ce que nous donnons gratuitement à nos lecteurs. Notre travail n’est pas perdu pour tout le monde.

Fabriquons des produits si nous en avons le désir mais pourquoi faudrait-il s’imposer cet exercice alors que nous avons un public en ligne ? Je vais d’ailleurs me flageller. Hier, un commentateur a posté un commentaire pour tout de suite l’effacer. Voici ce qu’il disait.

Selon moi, vous feriez mieux de passer votre chemin devant la carrière d’écrivain. Vous ne le serez jamais à moins de monter votre propre maison d’édition et de publier d’autres auteurs que vous pour finir les fins de mois. Et là je parle en connaissance de cause car j’ai eu l’occasion (malheureuse) de lire il y a très longtemps un de vos manuscrits “Moi Je”. Pathétique ! Je constate que votre style n’a vraiment pas changé même si vous ne faîtes plus de d’abus du “toutefois” et “cependant”. Le blog vous a sans doute sauvé de la frustration. Cessez de pester contre les éditeurs littéraires. Ressortez la barque de votre père et allez pêcher des anguilles devant chez vous.

Que de paradoxes dans ces quelques lignes. Vous mes lecteurs n’avez donc aucun goût, aucun sens de la mesure, vous vous abaissez dans les égouts de la littérature.

En résumé, vous êtes des lecteurs sans qualité, méprisables. Comme je reste punk, ça me convient plutôt j’avoue… mais vous imaginez combien je suis énervé par cette intervention. Tout d’abord l’idée, jamais loin, que pour être écrivain il faut boucler ses fins de mois avec ses droits. Il se trouve que j’ai eu cette chance pendant plus de dix ans. Ça prouve quoi ? Rien. Aussi bien pour ceux qui gagnent que pour ceux qui ne gagnent pas.

Que penser de quelqu’un qui vous juge insignifiant et qui, plus de vingt ans après, se souvient de vous et vient vous envoyer une méchante pique ? Puis qui se ravise, peut-être par mauvaise conscience, je n’y crois même pas. N’est-ce pas plutôt une démonstration de ce qu’est le vieux monde de l’édition ? Une démonstration de ce mépris du blog ? Alors que nombre de blogueurs sont bien plus lus que n’importe quel écrivain intronisé par l’édition nombriliste. Je continue à me prendre en exemple.

Quand je ne donne pas dans le populisme, mon blog reçoit mensuellement 20 000 visiteurs uniques qui consultent en moyenne cinq billets (je ne compte pas les 5 000 abonnés au flux qui lisent par intermittences). Pas de quoi crier victoire. Je peux néanmoins me livrer à un calcul amusant (et débile). Supposons que mes billets équivalent à quatre pages d’un livre (certains comptent pour dix ou quinze). Mes lecteurs lisent chaque année 20 000*12*4*5 soit 4,8 millions d’équivalent pages papier de Crouzet, soit près de 20 000 livres de 250 pages (OK je ne sais pas s’ils lisent jusqu’au bout… mais je ne compte pas tous les lecteurs, ceux qui me lisent ailleurs que sur mon blog).

Ce calcul ne veut rien dire mais il montre qu’un blogueur n’a rien à envier à la plupart des auteurs publiés sur le papier. Les gens qui nous lisent en ligne ne sont pas plus cons que ceux qui lisent des livres. Ils ont parfois de la culture, souvent des exigences esthétiques. Nous leur devons le respect. Nous leur devons de pousser plus loin notre art. Nous leur devons de la franchise qu’ils nous rendent en retour.

Merde. Le blog permet de dire des choses importantes d’une manière qui ne convient pas au livre. Comment croyez-vous que Nietzsche aurait publié aujourd’hui Le gai savoir ? Parmi tous ces équivalents livres qui se diffusent chaque année, parions que se cachent les gais savoirs de demain.

PS : Si vous avez lu ce billet jusqu’au bout, vous avez lu l’équivalent de quatre pages livre de Crouzet. Allez savoir combien réellement les gens lisent de pages de BHL.

> Article initialement publié sur Le Peuple des Connecteurs

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Le miroir aux alouettes de l’auto-édition (numérique ?) http://owni.fr/2010/02/24/le-miroir-aux-alouettes-de-l%e2%80%99auto-edition-numerique/ http://owni.fr/2010/02/24/le-miroir-aux-alouettes-de-l%e2%80%99auto-edition-numerique/#comments Wed, 24 Feb 2010 15:26:32 +0000 Jean-Francois Gayrard http://owni.fr/?p=8969 ecrivain

Nous accueillons sur la soucoupe Jean-François Gayrard, écrivain et blogueur français installé à Montréal au Québec. Son blog Numerikbook est consacré à l’actualité de l’édition numérique.

L’auto-édition est à la littérature ce que Kodak a été à la photographie: à trop vouloir démocratiser un art, à trop vouloir le populariser, à trop vouloir le rendre accessible au plus grand nombre, on finit par le désacraliser, on finit par lui enlever toute son essence, toute sa raison d’être.

Depuis toujours l’auto-édition est un concept qui me hérisse le poil sur les bras. Et ça empire avec l’avènement de la numérisation du livre.  Je suis un fervent défenseur de la numérisation du livre. Pas un militant, pas un évangéliste. Non, parce que ce qui me motive avant tout, c’est d’encourager la lecture, quelque soit le support de lecture, papier ou électronique et surtout c’est d’encourager les générations futures à lire, tout en étant bien conscient que ces générations là n’auront pas du tout le même rapport avec le papier que nous connaissons. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’elles ne liront pas, bien au contraire.

Revenons à l’auto-édition. Les sites Internet pour publier un livre soi-même, généralement moyennant un prix substantiel, pullulent ces derniers temps. C’est un des avantages de la numérisation; on peut facilement télécharger son manuscrit et le mettre en vente sur une plate-forme. Et là, ça y est, je suis auto-proclamé auteur ! Génial. Un mois, deux mois, trois mois passent et je me rends compte que je n’ai vendu qu’une petite dizaine d’exemplaires, avec un peu de chance. Bienvenu, dans le monde merveilleux de l’auto-édition; un beau miroir aux alouettes, ni plus ni moins.

Citez-moi un auteur célèbre contemporain qui a connu un vrai succès d’édition grâce à l’auto-édition ? Citez-en moi juste un seul ?

Comme me l’expliquait un ami éditeur tout récemment, “ce n’est pas parce que je fais du jogging tous les matins que je suis assuré de gagner le marathon“. Ce n’est pas parce que j’aime le vin qu’il faut absolument que j’achète un vignoble demain, ce n’est parce que je suis un passionné de cinéma que demain, je serai réalisateur, ce n’est pas parce que je suis un amateur de bonne bouffe que demain j’ouvrirai un restaurant gastronomique.

Ce n’est pas parce que j’écris que je serai forcément demain un auteur ou un écrivain. Bien des auteurs, qui se sont auto-proclamés eux-mêmes auteurs, ne comprennent pas pourquoi les maisons d’édition refusent leur manuscrit. Frustrés et surtout convaincus que leur manuscrit est le meilleur au monde – et c’est peut-être le cas – ils se tournent vers l’auto-édition ou de la pseudo auto-édition.  Mais ce n’est pas parce qu’un manuscrit est auto-édité qu’il est forcément diffusé puis lu. Parce que finalement qui décide, en bout de ligne, qu’on est auteur ou qu’on ne l’est pas: c’est le lecteur, celui qui achète ou pas votre livre. Et qui est le plus structuré, le plus organisé, qui possède le savoir-faire pour donner toutes les chances à un manuscrit qu’il soit numérique ou papier de trouver son lectorat? L’éditeur et sa maison d’édition, quelque soit la taille de celle-ci.

L’auto-édition est un miroir aux alouettes, le polaroid de la littérature, le Prozac de l’auteur déprimé de ne pas être publié. Tout le travail éditorial que fait une maison d’édition est précieux et indispensable, sans oublier tout le marketing de mise en marché et la promotion qu’elle va déployer pour donner une chance à un auteur d’être connu.

Pour conclure, je reprendrais les propos de Eric Simard, responsable de la promotion aux Editions Septentrion, parus sur son  blog: “de nos jours, beaucoup de gens écrivent et rêvent d’être publiés. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi (il y a pire motivation dans la vie), mais très peu y arriveront. Je ne crois pas ce que ce soit dramatique. Combien ont rêvé d’être astronautes et combien y sont parvenus?

Article initialement publié sur Numerikbook

Photo Carl M. sur Flickr

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