OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Disparition de l’écologie chez les Verts http://owni.fr/2012/01/17/disparition-de-lecologie-chez-les-verts/ http://owni.fr/2012/01/17/disparition-de-lecologie-chez-les-verts/#comments Tue, 17 Jan 2012 16:08:04 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=94264

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Pas une seule fois Eva Joly n’a prononcé les mots “écologie”, ”environnement”” ou ”nature” durant ses vœux aux Français diffusés en vidéo le 30 décembre dernier. Mal placée dans les sondages, la candidate d’Europe écologie-Les Verts multiplie depuis son investiture les apparitions liées à la justice, à l’éthique ou à la société civile. Laissant ainsi de côté, à part pour une visite sur les lieux du naufrage du TK  Bremen, la thématique structurante de son parti.

Passés à la loupe de l’analyse sémantique, les discours révèlent un écart de plus en plus grand : sur le terrain de la conversion écologique de la société, Eva Joly lambine derrière Jean-Luc Mélenchon.

De la société écologique à la justice salvatrice

A l’aune de son discours d’investiture, la gagnante de la primaire écolo partait pourtant sur un arsenal de mots unificateurs dans le plus pur esprit de la coalition écolo : après la France (évoquée 19 fois), les mots les plus présents dans son adresse aux militants le 29 juillet étaient à égalité (avec six occurrences) “écologiste” et ”Français” (ceux qu’elles se destinaient à unir) et ”pouvoir””, ”écologie” et ”mouvement”. L’“économie” restait un cran en deçà dans les priorités. Et les difficultés liées à la crise presque absentes du discours.

Face caméra, l’hiver venu, seule sur son canapé, Eva Joly a livré des vœux d’un tout ordre ton. Très brève (333 mots contre 1 298 mots pour l’investiture), la prise de parole débute sur une phrase qui résume le nouvel angle de campagne de la candidate : la résolution de la crise par la justice.

Il est important de faire comprendre que nous ne devons pas faire porter le poids de cette crise sur les plus vulnérables d’entre nous. L’austérité n’est pas une fatalité, d’autres choix politiques sont possibles.

Si la ”France” domine le propos avec huit mentions (comme c’est presque toujours le cas, de la gauche à la droite, en temps de campagne nationale), la ”justice” (six occurrences) y précède le ”citoyens” (x4), suivi par la ”solidarité” (x3)… ”L’Europe” est présentée comme la solution, ”un projet magnifique de paix”, qui ici est le seul vraiment développé. La ”planète”, esseulée en fin d’allocution, est seulement évoquée comme un projet de lieu ”vivable”. Les solutions écologiques à la crise, elles, ont disparu.

Le triptyque “social-égal-écolo” de Mélenchon

À l’inverse, le candidat du Front de Gauche a renforcé son propos écologique entre son discours d’ouverture de campagne (sur la place Stalingrad à Paris, le 29 juin 2011) et ses vœux aux Français. De trois occurrences, il passe à quatre mais, surtout, il développe en paragraphes entiers un des piliers de son programme : la ”planification écologique”. Dans la bouche de l’ex-PS, l’écologie n’est pas au premier rang mais souvent intégrée à un triptyque de réforme sociale, légale et écologique. Au même contexte d’austérité que celui des vœux d’Eva Joly, la réponse de Jean-Luc Mélenchon intègre directement l’option écolo :

Nous ne sommes d’aucune façon adhérents aux politiques d’austérité. Nous en sommes tout le contraire ! Nous croyons, nous, que c’est par la relance de l’activité que nous provoquerons la bifurcation écologique, la réindustrialisation, l’amélioration du quotidien auxquelles chacun d’entre nous aspire légitimement. Le pays a beaucoup travaillé, le pays est très riche, comment se fait-il qu’il y ait autant de pauvres ?

Le lien justice-égalité de la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts est ici remplacé par une mise en rapport des facteurs économiques-écologiques-sociaux. ”L’esprit” de cette réforme est pourtant proche dans les mots de celui d’Eva Joly : les ”citoyens” sont omniprésents (cités 9 fois dans les vœux), ”l’élection” maintes fois évoquée comme le moment charnière… Malgré ces similitudes, l’orientation générale des projets reste conforme aux étiquettes : ”écologiste” apparaît six fois dans l’investiture de Joly, pour seulement quatre occurrences pour le mot ”gauche”, lequel se retrouve à sept reprises dans le discours de Stalingrad de Mélenchon.

L’écologie, un truc pour les journalistes ?

Avec l’organisation de sa “nuit pour l’égalité” et ses récentes propositions sur de nouveaux jours de congés destinés aux juifs et aux musulmans, la parole de la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts s’affirme comme celle d’une ancienne magistrate plutôt que de porte-parole d’une réforme écologique de la société. En marge des grands discours, pourtant, une allocution récente d’Eva Joly remettait les questions environnementales et sanitaires au premier plan : celle destinée aux journalistes pour la nouvelle année !

Permettez-moi encore, à ce propos, de vous demander d’être le relais d’un message personnel aux Françaises et aux Français !

Je souhaite aux Françaises et aux Français, cette année, de prendre en main leur destin et celui de leurs enfants et petits-enfants, en votant, le 22 avril prochain, pour un triple changement : un changement de Président, un changement de perspective et un changement de République.

À toutes celles et tous ceux qui, depuis des années maintenant, agissent quotidiennement pour une planète vivable, pour une démocratie vivante , et une société plus juste je veux dire solennellement : « Ensemble, changeons la donne en 2012 ! Vous pouvez compter sur moi. Moi, j’ai besoin de vous .

S’en suivent des évocations des suites du Grenelle de l’environnement, du risque de la surpêche, de l’exploitation irraisonnée des ressources naturelles… Des termes qu’Eva Joly, même lors de son élévation au rang de candidate, n’avait qu’effleuré tout au plus, pointant d’une phrase ”la pêche industrielle”, ne faisant pas une référence explicite au Grenelle.

Un discours plus écolo mais surtout plus politique : peu habituée aux critiques directes, la candidate évoque dans ses vœux à la presse François Hollande, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon (sur la question des désistements) et accuse de ”défaite” Nicolas Sarkozy. Un discours calibré rempli de mots clefs pour les journalistes avides de citations.


Collecte des discours et traitement des données Claire Berthelemy et Grégoire Normand.
Illustration : Marion Boucharlat
Photo CC par Nathaniel via Flickr

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La petite boîte noire des Verts http://owni.fr/2012/01/12/la-petite-boite-noire-des-verts/ http://owni.fr/2012/01/12/la-petite-boite-noire-des-verts/#comments Thu, 12 Jan 2012 08:17:10 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=93887

Le 27 décembre dernier, dans son rapport annuel consacré à l’exercice 2010, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a rendu pour Europe Ecologie-Les Verts un avis « sous réserve », après avoir constaté la présence de factures incomplètes adressées à une structure périphérique, l’Association de communication des idées écologistes européennes et régionalistes (Acieer).

Renommée La boîte verte, cette association, dont le parti est propriétaire, a assuré pendant la campagne des régionales de 2010 des « prestations intellectuelles » (selon la formule employée sur les factures) correspondant principalement à des frais de communication mutualisés au niveau national.

Seul problème, les factures ne comportent pas les précisions habituelles, empêchant les vérifications nécessaires au remboursement des frais de campagne. La CNCCFP se défend cependant d’accusation de surfacturation :

Dans le cadre des élections régionales de 2010, nous avons reçu des factures forfaitaires qui ne nous permettaient pas de justifier du détail. Or, si nous n’avons pas la possibilité de connaître à quoi correspond chaque coût, nous ne pouvons savoir si la dépense n’a pas été surévaluée.

Suivant la tradition de mutualisation des dépenses du parti écologiste, Europe Ecologie-Les Verts a centralisé de nombreux coûts à l’occasion des élections régionales, notamment sur les sites Internet, les affiches ou les meetings. Dans la facture de la restructuration du site Internet n’apparaissait par exemple aucun détail sur le coût de révision de la charte graphique ou celui du développement.

D’où les soupçons de certains au sein du parti : sans possibilité de détailler les coûts, comment savoir si la facture n’a pas été gonflée pour rembourser un peu plus que le coût réel et renflouer les caisses du parti ?

Mises en garde

« Pour les européennes, c’était notre premier scrutin important, nous avons fait super gaffe sur les dossiers, se souvient une responsable fédérale. Au moment des régionales, nous avons eu un énorme appel d’air, de gens peu expérimentés en politique, et le parti n’était toujours pas unifié entre Europe Ecologie et les Verts, il régnait donc une certaine confusion. »

Pour clarifier la comptabilité entre les activités du mouvement lui-même (organisation des conventions, encaissement des cotisations, des dons des élus…) et celles facturées aux candidats (impression d’affiches, meetings, etc.), des cadres du parti décident d’utiliser Acieer, une association fondée en 2003. Dans sa nature, l’association vogue dans une zone grise : contrairement aux centres de formation des élus qui sont autorisés par la loi de 1988 sur les partis politiques (comme le Cedis, pour EELV), l’association n’est ni autorisée, ni formellement interdite, comme on nous le confirme au CNCCFP. Intégrée dans l’écosystème d’EELV, elle perpétue la tradition de pratiquer des prix de gros.

Exemple : plutôt que 22 affiches différentes, le design est assuré par un seul prestataire à Paris, lequel crée un canevas repris du Nord Pas-de-Calais à la Corse. Un choix qui ne relève pas seulement de l’optimisation économique pour Alexis Braud, alors en charge des meetings :

La décision d’EELV au niveau national était de faire vingt-deux campagnes régionales dans une campagne nationale. C’était un choix politique de notre part mais qui se traduisait également en terme de structuration technique, d’où la centralisation dans Acieer des différentes prestations de ce type.

Sous l’intitulé un peu flou de « prestations intellectuelles », Acieer émet ainsi des factures globales sous le regard de son bureau, où siègent plusieurs responsables nationaux – dont Mickaël Marie, trésorier national. Dès les premières bordereaux certains responsables régionaux s’inquiétent du manque de détail. L’un d’eux nous confie :

Nous avons vu que la facturation pouvait poser problème avec la Commission. Nous en avons fait part au national mais sans non plus faire de scandales… Nous étions pour la plupart tout juste arrivés en politique, nous ne nous sentions pas la légitimité de remettre en cause les garanties présentées par des cadres présents depuis plusieurs années dans l’organigramme.

Au lendemain des élections, une partie des comptes est retoquée : trop imprécise, elle fait l’objet de réserves de la part de la commission. Laquelle valide des remboursements ponctionnés sur les deniers publics. Côté EELV, les esprits s’échauffent, notamment autour de Pierre Larrouturou ; « nous risquions de ne pas voir remboursées des sommes non négligeables », se souvient un cadre régional. « Toujours pas d’accord » avec le verdict de la CNCCFP, un responsable national, très soucieux de son anonymat, reconnaît l’imprécision des premiers dossiers :

Nous sommes un parti pauvre et, après cette campagne qui a été la plus grosse jamais menée par notre formation, nous n’avons probablement pas assuré le niveau de détail attendu. Mais, dans nos choix, nous avons systématiquement fait à l’économie : pour la charte graphique du site, nous avons privilégié le devis le plus raisonnable. Les grands partis font faire ça par des grandes boîtes de com’ qui ne donnent pas le détail des factures. Nous, nous avons reprécisé par la suite et c’est notre transparence qui nous vaut des reproches ! Je le maintiens : ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour bien moins cher qu’un Publicis ou un EuroRSCG l’aurait facturé à un grand parti.

Pour établir le prix de chaque prestation, le CNCCFP a recours à des évaluations basées sur les prix du marché, notamment ceux pratiqués par les grandes agences de communication politique. Selon les responsables d’EELV, les « packages » apparaissant en facture des meetings ou campagne d’affichage qu’elles organisent sont bien plus opaques que les détails présentés pour justifier des dépenses de la campagne des régionales. Un argument qui n’a pas suffit à calmer les inquiétudes en interne.

Aucune sanction

Hugues Bonneville, porteur d’une motion pour la transparence, a apporté au conseil fédéral d’octobre une série de questions sur ces dépenses sans qu’une réponse très claire n’y soit apportée, malgré l’insistance d’autres militants.

Au niveau fédéral néanmoins, les remous provoqués par la révélation de certaines difficultés financières du parti ont donné lieu à la préparation d’un rapport dirigé par Agnès Michel. Il sera présenté au prochain conseil fédéral du parti, les 28 et 29 janvier. Un « Guide des bonnes pratiques budgétaires », où cette responsable de la commission Économie compte lister un certain nombre de conclusion sur les finances d’EELV. Et notamment comment les redresser.

Seulement utile pour mutualiser les campagnes de candidats dispersés sur le territoire, Acieer, désormais appelée La boîte écolo, a été mise dans un tiroir en vue des législatives, la campagne présidentielle étant gérée par le siège. Côté CNCCFP, aucune sanction n’a été prise à l’égard du parti. Mais, comme à son habitude avec les comptes irréguliers, l’institution sera plus vigilante avec les écolos la prochaine fois.

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Eva Joly en low cost http://owni.fr/2011/12/06/eva-joly-bat-la-campagne-en-low-cost/ http://owni.fr/2011/12/06/eva-joly-bat-la-campagne-en-low-cost/#comments Tue, 06 Dec 2011 11:13:29 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=89422

Pas de garantie financière suffisante. L’équipe d’Eva Joly devra se contenter d’une petite campagne à deux millions d’euros. Sans certitude que la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts atteigne les 5% qui garantiraient un remboursement à concurrence de 8 millions d’euros, les banques ont pour l’instant débloqué la ligne de crédit minimum : 840 000 euros, accordés par le Crédit coopératif. Soit le plancher de frais pris en charge pour les candidats recueillant les 500 parrainages nécessaires pour valider la candidature. Un premier apport auquel devrait s’ajouter, selon Yves Contassot, trésorier de la campagne, d’autres fonds :

Nous sommes en pleine négociation pour un deuxième prêt dont l’obtention est quasi actée, ce qui devrait nous permettre de porter le budget total entre deux et deux millions et demi d’euros. Pour aller plus loin, il faudra obtenir des garanties, par exemple en ayant recours à une assurance qui compenserait le manque à gagner si nous n’atteignons pas le seuil des 5%.

À deux millions, la campagne d’Eva Joly se déroulerait donc avec la moitié du budget utilisé par les Verts il y a dix ans. C’est-à-dire celui de Noël Mamère, qui dépensa 4 millions pour porter la candidature des Verts en 2002, et dont le score dépassa de quelques dixièmes le seuil permettant un remboursement.

Sans château ni baronnies

Or, à l’époque, le parti était unifié. Mais de nos jours, la formation d’Europe écologie-Les Verts est une situation paradoxale. Malgré deux fortes poussées électorales, à la chambre de Strasbourg et aux régionales, le parti n’a pas augmenté son nombre d’élus au Parlement (en dehors d’Anny Poursinoff, élue 4è député verte lors d’une législative partielle dans les Yvelines). Hélas, aux yeux des banques, députés et sénateurs constituent des gages financiers stables, puisqu’ils versent chaque année à leur parti une part significative de leur indemnité parlementaire. Des ressources auxquelles EELV ne peut prétendre.

Et impossible d’hypothéquer “La Chocolaterie”, siège parisien des Verts à côté de la gare du Nord. La candidate empruntant en son nom, elle ne peut adosser ses demandes de crédit sur des biens fonciers ne lui appartenant pas. La formation politique des Verts, en son nom, a donc accepté de garantir une partie du crédit. Pour le reste du budget, l’équipe se repose sur les négociations avec les banquiers menées par le trésorier Yves Contassot, et sur les contributions militantes, organisées par Julien Bayou.

Abaisser le seuil psychologique du don

L’idée de tendre le chapeau aux militants n’est pas nouvelle chez EELV : dès les premières universités d’été à Nîmes en août 2009, Daniel Cohn-Bendit avait lancé l’idée, qui n’avait guère trouvé de lendemain, pour donner une autonomie financière à la nouvelle formation. Sans illusion sur le poids des dons de personnes physiques dans la campagne, Julien Bayou voit néanmoins plusieurs intérêts à ce mode de financement :

Pour commencer, c’est de l’argent frais que nous n’avons pas à assurer ou à gager. Ensuite, c’est une forme de mobilisation alternative : les gens qui ne peuvent pas nous aider de leur temps nous font un chèque ou font un virement sur le site Internet. Nous sommes actuellement entre 1 000 et 1 500 euros par jour, toutes contributions confondues, pour un total avoisinant les 50 à 60 000 euros depuis un mois et demi. A ce rythme, nous aurons atteint les 80 000 euros de dons de personne physique qu’avait réuni Dominique Voynet en 2007 avant Noël. Mais, même si nous maintenons ce rythme, avec 200 000 euros de collecte total, ça ne représentera pas plus de 10% du budget. Il s’agit surtout de faire passer le mot et de diffuser un message.

Nous avons contacté un responsable de la collecte au sein d’une ONG très en vue sur les questions environnementales. Selon lui, l’objectif de 1 000 euros par jour, de manière régulière, semble très ambitieux. L’équipe de campagne, consciente de ces limites, mise sur une augmentation du nombre de contributeurs mais une baisse des contributions. Pour stimuler son électorat, le directeur de la mobilisation organise des opérations thématiques :

Mettre en face d’une contribution financière le nombre de tracts que ça va nous permette d’imprimer ou de stickers que nous allons pouvoir sortir rend les petits versements moins dérisoires.

Récemment, l’équipe a lancé une opération de partage des frais pour le clip de campagne, dont le monteur a pu être payé par les versements d’une centaine de personnes. Pour l’anniversaire de la candidate, le 5 décembre, un mail est parvenu aux abonnés des mailing lists d’Europe écologie proposant une participation exceptionnelle de “5 euros pour le 5 décembre” (en tenant compte des 66% d’abattement fiscal, autrement dit, un don direct à l’association de financement de 15 euros). Une idée montée en petit comité, autour de Frédéric Neau, l’animateur des Ecologeeks, à la technique, Elliott Lepers au design, Julien Bayou et Elise Aubry, à la diffusion sur les réseaux sociaux et militants – ex agitateurs des collectifs Jeudi Noir, Génération précaire et Sauvons les Riches.

Sobriété forcée

Une petite équipe mais qui représente la moitié des permanents des troupes jolyistes. Adaptée au budget, la voilure du navire présidentiel écolo se réduit à huit permanents réunis dans le QG parisien de La Ruche. Un choix forcé mais assumé par le trésorier de la campagne comme un véritable parti pris politique :

Le scandale, c’est la dilapidation des fonds publiques par les autres partis : le financement des campagnes se fait avec nos impôts.

Une sobriété qui ne rassure cependant pas tout le monde. Anciens Verts comme néo-Europe écolos, nombreux sont ceux qui voient avec pragmatisme l’impact arithmétique des dépenses sur les scores. Quant au financement militant, il agace certains anciens de la campagne de Mamère qui y décèlent un romantisme qui sied peu à la course à l’Élysée :

1 000 euros par jour, il n’y pas de quoi se vanter : un budget de campagne, ça ne se chiffre pas en milliers d’euros.

Côté trésorerie, l’idée de la sobriété est défendue mais Yves Contassot ne refuse aucune adaptation aux heureux hasards de la campagne :

Le budget est séquentiel et évolutif : nous ne fixerons pas de limite jusqu’au dernier moment. Si les sondages portent Eva Joly et permettent de lever un surplus pour renforcer notre présence dans la dernière ligne droite, nous ne nous en priverons pas.

Image Marion Boucharlat pour OWNI

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Le MOX revient à la réalité http://owni.fr/2011/11/21/le-mox-revient-a-la-realite-edf-blayais/ http://owni.fr/2011/11/21/le-mox-revient-a-la-realite-edf-blayais/#comments Mon, 21 Nov 2011 07:31:49 +0000 Claire Berthelemy http://owni.fr/?p=87403

Pendant que le Parti socialiste et Europe Écologie-Les Verts s’écharpaient à propos d’un paragraphe de leur accord se référant au MOX, le groupe EDF, lui, intensifiait son lobbying pour alimenter avec ce fameux MOX (le plus radioactif des combustibles nucléaires) deux réacteurs de la centrale du Blayais, près de Bordeaux.

Une enquête publique [PDF], démarrée lundi 14 novembre, permet aux habitants et acteurs locaux de poser des questions à l’un des trois commissaires enquêteurs désignés – dont un ingénieur retraité d’EDF – pour effectuer des permanences d’information au public, comme nous avons pu le constater sur place.

Le MOX est une spécialité française : combustible de deuxième génération, composé d’un mélange de plutonium (7%) et d’uranium (93%) et fabriqué à Marcoule par Melox (une entreprise du groupe Areva), il est élaboré à partir des matières recyclées à l’usine de retraitement de La Hague. Des experts sollicités par Greenpeace soulignait dès 2001 l’extrême dangerosité de ce mélange, présent en nombre dans les réacteurs de Fukushima.

À la centrale du Blayais, pour permettre l’arrivée de ce MOX dans deux nouveaux réacteurs, EDF presse les autorités de modifier le décret autorisant l’installation nucléaire locale. En prenant acte, notamment, que les deux premiers réacteurs du Blayais fonctionnent déjà au MOX depuis 1994 et 1997.

Dossier imprécis

Cependant, un avis de l’Autorité environnementale du Ministère de l’écologie et du développement durable (AE), datant de juillet dernier, pointe un certain nombre de défaillances dans le dossier remis par EDF et disponible sur le site du groupe. Michel Badre, président de l’Autorité environnementale nous précise :

Nos avis sont obligatoirement sollicités par les maîtres d’ouvrage, dès qu’il y a étude d’impact et enquête publique. Ils n’ont pas de valeur contraignante, mais doivent être joints au dossier d’enquête publique, et publiés sur site internet (le nôtre, et celui de l’autorité qui instruit le dossier). Tout le monde peut donc y avoir accès, et les utiliser en cas de recours.

Saisie par la Direction générale de prévention des risques du ministère de l’Écologie et du Développement durable, l’Autorité environnementale a rédigé son avis délibéré le 20 juillet. 26 pages techniques et critiques. Au départ, le texte concernait l’évaluation environnementale du dossier de demande de modification du décret.

Mais très vite, la question seule de l’emploi du MOX s’est imposée sur les autres : la centrale prélevant et rejetant son eau dans l’estuaire de la Gironde, lui même site protégé – classé site Natura 2000 pour la préservation des espèces. L’étude d’impact sur l’introduction du MOX dans les réacteurs 3 et 4 de la centrale s’est transformée en une mise à jour de celle de la fin des années 70 :

Dans les faits elle se présente comme une actualisation, pour l’ensemble du site du Blayais, de l’étude d’impact de la fin des années 1970. Il faut par ailleurs garder en mémoire qu’une telle actualisation était considérée comme opportune par de nombreux partenaires concernés par les impacts du CNPE [Centre nucléaire de production d'électricité, NDLR]

Le rapport met surtout en évidence des manquements d’EDF dans les dossiers de présentation. Et pointe du doigt les enjeux sur la santé, l’environnement  et « la prévention des risques accidentels ».

Dans les faits, EDF souhaite introduire le MOX pour des motifs de rentabilité. Or l’avis de l’Autorité environnementale souligne l’absence de bilan de l’entreprise sur sa stratégie environnementale. Et son silence sur l’impact de ses activités :

La justification du choix de « moxer » les réacteurs 3 et 4 du Blayais en un peu plus de trois pages ne peut cependant pas être considérée comme satisfaisante. [...] Aucun développement n’est proposé sur cette nouvelle filière technologique et sur ses perspectives opérationnelles raisonnables à échéance de 2050. La conclusion semble dès lors hâtive : « En définitive, le traitement et le recyclage, avec les installations existantes, constituent aujourd’hui une filière industrielle totalement maîtrisée pour gérer les combustibles usés...».

Pour le rapport, le plutonium, retrouvé en grande quantité dans le combustible nucléaire irradié, est un des éléments “qui pose le plus de problèmes à la filière de retraitement, compte tenu de ses caractéristiques qui le rendent très dangereux (très forte radiotoxicité et durée de demi-vie de 24 000 ans pour le Plutonium 239)”. Le groupe prédit même un avenir qu’il n’est pas en mesure d’estimer concernant un second recyclage du plutonium contenu dans le MOX, dont les pastilles sont un million de fois plus radioactives que celles d’uranium . Le retraitement du plutonium est, pour EDF, une certitude :

Bien qu’il n’existe actuellement aucune perspective validée en France de recycler une seconde fois le plutonium (contenu dans les assemblages MOX usés), le maître d’ouvrage estime que « les combustibles MOX usés permettent ainsi de constituer une réserve de plutonium pour EDF » dans la perspective d’une nouvelle génération (dite IV) de réacteurs à horizon 2050.

“Du pire au super-pire”

Mais le comble, pour un dossier consultable par le public, concerne son manque de lisibilité. Il est jugé par l’Autorité environnementale comme étant « difficile à lire, tant par sa longueur et son organisation générale (renvoi de parties essentielles dans des annexes) que par sa rédaction ». Sur le site d’EDF, 1448 pages en format flash, non téléchargeables.

L’Autorité environnementale recommande de trouver un mode de présentation qui permette de mieux hiérarchiser les enjeux que l’étude d’impact doit prendre en charge, du double point de vue des impacts sur l’environnement et la santé humaine et de celui de l’information du public. [...] l’Autorité environnementale recommande au maître d’ouvrage de mettre à disposition, lors de l’enquête publique, des moyens informatiques permettant de retrouver rapidement les pages concernées par des mots clés qui pourraient être identifiés notamment avec la contribution de la Commission locale d’information du site nucléaire du Blayais.

Pour Stéphane Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire, ancien porte-parole du réseau Sortir du nucléaire et président de l’association Tchernoblaye :

C’est encore pire avec le MOX en cas de catastrophe. En plus de tous les produits qu’il y a dans les réacteurs, il y aura du plutonium. On en est à comparer le pire avec le super-pire. EDF, après Fukushima continue et veut ajouter du MOX comme s’il ne s’était rien passé. On sait à l’avance que le verdict final sera positif pour EDF même si tous les gens qui viennent à l’enquête publique ajoutent des annotations contre la modification du décret. Même si dix mille personnes le refusent.

Le Ministère de l’écologie aura le dernier mot.


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“Cette vision de la société que nous propose la droite n’est pas ma France” http://owni.fr/2011/01/19/cette-vision-de-la-societe-que-nous-propose-la-droite-nest-pas-ma-france/ http://owni.fr/2011/01/19/cette-vision-de-la-societe-que-nous-propose-la-droite-nest-pas-ma-france/#comments Wed, 19 Jan 2011 10:30:12 +0000 Admin http://owni.fr/?p=42894 En discussion au Sénat pour un deuxième round, la loi de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, ou Loppsi 2, devrait être adoptée sans difficulté, ni surprise. A cette occasion, les eurodéputés Sandrine Bélier et Eva Joly d’Europe Écologie ont pris la parole pour dénoncer les effets “dangereux, irresponsables et contraires aux valeurs de l’Union européenne et des droits de l’homme” de ce texte. Sandrine Bélier revient sur cet engagement contre une société du tout sécuritaire.

Vous évoquez dans votre tribune la question du choix de société. La LOPPSI constitue-t-elle pour vous l’incarnation de la vision qu’en a la droite française?

Oui, la question que nous renvoie ce texte est une question de choix de société, comme nous l’énonçons avec Eva Joly dans notre tribune, c’est le choix entre une société de la répression ou une société de la responsabilité, de la solidarité et du partage. Vouloir répondre et réduire le sentiment d’insécurité que vivent les français ne peut pas être restreint à créer un État policier qui contrôle au quotidien la vie de tous ses citoyens. Cela ne réduira pas les inégalités et la difficulté des fins de mois. Et je pense qu’il y a des principes et équilibres démocratiques qu’il faut veiller à maintenir et sauvegarder: le rôle et la place du pouvoir judiciaire dans cet équilibre sont primordiaux pour garantir le respect des droits fondamentaux par le pouvoir exécutif lui-même. Le rôle et la place de chaque citoyen et la protection de ses droits fondamentaux sont primordiaux pour protéger les citoyens de l’insécurité des dérives d’un autoritarisme étatique.

La question que nous devons nous poser est dans quelle France voulons nous vivre ? Quelle France nous propose aujourd’hui l’UMP? Expulsion des plus démunis, le piétinement de la justice et des droits des citoyens, la censure du Net, la constitution de nouvelles milices et la politique de la peur font-ils parties de nos valeurs, de notre héritage démocratique ? Je fais partie de ceux qui ne le pensent pas. Cette politique ne fait pas honneur à la France et à celles et ceux qui, de tous temps, ont permis à notre pays de s’ériger en modèle de terre démocratique des droits de l’Homme à travers le monde. Je ne crois pas qu’en stigmatisant des populations, en restreignant les libertés publiques et numériques les citoyens gagnent en vitalité démocratique, politique, sociale ou économique. Avec la LOPPSI, c’est une loi de plus qui participe à opposer les citoyens entre eux et à favoriser les clivages… Non, décidément, cette vision de la société que nous propose la droite française pour la France, n’est pas ma France.

Vous n’évoquez Internet qu’à travers l’évocation de la HADOPI. Pourtant, la LOPPSI touche aussi au réseau, notamment au travers de l’article 4.

C’est juste, mais nous l’avions bien à l’esprit aussi. Nous n’avons pas cité l’article 4, comme bien d’autres dispositions du texte. Merci de me donner l’occasion de faire ici un focus et d’énoncer que cet article est également très préoccupant. Concrètement, ce qui est introduit avec la LOPPSI c’est la possibilité pour le ministère de l’Intérieur d’ordonner le filtrage d’un site Internet aux fournisseurs d’accès qui ne pourront pas s’y opposer. Ce filtrage – en d’autres termes le contrôle des contenus des sites web – se ferait sur la base d’une liste confidentielle qui ne sera auditée que 24 mois après que la loi entre en vigueur. Certains justifieront cette mesure par le fait qu’il s’agit de lutter contre la pédopornographie, un fléau contre lequel il est essentiel de se mobiliser.

Mais, quelles sont les limites à ce contrôle, quelles sont les garanties contre les atteintes excessives à la vie privée, à la liberté d’expression, au principe de présomption d’innocence? Aujourd’hui, on nous propose de contrôler l’activité des citoyens sur le web pour lutter contre la pédopornographie, demain pour lutter contre le partage de la culture qui porte atteinte aux intérêts des industries de divertissements, et après-demain ? Quelle activité, quels propos seront susceptibles de faire l’objet d’une mesure qui prévoit, sans procédure préalable, de supprimer des pages du web? Mon souci aujourd’hui c’est l’esprit de la LOPPSI. Lorsqu’on applique le droit, on se réfère à la lettre et à l’esprit du texte. L’esprit de cette loi constitue une vraie menace à la liberté d’expression et à l’accès à l’information dans un contexte plus général. Ce qu’il faut mesurer est que ce texte n’est pas isolé et n’est pas le premier. Il s’inscrit dans un ensemble d’autres décisions et mesures réglementaires dans une logique purement répressive. Hadopi a posé des bases de la LOPPSI. L’Arjel, l’Autorité des jeux en ligne, aussi, instaure de son côté les bases de la censure et, si l’on veut remonter plus loin encore, la DADVSI est une des premières lois qui vise à réguler Internet, à le “civiliser”. A ceci s’ajoute le traité anticontrefaçon ACTA, un traité international qui aimerait étendre le contrôle du Net à l’échelle internationale. La LOPPSI2 n’est qu’un morceau d’un puzzle construit depuis quelques années et aux répercussions bien plus globales.

La France ayant été condamnée trois fois en deux ans par la CEDH, pensez-vous que cela puisse se reproduire?

Oui, la Cour Européenne des Droits de l’Homme pourrait être saisie du premier dossier motivé par la LOPPSI et la France n’est pas à l’abri d’une nouvelle condamnation. C’est un ultime recours, et je pense qu’il faut aujourd’hui se concentrer sur toutes les formes d’actions possibles. Elles ne sont pas que juridiques. La mobilisation citoyenne, la mobilisation des internautes, la mobilisation des médias, la sensibilisation du plus grand nombre aux menaces que représentent ce texte, l’expression politique doivent s’organiser et être plus importantes que jamais.

Est-il possible selon-vous que le Sénat modifie le cours des choses? Si tel est le cas, prévoyez-vous de saisir le Conseil Constitutionnel?

Très honnêtement, je le souhaite et l’espère, mais je ne le crois pas. A la différence du Parlement européen, où il est possible de créer des majorités transversales de projets et de raison, les parlementaires français votent par tradition sur des bases purement partisanes, sans se poser de questions. Le gouvernement dit, les élus de la majorité gouvernementale suivent. Regardons les choses en face : le Sénat a validé le texte en première lecture et devrait, selon toute vraisemblance, en faire de même en seconde lecture. Nous serons fixés jeudi. Il restera alors à envisager la saisine du Conseil Constitutionnel, mais malheureusement ce ne sont pas les seuls élus d’Europe Ecologie – Les Verts qui pourront le faire, car nous n’avons pas aujourd’hui 60 sénateurs ou 60 députés, nous ne sommes pas à la présidence du Sénat ou de l’Assemblée Nationale… Il faudra donc constituer un groupe d’au moins 60 sénateurs ou 60 députés avec les autres partis pour faire ce recours…

Illustration CC Flickr: Andrew Huff

Voir aussi:

- Lois sécuritaires: 42, v’la les flics!

- L’interview de Laurent Mucchielli: “La frénésie sécuritaire est une stratégie suicidaire”

- Le site du collectif antiloppsi2.net

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http://owni.fr/2011/01/19/cette-vision-de-la-societe-que-nous-propose-la-droite-nest-pas-ma-france/feed/ 4
Sandrine Bélier: “nous devons éviter un simple ravalement de façade des Verts” http://owni.fr/2010/08/24/sandrine-belier-nous-devons-eviter-un-simple-ravalement-de-facade-des-verts/ http://owni.fr/2010/08/24/sandrine-belier-nous-devons-eviter-un-simple-ravalement-de-facade-des-verts/#comments Tue, 24 Aug 2010 16:36:14 +0000 Martin Untersinger http://owni.fr/?p=25909 Les journées d’été d’Europe Écologie se sont achevées ce week-end. L’occasion pour nous de demander à une des chefs de file du parti de revenir sur ce week-end, d’en dresser ses conclusions, d’ébaucher des pistes pour l’avenir et d’expliquer plus en profondeur ce qui s’est joué pendant ces trois jours.

Sandrine Bélier, eurodéputée Europe Écologie et spécialiste des questions environnementales et numériques a accepté de répondre à nos questions.

La candidature d’Eva Joly est-elle suffisamment rassembleuse (elle n’est pas familière de la politique nationale, inconnue du grand public…), alors que EE et les Verts ne manquent pourtant pas de noms (Cohn-Bendit, José Bové) ?

Je crois qu’Eva Joly est une bonne candidate. Et je crois qu’elle a, avec son discours et son parcours “éthique” et atypique, les qualités qui sauront séduire les écologistes et au-delà. C’est vrai qu’elle n’a peut-être pas le profil classique de gauche-environnementaliste (comme Daniel Cohn-Bendit et comme ont pu lui reprocher certains militants verts), pour autant elle a montré pendant nos journées d’été que sa candidature recueillait une très large adhésion.

C’est une femme déterminée, sincère et qui intègre les choses très vite. Eva sait et reconnait qu’aujourd’hui elle ne maîtrise pas tous les dossiers d’une présidentielle mais elle a prévu d’aller sur le terrain afin de s’immerger dans les problèmes très concrets au plus près des Français. A la sortie de ces journées d’été, elle n’est pas seule, elle sait qu’elle peut compter sur le soutien et l’expertise de ceux qui ont fait l’aventure d’Europe Écologie aux européennes et après, parmi lesquels José Bové et Daniel Cohn-Bendit, que vous citiez, mais aussi des personnalités « Vertes » comme Cécile Duflot, Dominique Voynet ou encore Noel Mamère. Eva sait qu’elle peut compter sur nous pour porter notre projet collectif. Oui, Eva sait qu’elle peut compter sur moi aussi. Oui, je pense aujourd’hui qu’au sein d’Europe Écologie, elle est la personne qui peut rassembler et réconcilier les français, au-delà même de la sphère classique des écologistes.

La désignation du candidat écologiste pour la présidentielle n’aura lieu que l’année prochaine.

Et nous sommes plusieurs à avoir exprimé notre désir d’organiser des « primaires de l’écologie » au-delà d’Europe Écologie. Ces primaires nous semblent aujourd’hui importantes pour répondre à la question que vous posez : un seul et unique candidat écologiste en 2012, celui qui rassemble et fédère le plus largement possible, est légitimé par les militants et sympathisants du mouvement écologiste et qui pourra porter au mieux l’idéal et le projet de l’écologie politique dans une confrontation présidentielle.

Le positionnement d’Eva Joly en tant que “présidentiable” n’intervient-il pas un peu trop tôt ?

Franchement, je ne sais pas si cela intervient trop tôt. Par rapport à des logiques et stratégies politiques classiques ? Par rapport à des agendas politiques ? En réalité, la question ne s’est pas posée. Les circonstances des affaires gouvernementales, en France ces derniers mois, et notamment l’affaire Woerth nous ont tous particulièrement choqués (des conflits d’intérêts aux attaques envers la liberté de la presse).

Naturellement, Eva, familière de ces sujets a immédiatement et largement réagi au nom du rassemblement des écologistes qui l’ont réinstallée dans le débat franco-français.

Nous avions des discussions en interne envisageant qu’Eva puisse être la candidate du mouvement écologiste en 2012 et lui demandant d’y réfléchir, parce qu’elle avait une légitimité à l’être.

Comme la question s’est posée à Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts. Eva a pris le temps de la réflexion qui lui était nécessaire, elle en a discuté avec les uns et les autres et notamment avec Cécile et Dany. Dès lors qu’elle s’est sentie prête et l’envie de se porter candidate, elle l’a simplement exprimé, plutôt que de minauder. En réalité, nous n’en sommes que là.

Alors est-ce que cela intervient un peu trop tôt, ce n’est pas une question que je me pose, je ne pense pas que ce soit la question qui a occupé les esprits pendant les journées d’été des écologistes. C’est bien qu’elle l’ait fait et notamment dans cette phase de construction du rassemblement des écologistes. C’est bien qu’à Nantes, l’accueil fait à sa candidature fasse écho au désir des uns et des autres du succès de la poursuite de la dynamique du rassemblement Europe Écologie. C’est bien que ne soit pas entretenue une éventuelle opposition entre une candidate verte et une candidate Europe Écologie. Nous sommes dans un processus de construction d’un nouveau mouvement pour une nouvelle offre politique qui s’appuie sur une vision de société qui n’est aujourd’hui portée par aucun des partis traditionnels français.

En novembre nous nous réunissons à Lyon pour les Assises constituantes du mouvement des écologistes unifiés, notre programme « 2012-2017 » avance, et notre candidat(e) pour la présidentielle de 2012 sera à l’ordre du jour début 2011. Notre objectif partagé est de bénéficier d’un espace maximum pour le débat avec les citoyens sur le projet écologiste au gouvernement avant l’échéance électorale. Bref on avance à notre rythme.

Comment voyez-vous l’avenir de Daniel Cohn-Bendit au sein du mouvement, lui qui a quitté prématurément les journées d’été, qui plaide pour un rassemblement plus large (jusqu’au centre), et qui conteste le positionnement actuel ?

Dany n’a pas quitté prématurément les journées d’été, c’était prévu et tout le monde en était informé. Si Dany n’était pas là pour les discours de clôture, c’est qu’il s’était engagé à aller soutenir une candidate écologiste à la présidentielle… au Brésil.

Ensuite, le rassemblement des écologistes c’est avec Daniel Cohn-Bendit. Il a œuvré, sans aucun ménagement, depuis le printemps 2008, au rassemblement des Verts, Cap 21, MEI, associatifs, militants de tous bords… Dany, candidat écologiste à la présidentielle de 2012 : il ne veut pas, c’est son choix et j’espère qu’il sera notre candidat à la Présidence du Parlement Européen en 2011…

Co-président avec Cécile Duflot du mouvement unifié : il ne veut pas, il est très heureux dans sa co-présidence du groupe des écologistes européens avec Rébecca Harms, c’est son choix. Il trouve débile d’être Président d’honneur du nouveau mouvement des écologistes, c’est son choix mais je ne désespère pas qu’il change d’avis sur ce dernier point. Ça c’est pour répondre à la question classiquement en fonction de postes personnifiés au sein d’un mouvement politique. Mais nous avons d’autres ambitions qui ne se résument pas à des postes par rapport à des personnes, mais plutôt dans la définition de fonctions et de responsabilités (non encore définies) d’une équipe de direction exécutive efficace et effective dont il appartiendra aux adhérents du mouvement de définir les personnes les plus à même de les assumer.

Ma conviction est que la poursuite et la réussite du rassemblement et du projet politique des écologistes ne se fera pas sans Dany. Il participe au respect d’un certain nombre de principes dont s’est doté Europe Écologie à sa construction: l’équilibre, l’efficacité et l’ouverture.

Ce qui l’a mis hors de lui aux journées d’été, c’est quand on a commencé à parler de ticket Eva-Cécile qui ressemblait à un deal de jeux de personnalisation et de sauvegarde d’acquis qui ne correspondent pas à ce qu’il souhaite. Et, il a raison, le rassemblement est loin d’être terminé et nous devons veiller à éviter la fermeture de son périmètre :

nous devons veiller à éviter un simple ravalement de façade des Verts dont personne ne serait dupe.

Dans son discours en plénière il a rappelé l’importance que notre mouvement reste ouvert, que jamais il ne se replie et que l’on ait toujours cette obligation de se porter vers l’extérieur pour convaincre que notre projet répond aux préoccupations des Français sur l’emploi, sur l’éducation, sur la crise écologique (climat et biodiversité), la sécurité, les retraites, d’inscrire nos politiques dans la dimension européenne, etc. Toujours et encore largement ouvert, c’est ce que porte Dany, avec sa manière bien à lui d’exprimer les choses comme il les pense, au moment ou il les pense sans calcul, avec juste la volonté que ca marche. L’avenir, dans la continuité, d’Europe Écologie ne sera pas sans Daniel Cohn-Bendit, c’est une certitude.

Des assises se tiendront en novembre, êtes vous optimiste quant à une unification cohérente et stable dans l’optique de 2012 ?

On avance et je suis par nature plutôt optimiste. À la sortie des journées d’été, j’ai à la fois le sentiment qu’est partagée par le plus grand nombre la volonté de constituer une « structure unifiée », que le Parti-réseau ou le principe de la fédération sont maintenant écartés. Le travail de synthèse qui a été réalisé pendant 3 jours de l’ensemble des contributions (courriers, internet et conventions régionales) lancé le 22 mars 2010 a été fidèlement traité pour en ressortir les points de convergences qui nous permettront de construire la futur structure au plus près des attentes exprimés par les citoyens qui ont adhéré au processus de construction d’Europe Écologie (Comité éthique ; Charte éthique opposable ; respect des principes de parité femme-homme, de non cumul des mandats ; fondation… etc.).

Si nous sommes tous d’accord pour une fusion des Verts avec Europe Écologie, tout n’est pas réglé.

Les prochains mois et semaines vont être chargés en clarification pour permettre d’aboutir à un texte fondateur dans lequel chacun pourra reconnaitre son envie de se réinvestir dans la chose/vie publique et réoccuper massivement le terrain politique avec les écologistes. La crainte qui subsiste encore en moi et qui ne demande qu’à être écartée est que nous n’aboutissions qu’à une simple rénovation du parti des Verts qui ne tromperait personne et ramènerait l’écologie politique post-2008. Je parlais de ravalement de façade :

je ne suis aujourd’hui pas totalement rassurée que d’éventuels manœuvriers politicards ou zélés fervents de la politique d’hier ne nous mènent à un échec de cette unification.

… ou ne tentent de maintenir leur appareil et son fonctionnement, de l’adapter à la marge en se contentant de le rebaptiser, ce qui reviendrait à un échec aussi.

La réussite dépend aussi de tous les adhérents aux processus que l’on espère de plus en plus nombreux dans les semaines qui viennent. Le futur nouvel « objet politique » reste encore à préciser, les consultations et l’adoption des deux textes fondateurs (l’un sur l’organisation, l’autre sur les orientations) seront adoptées par l’ensemble des adhérents au processus Europe Écologie, selon un calendrier précis qui a été adopté pendant les journées d’été et qui s’achèvera mi novembre aux Assises Constituantes à Lyon. Le défi sera d’avoir une structure de fonctionnement très ouverte et évolutive.

Il nous reste aussi et encore à préciser les modalités d’adoption. Je suis de ceux qui plaident pour développer les moyens de participations à la construction et au vote le plus largement et démocratiquement possible et donc d’organiser le vote, après des débats au sein des comités locaux Europe Écologie, par internet et voie postale et de renoncer à limiter le débat et le vote dans le cadre d’assemblées générales régionales qui ne permettront pas l’expression du plus grand nombre. Le principe d’une personne/une voix et de territorialisation des débats ont été unanimement plébiscités, il nous appartient au sein de la direction provisoire du mouvement dès la première étape de les rendre effectifs.

Quels enseignements tirez-vous de ces journées d’été ?

Que l’Avenir n’est pas écrit et qu’il s’écrit véritablement au présent et collectivement ! Que tout est possible et qu’il est important de croire encore à l’intelligence collective. Que ce qui fera le succès et ce qui rassemble, c’est la confrontation d’idée dans la construction d’un projet, de mise en commun de nos expériences et savoirs pour construire et mettre en œuvre les mesures qui correspondent à une autre vision du vivre ensemble à laquelle le plus grand nombre aspire. Autour de la construction de notre projet, dans la centaine de forums et d’ateliers, nous n’étions pas toujours tous d’accord, nous n’avons pas tous la même manière d’exprimer les choses, mais nous avions tous envie de sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes plongés aujourd’hui, nous avions tous l’envie de construire une vraie alternative aux dérives gouvernementales que nous subissons, nous avions tous envie de passer aux commandes du pouvoir pour que ça change.

Personne n’a quitté un débat en claquant la porte…

Nous étions près de 2000, j’ai croisé des curieux, simples citoyens comme ils m’ont dit, des militants associatifs de longue date, des militants Verts de toujours, d’anciens adhérents du Parti Socialiste, du MODEM ou du Parti Communiste, des militants de CAP 21 (Corinne Lepage a participé à un ateliers et une plénière), du MEI, des syndicalistes, des entrepreneurs, etc… Il y a eu des moments magiques et très riches humainement et intellectuellement pendant ces journées d’été. Alors et même si ce n’est pas gagné pour l’avenir d’Europe Écologie, ni pour l’alternative en 2012, que subsistent des craintes et des doutes, ce qui l’a emporté c’est le sentiment de désir collectivement et majoritairement partagé de gagner tous ensemble le défi de « l’écologie à l’épreuve du pouvoir » qui était le thème de nos journées d’été.

C’est pas forcément de ça dont la presse s’est fait l’écho mais c’est ce que j’ai envie d’en retenir !

Outre les échéances nationales, quel rôle peut jouer la nouvelle organisation écologiste, notamment dans les instances européennes ?

En fait, elle joue déjà son rôle au niveau européen. Pour le dire simplement, aujourd’hui c’est la dynamique européenne qui nous inspire et nous responsabilise particulièrement par rapport à la construction du mouvement en France. Les autres pays d’Europe regardent vers la France depuis le succès des écologistes aux Européennes, ils sont attentifs à notre mouvement…

Cette question mérite à elle seule de très larges développements qui sortent du cadre du retour sur les 4 derniers jours même si forcément pour moi c’est intimement lié dans mon engagement au sein de la construction d’Europe Écologie, en plus de mon mandat d’Euro-députée.

Quels sont à plus court terme les principaux enjeux et combats que va devoir mener le mouvement ?

Pour ne parler que des priorités de la rentrée et des prochains mois et parce qu’un certain nombre de sujets n’attendront pas les échéances de la prochaine présidentielle, nous avons dans notre calendrier : les mobilisations contre la politique de la peur, inefficace et sécuritaire dont la mise en œuvre gouvernementale s’est particulièrement accélérée pendant la période estivale ; la mobilisation pour l’ouverture d’un vrai débat citoyen et report du projet de loi sur les retraites ; la poursuite de demande de clarification sur les affaires Woerth et compagnie ; le lancement de la consultation sur une politique de développement des emplois durables avec des « États généraux de l’emploi et de l’écologie» coordonnés par Pierre Larroutourou ; mobilisation pour l’éducation ; la préparation de la Conférence de Cancun contre le dérèglement climatique qui fait suite à Copenhague…

Pour ce qui me concerne, ma priorité de rentrée, en cette année internationale de la biodiversité, c’est la campagne citoyenne que je coordonne en France et au Parlement européen depuis le début de l’année, dans la perspective du sommet mondial à Nagoya à la mi-octobre pour la biodiversité au cœur d’un nouveau modèle de société, ainsi que le combat pour les libertés numériques et les libertés publiques se poursuit notamment au parlement européen sur le rapport Gallo et ACTA

Comment les nouveaux rapports de force et une éventuelle organisation interne remaniée vont influencer votre travail sur les dossiers “numériques” qui vous tiennent à cœur (ACTA, neutralité du net…) ?

En fait, aujourd’hui je suis plutôt confiante. Il n’y a pas de raison d’imaginer que notre organisation interne vienne modifier ou influencer mon travail et mes engagements sur les libertés numériques, qui s’inscrivent parfaitement et à plusieurs titres dans l’esprit même et le projet d’Europe Écologie au regard de la réalité du XXIème siècle et de la prise en considération du citoyen-web : libertés numériques, accès au savoir, droits d’auteurs… etc.

On ne va pas se mentir, tout le monde au sein du mouvement n’a pas encore totalement mesuré les enjeux démocratiques, économiques et sociaux, mais le réseau de personnes qui travaille sur le sujet au sein du rassemblement a encore grandi après les ateliers et forums sur le sujet pendant les journées d’été qui ont fait salles combles. Cette question est partie intégrante de notre projet, de ce que nous portons et de la manière dont nous voulons le porter. Je maintiendrai le rapport de force sur ces questions qui au-delà de me tenir à cœur (comme la biodiversité) me semblent juste essentielles et primordiales pour l’avenir et qui doivent s’inscrire de manière transversale dans nos politiques.

Y a-t-il la place pour deux femmes trentenaires dans les nouvelles instances dirigeantes ?

Oui, et même plus. Si la question c’est de savoir si au lendemain des journées d’été et des divers scénarios dont la presse s’est fait l’écho, je devrais me préparer à faire l’objet d’une éviction programmée parce qu’il aurait potentiellement de la concurrence avec Cécile Duflot, aujourd’hui je m’inquiète pas pour ça.

Nous avons des histoires et des parcours différents, des préoccupations personnelles immédiates différentes, des légitimités différentes… Mais nous sommes embarquées sur le même bateau pour le conduire dans la même direction et que nous avons l’obligation de réussir. Ce qui est évident c’est que Cécile Duflot fera partie de la nouvelle direction parce qu’elle a toute la légitimité en tant que secrétaire nationale des Verts et première incarnation du parti au sein d’Europe Écologie. Pour ce qui me concerne, il y a à peine deux ans, j’étais encore à France Nature Environnement, ma désaffection du monde et des pratiques politiques était totale, et si notamment Jean-Paul Besset et Daniel Cohn-Bendit ne m’avaient pas convaincue que je pouvais participer à changer ça, je serai encore à FNE. Ils ne m’avaient pas menti et avec Europe Écologie, j’ai le sentiment de participer avec tous ceux qui se sont engagés à donner une autre saveur à la politique, à contribuer à changer la donne, j’y prends du plaisir et plus que jamais je ne souhaite pas diminuer mon investissement et mon engagement. Le moment des noms n’est pas venu, et la désignation du prochain exécutif sera un exercice collectif de désignation. On verra à ce moment là.

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Propos recueillis par Martin Untersinger et Julien Goetz.

Crédits Photo CC Flickr : Friends of Europe, Philippe Rouget, Alexandre Léchenet & Chezyann.

N’hésitez pas à aller voir notre infographie récapitulative ainsi que notre article sur une étude menée auprès des sympathisants écologistes.

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http://owni.fr/2010/08/24/sandrine-belier-nous-devons-eviter-un-simple-ravalement-de-facade-des-verts/feed/ 13
Europe Écologie: à gauche selon ses sympathisants? http://owni.fr/2010/08/23/europe-ecologie-a-gauche-selon-ses-sympathisants/ http://owni.fr/2010/08/23/europe-ecologie-a-gauche-selon-ses-sympathisants/#comments Mon, 23 Aug 2010 17:00:59 +0000 Martin Clavey http://owni.fr/?p=25777 À l’occasion de l’université d’été d’Europe Écologie, une enquête commandée(ppt) par le mouvement à l’agence « Somme Toute » a été menée auprès des signataires des appels au rassemblement et de sympathisants. Elle positionne clairement Europe Écologie à gauche (83%), même si 12% ne le considèrent ni à droite ni à gauche et seul 3% au centre. Politis s’est procuré cette enquête: en voici quelques éléments.

Un profil type attendu

Le taux de réponses assez élevé (15%) donne une idée du profil des sympathisants du mouvement. Cadres ou de « professions intellectuelles supérieures » (elle est belle cette dénomination), anciens de partis politiques de gauche ou de centre-gauche (33% sont passés par le PS), syndiqués à la CFDT (35%), militants de Greenpeace à 35% aussi, le “profil type” surprend peu.

81% des personnes interrogées se disent prêtes à participer aux comités organisés sur une base régionale ou locale, plutôt que nationale. Il faut noter que la majorité des personnes interrogées n’est pas adhérente à Europe Écologie ou au parti Vert. Cette démarche peu commune au sein des formations politiques traditionnelles est très appréciée par les potentiels nouveaux arrivants en politique.

La conversion écologique de l’économie en point de mire

Sur la question du projet de l’écologie politique, les grands thèmes mis en avant sont évidemment “la conversion écologique de l’économie” (69%) et “la protection de l’environnement” (47%), mais “la préservation du modèle de protection sociale” est aussi très importante (40%). De même, des thèmes portés par des personnalités venues à Europe Écologie pendant la campagne des européennes semblent cruciaux. “La défense de l’agriculture paysanne” (40%) chère à José Bové et “la lutte contre les paradis fiscaux et la délinquance” (37%) symbolisée par Eva Joly sont très souvent choisis parmi les propositions à mettre en avant ces prochains mois.

La question de la forme organisationnelle du futur mouvement écologiste est un peu plus dure à disséquer. 73% des sympathisants écolos sont tentés  (39% le sont tout à fait) par un mouvement du type une personne-une voix mais 56% d’entre eux n’auraient rien contre l’adhésion à une organisation regroupant aussi bien des individus que des associations, des syndicats, des partis…

Ils sont 79% à être sûrs de ne pas vouloir d’un parti politique plus classique: étonnant, non ?

Photo CC FlickR : Alexandre Léchenet

Crédit Photo : (DR. Europe Ecologie)

Retrouvez l’intégralité de l’étude en ppt.

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http://owni.fr/2010/08/23/europe-ecologie-a-gauche-selon-ses-sympathisants/feed/ 9
[Infographie] Écologie politique: combien de divisions? http://owni.fr/2010/08/23/infographie-ecologie-politique-combien-de-divisions/ http://owni.fr/2010/08/23/infographie-ecologie-politique-combien-de-divisions/#comments Mon, 23 Aug 2010 15:54:30 +0000 Admin http://owni.fr/?p=25776 Les journées d’été des écologistes viennent de s’achever. Si la perspective d’une candidature d’Eva Joly pour la présidentielle de 2012 s’est nettement précisée, les difficultés et les divisions perdurent.

Des assises se tiendront en novembre afin de fusionner les deux mouvements. D’ici là, de nombreux défis vont se dresser sur le chemin des écologistes : unir les 14 000 militants de toutes obédiences sous une bannière unique, transiger entre les différentes volontés d’alliance de leurs leaders, et clarifier la position du mouvement sur l’échiquier politique français.

Voici donc un bref état des lieux du paysage écologiste Français en une infographie.

[Mise à Jour 24/08 - 23h46]

Cette infographie a fait parler d’elle jusque dans les rangs des militants d’Europe Ecologie, et certains ne sont pas du tout en phase avec l’analyse que nous y proposons. Même si nous assumons toujours notre travail, nous reconnaissons les limites de ce mode de traitement de l’information. C’est pourquoi nous reproduisons ici et avec son accord, la réaction d’Adrien Saumier, militant Vert et élu à Marne-la-Vallée.

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Déjà, le titre : “Combien de divisions ?” grâce auquel on continue dans l’antienne tellement années 2000 de ces Verts éternellement divisés alors “qu’ils feraient mieux de parler d’écologie plutôt que de marier des pédés et de fumer de l’herbe“. Les Verts divisés en autant de chapelles que de militants, c’est rigolo dans les Guignols (les courants Écologie et tartiflette, Écologie et surf, Écologie et écologie…), mais quand ça tient lieu d’analyse politique, c’est un peu plus décevant.

Le paragraphe d’introduction insiste à nouveau sur ces supposées divisions et demande une clarification de notre position sur “l’échiquier politique”. C’est quand même un peu énervant cette demande constante d’union. Tous les partis passent leur temps à débattre. C’est plus ou moins visible mais ça fait partie de la vie politique non-autoritaire. Là où c’est la plupart du temps accepté comme faisant partie de la vie du PS, de l’UMP, du PCF… Jamais les écolos n’ont eu le droit de débattre sans qu’on les rappelle à l’ordre. “Soyez unis !” semblaient par exemple nous supplier les journalistes en 2006 quand on faisait tranquillement notre primaire interne pour la présidentielle. Jamais ils n’ont dit ça au PS, à peine un an plus tard.

Je ne vais pas critiquer les chiffres donnés à propos des adhésions. Je n’ai pas eu les mêmes (notamment sur le nombre de Verts qui a fait la démarche d’adhésion à EE) mais après tout, on n’est pas à quelques 1000 près.

Ce qui m’a énervé le plus, c’est la tentative de positionner les “leaders” par rapport à leur supposée sensibilité sur les alliances d’Europe Écologie – Les Verts avec le reste de la gauche et du centre. Je ne m’attarderai pas sur le fait qu’il s’agit en plus souvent de simples “postures” pour se démarquer au sein du parti, pour me concentrer sur les erreurs.

Premièrement, que fait Corinne Lepage dans les “leaders” ? Même si on commence à ne plus compter les anciens et/ou futur ex de Cap 21 qui rejoignent les comités locaux d’Europe Écologie, Corinne Lepage n’a toujours pas acté son ralliement. Mieux, elle voudrait changer tous les meubles et poser ses propres conditions à son ralliement. Croit-elle que nous n’attendons qu’après elle ? Mais je m’égare.

Ensuite, le contenu de ces bulles rattachées à nos chers leaders. J’avoue ne pas bien comprendre. À moins que l’infographie n’ait été faite qu’à partir des 3 déclarations de Nantes sans tenir compte de l’historique politique de chacun. Sans remonter aux années 80, se pencher sur les 2 ou 3 dernières années (qui correspondent au cycle politique qui nous a mené aux succès de 2009 et 2010) aurait été bien utile.

Pour commencer, indiquer que Jean-Vincent Placé est partisan d’une alliance avec “la gauche de la gauche” (que ce terme est con en plus) est un non-sens. Gilles Lemaire, oui, mais pas Jean-Vincent qui vient quand même du PRG. Ce n’est pas parce qu’il a dit qu’il était anti-capitaliste qu’il est au bord de l’adhésion au NPA. Ensuite, indiquer qu’il veut “l’écologie seule”, alors qu’il est justement critiqué depuis longtemps pour être socialo-compatible (une critique que Voynet aussi a essuyé et essuie encore malgré Montreuil [meeting du 16 janvier qui a lancé la campagne Europe Écologie pour les régionales 2010, Ndlr.]) est une erreur. Je ne dis pas qu’il a été le plus fervent partisan du processus Europe Écologie, mais je ne vois pas pourquoi on peut faire cette bulle “Verts seuls”.

Je ne comprends pas non plus la soi-disant sensibilité de Cécile Duflot et Eva Joly : “écologie + PS”. Hein ? Mais à quoi ça correspond ? alors qu’il s’agit en plus des 2 personnes qu’on voyait candidates ! Les 2 qui annoncent un “ticket” pour 2012 se voient taxées de vouloir une écologie accrochée au PS. C’est à n’y rien comprendre.

À la limite, les dernières bulles pour Cohn-Bendit et Lepage est la plus proche de la réalité, même si c’est plus compliqué. La présence du PS rend d’ailleurs fausse cette affirmation. On a passé les 2 dernières années à dire qu’on était pas au PS et Owni nous met une bulle rose ! Qu’est-ce qu’elle fout là ? Si c’est pour dire qu’on devrait pouvoir faire alliance, ok, sinon je ne vois pas ce qu’elle fait dans une infographie censée nous aider à mieux comprendre l’état de l’écologie politique en France.

Analyse initialement publiée sur le blog de Bix, le blog d’Adrien Saumier.

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Elliot Lepers & Martin Untersinger

Télécharger la version haute-définition du poster.

Crédit Photo : meeting d’Europe Écologie à Montreuil en janvier 2010 (DR. Europe Ecologie)

Crédit Photo CC Flickr : Baloulumix.

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Civisme 2.0: ne pas voter? http://owni.fr/2010/03/15/civisme-20-ne-pas-voter/ http://owni.fr/2010/03/15/civisme-20-ne-pas-voter/#comments Mon, 15 Mar 2010 04:21:13 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=10077 Pour certains, s’abstenir est un manquement à ses devoirs de citoyen. D’autres estiment au contraire que refuser d’aller voter est une “insurrection civique” (cc Mélenchon). En l’absence d’un quorum, de prise en compte des votes blancs et compte tenu de l’abstention, il nous semble utile d’ouvrir le débat, qui agite aussi l’équipe de la soucoupe…


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Je n’ai pas voté une nouvelle fois et je ne voterai pas tant que la démocratie ne sera qu’un simulacre. J’ai dans Le peuple des connecteurs, et plus tard, exprimé des raisons théoriques pour ne plus voter (impossibilité de prévoir, impossibilité de contrôler la complexité, impossibilité de gouverner…), s’y ajoutent des raisons contestataires. Plus nous serons nombreux à ne pas voter, à refuser de choisir entre imbéciles et andouilles, mieux nous titillerons ceux qui effectuent encore ces choix stupides et qui nient notre liberté de choix. Un jour, un seuil d’abstention sera franchi qui fera s’écrouler un système représentatif exsangue.

Hier, dans le Languedoc, j’ai accompagné ma femme au bureau de vote. Elle a donné sa voix à Europe Écologie, c’est le choix que j’aurais fait si j’y avais été contraint. Non pas pour les plébisciter, mais pour me soustraire à leurs adversaires.

Dimanche prochain, ma femme aussi n’ira pas voter. Comment pourrait-elle choisir entre Frêche (extrême droite de type mitterrandien), UMP (extrême droite déguisée) et FN (extrême droite assumée) ? Elle ne votera pas et je suppose avec elle tous ceux qui ont choisi les Verts, le PS officiel ou la gauche dure. L’abstention devrait être en toute probabilité plus forte dans ma région.

Si les gens avaient du plomb dans la tête, il devrait en aller partout de même. Regardez les chiffres. Vous sommez les voix écologistes et Modem et vous arrivez au score de Bayrou en 2007, autour de 18%. Un hasard ? Je n’y crois pas. Parmi, ceux qui s’expriment, il y a 18 % de gens qui souhaitent une autre forme de politique. Et quand j’entends Cohn-Bendit se situer à gauche, je rigole.

Tu n’as rien compris. Si j’avais voté pour toi, et ma femme a voté pour toi, j’aurais voulu signifier mon rejet de la droite et de la gauche, mon rejet de l’ancien axe d’opposition. Alors quand tu t’allies avec ceux que je rejette, je ne peux pas te suivre.

Je me souviens d’une conversation en juin dernier, sur une terrasse parisienne, avec Sandrine Bélier, toute nouvelle eurodéputée écologiste. Je lui disais alliez-vous avec la gauche et c’est la mort. Elle me jura « jamais ». L’alliance, un an plus tard, vous l’avez déjà faite. Croyez-vous que les gens qui ont pu voter pour vous veulent de cette régression vers un programme commun ? Vous êtes bien comme les autres, seul le pouvoir vous intéresse… et ces petits avantages.

Alors on me dit que ne pas voter favorise le Front national. C’est quoi cette théorie ou plutôt cette rhétorique ? En 2002, au premier tour de la présidentielle : 28 % d’abstention. C’est peut-être beaucoup pour une présidentielle, mais on est loin des 53,5% des régionales 2010. Le Front national ne progresse pas avec l’abstention mais, comme l’abstention, avec l’inanité de nos politiciens. Ne confondons pas les causes et les effets.

Ne pas voter me paraît aujourd’hui la seule manière de militer pour une autre forme de politique. Ne pas voter n’est pas un désengagement, mais un refus des choix restreints qui nous sont offerts. Il faut ajouter au 18 % de ceux qui choisissent la troisième voix peut-être 30 ou 40 % de Français supplémentaires, ceux qui ne votent pas par dégout. La troisième voie est majoritaire en France et elle n’a aucun moyen de s’exprimer, sinon un jour, peut-être, par une insurrection généralisée.

Mais alors pourquoi personne n’arrive à incarner cette troisième voie ? C’est la seule question qui me paraît aujourd’hui intéressante. Bayrou tente et il sombre dans le narcissisme napoléonien. Europe écologie tente et s’acoquine avec la gauche. Rien de surprenant.

Cette troisième voie peut-elle être incarnée par un parti, par des candidats, par un présidentiable ? J’en doute. Si tous ces gens qui ne se reconnaissent plus dans la politique traditionnelle ont développé leur individuation, comme je le suppose, ils ne peuvent plus s’identifier à des totems tutélaires, ces doudous pour adulte, espèces d’individus transactionnels de pacotille.

La représentation absolutiste de nos démocraties n’est plus une forme qui convient à l’homme émancipé du XXIe siècle. Nous devons basculer vers une démocratie distribuée, une démocratie P2P, une démocratie de la responsabilité individuelle.

Utopie ? Préférez-vous le chaos qui se prépare quand les insatisfaits franchiront par leur nombre un seuil critique ? Nous changeons, le monde change autour de nous, la politique ne peut pas rester immuable, sinon de la fracture le sang coulera.

> Article initialement publié sur “Le Peuple des Connecteurs”

> A lire sur le sujet mais avec l’opinion inverse, les articles de Seb Musset: avant le scrutin, et après /-)

> Illustration empruntée à un blog sympa (lulz)

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L’Europe mérite mieux que Barroso http://owni.fr/2009/09/10/leurope-merite-mieux-que-barroso/ http://owni.fr/2009/09/10/leurope-merite-mieux-que-barroso/#comments Thu, 10 Sep 2009 10:53:15 +0000 Sandrine Bélier http://owni.fr/?p=3452

1 – «Stop Barroso»: plus qu’un slogan de campagne


Juan Manuel Durao Barroso: de mémoire, jamais un président sortant de la Commission européenne n’avait tenu une telle place dans une campagne française pour les élections européennes. En faisant de l’ancien Premier Ministre portugais l’un des symboles, dès mi-mars, de notre campagne, j’ai le sentiment que nous avons réussi, avec Europe Ecologie, à réveiller l’intérêt dans l’Hexagone, sur les questions d’apparence complexes liées aux institutions, politiques et pratiques européennes.

La présidence de la Commission Européenne est bien l’un des principaux enjeux de la rentrée parlementaire européenne. Au-delà du slogan «Stop Barroso», c’est un débat qui s’est engagé dès juillet contre une Europe ultra libérale et attentiste sous contrôle des gouvernements réunis au sein du Conseil, contre une Europe paralysée par la prévalence des intérêts nationaux au détriment de la possibilité d’une politique ambitieuse commune de sortie de crise.

En obtenant, à Strasbourg, lors de la session parlementaire de juillet le report de la présentation par le Conseil du candidat Barroso au vote du parlement européen, les Verts européens alliés pour l’occasion aux socialistes et à une partie des libéraux, ont remporté la première manche de ce qui, bien plus qu’un simple épiphénomène médiatique, pourrait devenir l’un des plus importants bras de fer démocratique entre les chefs d’Etats et de gouvernements d’un côté et les représentants directs des citoyens de l’autre.

Soyons clairs, ce qui se joue n’est pas le sort d’un homme soutenu par le Conseil, mais un choix de société. Un tournant politique appelé de leurs vœux par nombre de citoyens européens qui, de plus en plus nombreux, disent stop aux vieilles politiques d’hier, sans cesse remises au goût du jour, et qui nous conduisent chaque jour qui passe un peu plus dans le mur. Stop, aussi, aux faux engagements politiques relayés médiatiquement.

Prenez la crise financière qui a plongé, en Europe et au-delà, des centaines de milliers de familles dans la plus grande détresse. Sarkozy, Merkel, Brown & Cie leur avait juré leur grand dieu qu’on ne les reprendrait plus, qu’ils allaient moraliser la finance… Résultat des courses, l’affaire des bonus. La fin des quotas laitiers et la crise qui s’ensuit pour les producteurs européens est bien à mettre au passif des Etats – dont la France – et de leur candidat Barroso. Que dire aussi de l’entêtement de l’ancien Premier ministre portugais à vouloir imposer les semences OGM sur le sol européen? Petit rappel des faits: le 22 juillet dernier, dans une indifférence quasi générale, la Commission européenne a réitéré son soutien à la commercialisation sur le marché des semences de maïs de la multinationale américaine Monsanto. Fin octobre, cette proposition devrait être soumise aux 27 ministres de l’Environnement. Divisés sur la question, ceux-ci pourraient le rester. En ce cas, la décision d’autoriser la commercialisation de ces trois semences appartiendrait à la Commission et à son président qui gère personnellement ce dossier…

Un BILAN sans perspective


Aujourd’hui je souhaite / nous souhaitons nous prononcer et débattre sur la base d’un programme. Quels sont les axes programmatiques que le futur Président de la Commission européenne entend défendre pour les 5 prochaines années? Quel est le programme de travail et les orientations que Mr Barroso s’engage à soutenir et à poursuivre? Aujourd’hui, je n’en sais rien parce que rien de tel ne nous a été présenté. Je ne peux qu’imaginer ce qu’il nous réserve sur la base du bilan de son mandat sur les 5 dernières années. Et ce bilan, ce n’est pas l’Europe que je défends. Et pour couper l’herbe sous le pied aux polémiqueurs tentés de me taxer de faire un procès d’attention, je soumets à votre réflexion les éléments qui me conduisent à considérer que le bilan de la commission Barroso est loin d’être à la hauteur des enjeux d’une sortie de crise par le haut:

- Economie et réponse à la crise financière

La Commission Barroso a systématiquement ignoré les inquiétudes exprimées face à l’absence de réglementation du secteur financier. Elle a tardé à proposer des mesures visant à atténuer les effets de la crise financière. Elle a fait preuve d’une passivité sans commune mesure à l’égard des paradis fiscaux et de la poursuite de la libéralisation des services financiers, rendant d’autant plus difficile toute régulation future du secteur financier dans l’UE.

- Social

Que dire et penser d’une politique sociale subordonnée à une vision économique à court terme? Politique de libéralisation, privatisation et déréglementation qui a mis en péril les services publics. Que dire et que penser de l’échec de la Commission sur la révision de la directive relative aux travailleurs détachés? Que dire et que penser des propositions qui ont suivi (de la directive services à la réglementation sur la durée du travail dans les transports routiers) qui n’ont eu que pour effet d’ouvrir la porte au dumping social?

- Environnement

L’environnement est devenu le parent pauvre de la politique communautaire. Sous la présidence de Mr Barroso, les gains économiques à court terme de l’industrie ont prévalu systématiquement sur les objectifs environnementaux à long terme. Sous l’impulsion de M. Barroso, la Commission a retardé et affaibli des propositions législatives majeures dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques, telles que la limitation des émissions de CO2 des véhicules. M. Barroso promeut ouvertement l’énergie nucléaire, mettant fin à la tradition de neutralité de la commission vis-à-vis de cette technologie en affaiblissant les orientations de développement en faveur des énergies renouvelables. Je ne peux pas accepter une commission qui outrepasse ses attributions en cherchant à plusieurs reprises à faire autoriser la culture de variétés génétiquement modifiées contre la volonté même de plusieurs Etats membres et de nombreux consommateurs. Je ne veux pas d’une commission qui a retardé et affaibli la législation européenne sur la pollution atmosphérique et le traitement des déchets et n’a pris aucune mesure quant aux dispositions du règlement Reach visant à substituer les substances chimiques pour lesquelles des alternatives sures existent.

- Démocratie

Enfin, je suis atterrée par le bilan de cette commission dans ce domaine. Le président Barroso n’a pas tenu son engagement de créer un groupe de travail sur les droits de l’homme composé de commissaires. Il est resté muet sur les restitutions extraordinaires de la CIA en Europe malgré la violation de la réglementation européenne… Je suis consternée de constater que la Commission a renoncé à son rôle de gardienne des traités de l’UE et a évité d’engager des procédures d’infraction contre les états membres contrevenants et récidivistes. Je suis inquiète au regard de l’attitude d’une Commission qui s’est montrée réticente à assurer un plus grand accès à ses documents, même lorsque des décisions de justice l’enjoignaient de le faire; qui face à l’influence des lobbies dans le processus décisionnel, s’est limitée à la création d’un registre volontaire écartant toute initiative visant à plus de transparence…

Ne nous trompons pas de débat, c’est au regard de ce bilan que nous disons aujourd’hui «Stop Barroso» mais plus encore que nous affirmons que l’Europe, notre vision de l’Europe, notre Europe mérite mieux que Barroso! Il n’est pas tant question de stigmatiser un homme que de se s’interroger sur quelle Europe nous voulons pour demain.

Quelle est l’Europe que nous construit, avec le soutien des chefs d’Etats et de gouvernements, l’actuel président de la Commission? Une Europe impuissante face au monde de la finance? Une Europe destructrice d’emplois agricoles? Une Europe OGM que les citoyens refusent très majoritairement l’usage de semences génétiquement modifiées? Cette Europe n’est pas celle d’Europe Ecologie et des Verts européens, pas plus qu’elle n’est aujourd’hui celle des citoyens et d’une majorité de leurs représentants parlementaires. Ce qui se joue en ce moment, entre les couloirs du Berlaymont et ceux du Parlement est une question de choix entre différentes visions de l’Avenir.

Et d’un point de vue institutionnel, n’en déplaise à certains, je suis de ceux qui pensent que l’avenir devra se définir sous le traité de Lisbonne!
2 – Nice ou Lisbonne – La «tactique du tic-tac»


Nous nous sommes réunis dès le 16 juin à Bruxelles, une semaine après les élections, pour nous caler sur nos objectifs: faire obstacle au passage en force du Conseil à une présentation de son candidat à la session de juillet et de septembre sous le traité de Nice pour affirmer la légitimité et le poids du parlement, aujourd’hui seule institution au sein de l’Union Européenne représentant les citoyens européens. Il s’agissait bien de se faire respecter dès les premières minutes.

Ainsi, lors de cette dernière session strasbourgeoise, il est ressorti de la conférence des présidents que l’inscription à l’ordre du jour de la session de rentrée de l’investiture de José Manuel Durao Barroso serait conditionnée à la présentation par ce dernier d’un «programme convaincant». En juillet, la conférence des présidents a décidé de ne pas décider de l’inscription à l’ordre du jour de la présentation du candidat Barroso au parlement. La «tactique du tic-tac» consiste à repousser le vote sur la présidence de la Commission après la ratification, si elle a lieu, du traité de Lisbonne (référendum prévu en Irlande début octobre) pour que le nouveau président soit élu sous l’égide de ce traité qu’il sera amené à appliquer.

Une des raisons tient dans cette disposition du nouveau traité:

«En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d’un mois, un nouveau candidat, qui est élu par le Parlement européen selon la même procédure.»

En clair, avec le traité de Lisbonne, Barroso devra recueillir un minimum de 376 voix sur sa personne contre une simple majorité des présents à l’heure actuelle. Autant dire que si le front anti-Barroso devait se renforcer, ses jours à la tête de la Commission seraient en ce cas, sérieusement comptés. Resterait alors au Conseil à proposer le nom d’un autre candidat, dont on pourrait aller jusqu’à imaginer qu’il soit soufflé par le Parlement lui-même… A peu de choses près, l’Union vivrait en ce cas une petite révolution de velours…

Quant à Mr Barroso, si les chefs d’Etats et de gouvernements européens tenaient malgré tout encore à le gratifier du titre du président, le traité de Lisbonne instituant une présidence de l’Union européenne pour un mandat 2 ans et demi, qu’ils lui attribuent celui de président du Conseil européen. Les choses auraient au moins le mérite d’être claires…

(Première publication sur Slate France, le 27 août 2009)

Image de une: Juan Manuel Durao Barroso. Sebastien Pirlet / Reuters


> Article initialement publié sur le blog de Sandrine Bélier

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