OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 La victoire des nerds http://owni.fr/2012/11/19/la-victoire-des-nerds/ http://owni.fr/2012/11/19/la-victoire-des-nerds/#comments Mon, 19 Nov 2012 16:24:45 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=126181 The Atlantic raconte comment, en 2012, la campagne d'Obama s'est (enfin !) jouée sur Internet. Aux côtés de codeurs barbus et binoclards, elle a intégré l'infrastructure et l'esprit du réseau. ]]>

“Cette année, la campagne s’est jouée sur Internet”. Effet de bord des “buzz” et autres “clashs” politiques 2.0, la formule est désormais une tarte à la crème des élections. De la présidentielle à la nomination d’un chef de clan, chaque rendez-vous du genre est censé marquer l’avènement d’une nouvelle approche politicienne du Net, forcément plus fine et plus adéquate – sans que les faits suivent vraiment le discours.

Le marronnier a explosé après 2008, et la campagne très web-friendly de Barack Obama, dont commentateurs et politiques de tout pays — la France en tête — se seraient inspirés avec plus ou moins de succès. Quatre ans plus tard, le bruit se fait moins entendre. Pourtant, la campagne américaine s’est jouée plus que jamais sur Internet. Ou plus exactement en son cœur. C’est moins visible mais autrement plus impressionnant. Et efficace.

Narval contre Orque

The Atlantic explique ainsi dans une longue enquête comment l’infrastructure du Net a été mieux considérée et exploitée par l’équipe de campagne d’Obama en 2012.

Contrairement à l’épisode précédent, celle-ci est allée chercher des techniciens de réseau. Une quarantaine d’ingénieurs, de “nerds”, comme ironise le magazine américain, qui ont “bâti la technologie dont ils avaient besoin pour faire réélire le Président”. Des mecs “de Twitter, Google, Facebook, Craigslist, Quora” détaille entre autres The Atlantic, dont les portraits viennent renforcer l’imaginaire geek : grosses lunettes, barbe fournie et belle bedaine.

Autoportrait d'Harper Reed, style Obama par Obey (CC by nc nd)

Il suffit de jeter un œil au chef de cette e-brochette pour comprendre : Harper Reed, codeur binoclard à moustache rousse et ancien directeur technique de Threadless, un site de vente de tee-shirts et goodies geeks – les amateurs reconnaîtront.

“Il soutient l’open source. Aime le Japon. Dit ‘fuck’ sans arrêt. Va dans des bars de hipsters qui servent de la nourriture végétarienne mexicaine, où le quart des employés et des clients ont des moustaches. [...] Il est ce à quoi un roi des nerds pourrait ressembler”, décrit The Atlantic. Et Reed de conclure sur son site personnel qu’il est :

Probablement l’un des mecs les plus cools de la Terre

Bref, drôle d’attelage au sein du bestiaire politique. Pour un résultat pourtant édifiant : la mise en place d’un panel d’outils informatiques dont le clou du spectacle, “Narwhal” (“Narval” en français), permettait de brasser en temps réel toutes les informations disponibles sur la campagne, les votants et les bénévoles. Une plate-forme d’organisation et de communication gigantesque, mise à disposition de l’équipe d’Obama. Face à cette baleine unicorne, le camp républicain avait choisi de déployer “Orca” (“Orque” en français), car, explique The Atlantic qui cite les soutiens de Mitt Romney :

L’orque est le seul prédateur connu du narval.

Sauf que cette fois-ci, Willy n’a pas pu être sauvé : l’outil de Mitt Romney a crashé aux premières heures du jour J. Et ne faisait de toute façon pas le poids face à l’envergure de celui d’Obama.

Les mystérieuses bases de données de Mitt Romney

Les mystérieuses bases de données de Mitt Romney

Aux États-Unis, le candidat républicain joue avec des bases de données (et avec la vie privée) de millions de potentiels ...

L’équipe du Président américain a appris de ses erreurs, poursuit le magazine américain. Quatre ans auparavant, sa plate-forme s’effondrait à la manière de celle de Romney en 2012. “L’échec de 2008, entre autres besoins, a poussé la version 2012 de l’équipe d’Obama à internaliser des techniciens”, poursuit The Atlantic.

Rien n’a été laissé au hasard. Des simulations ont même été lancées pour parer au pire des scénarios susceptibles de se produire le D-Day. Plusieurs sessions intensives pendant lesquelles les nerds d’Obama tentaient d’éviter la paralysie de leurs outils de campagne en ligne, en trouvant des remèdes à une succession de pannes sortie de nulle part ailleurs que leur esprit génial.

Ils “détruisaient tout ce qu’ils avaient construit”, comme le raconte Harper Reed au magazine américain. A l’instar d’astronautes surentraînés, ils avaient une checklist pour chaque incident, le tout compilé dans un “runbook”. Ce petit jeu leur a par exemple permis de ne connaître aucun temps mort au passage de l’ouragan Sandy, fin octobre, qui a noyé bon nombre de serveurs situés sur la côte Est des États-Unis.

Les nerds d'Obama avec le boss de Google, Eric Schmidt, le jour de l'élection. YOLO ! (CC by nc nd)

YOLO

Au final, aucun cyclone ou aucune attaque extra-terrestre n’est venu perturber le cours de l’élection. Les mecs ont même eu le temps de “concocter un petit badge pour fêter ça” raconte The Atlantic. Badge reprenant la dernière expression branchée “YOLO”, “You Only Live Once” (“On n’a qu’une vie” en français) en version Obama. De quoi renforcer l’image déjà so cool du Président américain sur Internet.

Mais la plupart du temps, les techos d’Obama n’ont fait que peu d’incursions sur le terrain. IRL ou sur Internet. D’autres équipes s’occupaient à plein temps de ces champs. Il a fallu travailler avec chacune et ça n’a pas toujours été simple. Loin de là.

Les nerds ont même été à deux doigts de se prendre la porte. Équipes de terrain, politiciens et techniciens ne parvenaient pas à s’entendre, en particulier dans l’étape de réalisation des outils de campagne. Une étape pourtant cruciale. “Alors que l’équipe technique luttait pour traduire en un logiciel utilisable ce que voulaient les gens, la confiance dans l’équipe technique – déjà chancelante – continuait de s’éroder”. Et pourtant, “la campagne a produit exactement ce qu’on attendait d’elle”, conclut le journaliste de The Atlantic :

Une hybridation des désirs de chacun dans l’équipe d’Obama. Ils ont levé des centaines de millions de dollars en ligne, réalisé des progrès sans précédent dans le ciblage des électeurs, et ont tout construit jusqu’à l’infrastructure technique la plus stable de l’histoire des campagnes présidentielles.

Un ingénieur informaticien dans les bras du Président des États-Unis (cc by nc nd)

Low tech

Pour The Atlantic, le cru 2012 de la présidentielle américaine s’est donc bel et bien joué sur Internet. En 2008, commente le magazine, on pataugeait encore dans le “low tech”. “La technique d’une campagne était dominée par des gens qui se souciaient de l’aspect politique de la chose, et non de la technologie de la chose”.

[visu] En 2012, Internet n’existe pas

[visu] En 2012, Internet n’existe pas

Visualiser en un coup d’œil les propositions des candidats sur le numérique. C'est ce que OWNI vous propose en ...

Bien sûr il y avait Facebook, ou Twitter. Mais ils ne représentaient pas grand chose à l’époque. “Ce n’était pas le cœur ou même une annexe de notre stratégie”, confie Teddy Goff, “digital director” des campagnes d’Obama, à The Atlantic.

C’est une nouvelle étape dans l’intégration du Net dans la politique. Qui permet aussi de comprendre, au moins en partie, l’habile appropriation des codes du web par le Président réélu. D’une réinterprétation de mèmes aux sorties sur Twitter ou Instagram, l’équipe de Barack Obama compose avec Internet. L’intègre avec souplesse à sa communication bien huilée, au lieu de le plier aux codes traditionnels du discours politique.

À cent mille lieues de l’expérience made in France. Malgré les sempiternelles promesses d’e-révolution, les campagnes des candidats à la présidentielle n’ont pas brillé par leur fulgurance sur Internet. De l’aveu même de certains, Internet n’était alors qu’un canal de com’ supplémentaire, aux côtés de la télévision, de la presse écrite ou radio.

Il y a bien eu quelques trouvailles, mais elles restent bien maigres face au tableau général : une équipe web recrutée à 100 jours de l’échéance côté Hollande, un panzer en partie externalisé pour Sarkozy. Quelques polémiques aussi, sans oublier l’abandon, sur le fond, des thématiques numériques par les candidats. En France, l’avènement des ingénieurs informaticiens en politique n’est pas pour demain.


Illustration d’Obama par Tsevis [CC-nyncnd] et autoportrait deHarper Reed [CC-nyncnd]

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Clic, clic, fric http://owni.fr/2012/11/08/clic-clic-fric/ http://owni.fr/2012/11/08/clic-clic-fric/#comments Thu, 08 Nov 2012 10:39:38 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=125462 null

Bonne nouvelle pour les marketeux du web et autres adeptes du SoLoMo en quête du sacro-saint buzz sur le web ! Un nouveau service révolutionnaire vient de sortir, permettant de faire exploser les compteurs de vues des dernières vidéos publiées.

Intitulé Buyral, ce dispositif vend des clics, selon différentes formules : 250 000 à 25 000 000 vues pour des sommes allant de $11,99 à $59,99.

“Marre des vidéos virales qui ne deviennent pas virales ? Avec Buyral, vous aurez des millions de clics à chaque instant !” Le succès d’un Gangnam style, de Call me Maybe ou de Maru à portée de souris ! De quoi ouvrir aussi de nouvelles perspectives à la presse, en quête de modèle stable à l’heure du numérique.

Implantée partout dans le monde, la société multiplie les opportunités d’emploi : de la maternelle aux maisons de retraite, en passant par les laboratoires de recherche et développement, toutes les forces vives sont mobilisées pour cliquer sur le bouton play des vidéos virales de demain.

L’activité du “professional clicking” (“clic professionnel”) est en plein essor et n’est pas près de s’arrêter. “Partout il y a un bouton susceptible de récolter des clics. Ascenseur, distributeurs automatiques, jeux de marteau, explique enthousiaste un porte-parole de Buyral dans une vidéo édifiante :

Cliquer ici pour voir la vidéo.



Bon, vous vous en doutiez, Buyral est évidemment une grosse blague. Mais la vidéo reprend si habilement les codes de communication aujourd’hui répandus – plans léchés, ton mielleux et musique lyrico-cul-cul – qu’elle en devient redoutablement efficace. En guise d’exemple, comparez donc avec la chaise la plus célèbre du monde

Cerise sur le gâteau, viralité sur le plan com’, ce projet sort des cervelles d’une agence de pub, John St., basée au Canada, tout aussi compétente dans le bullshit bingo de la pub en ligne : “social”, “experiential”, “digital”… Qui d’autre pour rendre virale une vidéo proposant de rendre virales des vidéos tout en se moquant de ses propres pratiques ? Inception 2.0.

Contacté par Owni pour en savoir plus sur le projet et en particulier à qui celui-ci peut bien bénéficier, les équipes de Buyral nous ont indiqué être débordées, mais ne manqueront pas de nous répondre “dès qu’une équipe de clics sera disponible”.

Mais il y a fort à parier que cette vidéo ne profite qu’aux auteurs eux-mêmes. La boîte est une habituée de ce genre de coups, qui couplent auto-promo et auto-dérision. Pour mémoire (et pour le plaisir, aussi), le clip promotionnel Catvertising. Bah oui, vous pensiez pas que les vidéos de chats rigolos étaient tournées dans un salon tout de même ?

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Photo par Pivic (ccbyncnd)

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Le secret démasqué de Gangnam Style http://owni.fr/2012/10/05/gangnam-style-nest-pas-a-cheval-sur-le-droit-dauteur/ http://owni.fr/2012/10/05/gangnam-style-nest-pas-a-cheval-sur-le-droit-dauteur/#comments Fri, 05 Oct 2012 11:14:20 +0000 Lionel Maurel (Calimaq) http://owni.fr/?p=121638 Cliquer ici pour voir la vidéo.

Avec le clip vidéo déjanté de sa chanson Gangnam Style, le rappeur coréen PSY a explosé tous les records, en devenant la vidéo la plus “aimée” de l’histoire sur YouTube : plus de 350 millions de vues en l’espace seulement de quelques mois !

Ce succès fulgurant s’explique en grande partie par le nombre incroyable de parodies qui ont été postées en ligne par le public, reprenant à toutes les sauces la fameuse “danse du cheval” popularisée par le clip. Un nouveau mème est né et il est impressionnant de voir la masse de reprises/détournements/remix que cette vidéo génère partout dans le monde. Il existe même déjà une page – Wikipédia Gangnam Style in Popular Culture – attestant de l’engouement planétaire pour la nouvelle star de la Kpop.

Cette synergie qui s’est mise en place entre cette vidéo et les contributions du public est déjà en elle-même fort instructive sur les nouveaux types de rapports que les créateurs de contenus peuvent entretenir avec les internautes. Mais l’attractivité irrésistible de la danse du cheval de PSY n’explique pas tout. Un des secrets du succès de Gangnam Style est aussi de ne pas avoir été à cheval… sur le droit d’auteur !

Abandon de copyright ?

Il semblerait que dans une interview, PSY ait déclaré qu’il avait abandonné son copyright, de manière à ce que n’importe qui puisse reprendre sa musique et sa vidéo de la manière dont il le souhaite. Cette hypothèse est reprise par le site australien TheVine, où le journaliste Tim Byron analyse les raisons culturelles du phénomène.

Comme le remarque le site Techdirt, il est assez improbable que PSY ou son label YG Entertainement aient réellement “abandonné leur copyright” sur le morceau ou sur le clip. Un tel renoncement est juridiquement possible, notamment en employant un instrument comme Creative Commons Zéro (CC0), qui permet aux titulaires de droits sur une œuvre d’exprimer leur intention de verser par anticipation leur création dans le domaine public.

Certains artistes ont déjà choisi ce procédé pour diffuser leur production : le rappeur anglais Dan Bull, par exemple a récemment obtenu un beau succès dans les charts anglais avec son morceau Sharing Is Caring, placé sous CC0 et popularisé par le biais d’une habile promotion multi-canaux (diffusion volontaire sur les réseaux de P2P, propagation sur les réseaux sociaux et sur YouTube, vente sur iTunes et Amazon Music, etc).

Extrait de la vidéo Gangnam style

Ce qui s’est passé avec Gangnam Style est différent : PSY et son label n’ont pas formellement abandonné leur copyright, mais ils ont plutôt choisi de ne pas exercer leurs droits, pour laisser la vidéo se propager et être reprise sous forme de remix, sans s’y opposer. C’est ce qu’explique Mike Masnick sur Techdirt :

Je ne sais pas si PSY ou son label ont fait quoi que ce soit explicitement pour abandonner leurs droits sur Gangnam Style, mais il est clair qu’ils ont été parfaitement heureux que des masses de personnes réalisent leurs propres versions du clip, modifient la vidéo et bien plus encore. Chacune de ces réutilisations a contribué à attirer plus encore l’attention sur le morceau original, en l’aidant à percer.

Donc, même s’il n’est pas tout à fait vrai que PSY ait abandonné ses droits sur la chanson ou la vidéo, qui peut honnêtement soutenir que le droit d’auteur ait quoi que ce soit à voir avec le phénomène culturel qu’est devenu Gangnam Style ? En vérité, c’est parce que tout le monde a choisi d’ignorer le droit d’auteur qu’un tel succès a pu devenir réalité. Une large proportion des œuvres dérivées qui ont été réalisées à partir de la vidéo ne respectent certainement pas le droit d’auteur. Et pourtant chacune de ces “violations” a probablement aidé PSY. On ne peut pas trouver un seul cas où cela lui ait causé un préjudice.

Sortir la création de la mélasse

« Le droit d’auteur, c’est de la mélasse !». Le cas de Gangnam Style illustre parfaitement cette comparaison faite par le juriste américain Lawrence Lessig :

Pensez aux choses étonnantes que votre enfant pourrait faire avec les technologies numériques – le film, la musique, la page web, le blog […] Pensez à toutes ces choses créatives, et ensuite imaginez de la mélasse froide versée dans les machines. C’est ce que tout régime qui requiert la permission produit.

En effet, si l’on s’en tient à la lettre du droit d’auteur, toutes les personnes qui ont réutilisé la musique ou la vidéo de Gangnam Style auraient dû adresser une demande en bonne et due forme, afin d’obtenir leur autorisation préalable. Même dans un monde idéal où des organismes de gestion collective seraient à même de gérer efficacement ce type d’autorisations, une telle charge procédurale serait ingérable pour un succès viral explosif comme celui qu’a connu Gangnam Style.

Ajoutons que ce n’est pas seulement pour la musique ou la vidéo que des autorisations sont requises. Le simple fait de mimer la fameuse “danse du cheval” peut déjà être considéré comme une violation du droit d’auteur, car les chorégraphies originales sont considérées comme des œuvres protégées. Beyoncé l’avait d’ailleurs appris à ses dépends l’année dernière, lorsqu’elle avait été accusée de plagiat par la chorégraphe belge, Anne Teresa De Keersmaeker, pour avoir repris quelques pas de danse dans le clip du morceau Countdown.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Bien sûr, il existe des mécanismes comme le fair use (usage équitable) aux Etats-Unis ou l’exception de parodie ou de pastiche chez nous, qui permettent théoriquement de créer à partir d’une œuvre préexistante, sans avoir à demander d’autorisation. Mais l’applicabilité de ces dispositifs à des reprises sous forme de remix ou de détournements est plus qu’aléatoire et nul doute que PSY ou son label auraient pu agir en justice contre leurs fans, s’ils avaient tenu à faire respecter leurs droits.

Le rôle central de YouTube

Il semble clair que ni PSY, ni YP Entertainement n’ont réellement “abandonné” leurs droits. Ils n’ont pas non plus utilisé une licence libre, type Creative Commons pour indiquer a priori qu’ils autorisaient les réutilisations de l’oeuvre (possibilité pourtant offerte par YouTube).

Ce qui explique en réalité la “neutralisation” du droit d’auteur qui a joué ici, ce sont sans doute les règles particulières instaurées par YouTube pour organiser la diffusion des contenus. La plateforme possédée par Google propose en effet un “deal” avec les titulaires de droits, qui leur offre une alternative à l’application pure et simple du droit d’auteur.

Par le biais du système  d’identification Content ID, YouTube est en effet en mesure de repérer automatiquement les contenus protégés que des utilisateurs chargeraient sur la plateforme. Il peut alors bloquer la diffusion de ces contenus et sanctionner les utilisateurs les ayant postés, par le biais d’un système d’avertissements en trois étapes avant la fermeture du compte, qui n’est pas si éloigné d’une riposte graduée.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Mais YouTube propose en réalité un choix aux titulaires de droits, vis-à-vis de Content ID : soient ils décident d’appliquer le droit à la lettre et demandent que les contenus diffusés sans leur autorisation soient retirés automatiquement par les robots de Google ; soient ils acceptent que ces contenus restent en place, en contrepartie d’une rémunération perçue sur la base d’une redistribution des revenus publicitaires générés par YouTube.

C’est vraisemblablement ce qui s’est passé avec Gangnam Style. PSY et son label n’ont pas abandonné leurs droits d’auteur, mais ils ont sans doute tout simplement accepté l’offre de monétisation proposée par YouTube. Du coup, les multiples rediffusions et reprises de la vidéo ont pu échapper aux filtres automatisés de Google, participant à la propagation virale du titre. Et avec des millions de visiteurs, nul doute que cette vidéo a dû rapporter des sommes confortables à ses créateurs.

Économie du partage

Le succès phénoménal de Gangnam Style s’ajoute à ceux d’une année 2012 qui a été marquée par d’autres réussites ayant commencé par une diffusion virale sur YouTube. Le morceau Call Me Maybye de Carly Rae Jepsen s’était déjà ouvert la voie des sommets des charts en suscitant l’adhésion des fans sur la plateforme (plus de 280 millions de vues). La même chose s’est également produite pour le titre Somebody That I Used To Know de Gotye et l’artiste avait tenu à rendre hommage aux internautes qui l’avaient aidé à percer, en publiant sur YouTube un remix à partir des innombrables reprises réalisées par des amateurs.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La musique n’est pas le seul secteur où ces effets de synergie se manifestent. Si l’on y réfléchit bien, le succès de la série Bref de Canal+ s’explique aussi en partie par les nombreuses vidéos parodiques réalisées sur tout et n’importe quoi à partir du canevas proposé par la série.

En 2010, la demande brutale de retrait des parodies du film La Chute était apparue comme un des symboles des crispations provoquées par l’antagonisme entre la logique du droit d’auteur et les nouvelles possibilités d’expression offertes par les médias sociaux. Peut-être le succès de Gangnam en 2012 marque-t-il l’ouverture d’une nouvelle phase, où les titulaires de droits sauront davantage utiliser les forces du partage en ligne, en tissant de nouvelles relations avec le public ?

Zones d’ombre

Mais la belle histoire de Gangnam Style comporte aussi des zones d’ombre préoccupantes. Le système Content ID mis en place par Google pour surveiller les contenus postés sur YouTube n’est rien de moins qu’une sorte de police privée du copyright, organisée par entente entre un géant du web et les titulaires de droits. Cette application robotisée des règles du droit d’auteur provoque souvent des retraits abusifs, parfois particulièrement inquiétants, comme si la machine frappait aveuglément. YouTube vient d’ailleurs de modifier les règles du système pour permettre aux utilisateurs de se défendre plus efficacement, mais le principe même de cette régulation par algorithme reste contestable.

Plus encore, la monétisation des contenus organisée par YouTube constitue une forme de “licence globale privée » : elle a le même effet d’ouvrir les usages, mais les “libertés” qu’elle procure sont limitées à la plateforme de YouTube et lui permettent de capter la valeur générée par ces pratiques. Les licences globales privées sont en réalité des privilèges juridiques, que les grands acteurs du web sont en mesure de se payer, en amadouant les titulaires de droits par le bais de la promesse d’une rémunération.  Et ce système maintient une forme de répression et d’incertitude constante pour les internautes quant à ce qu’ils peuvent faire ou non.

Il est important de se demander si nous n’avons pas intérêt à ce qu’une licence globale publique organise l’ouverture des usages sur la base de libertés consacrées, tout en assurant un financement mutualisé pour la création. Des propositions comme celle de la contribution créative favoriseraient l’émergence de succès comme celui de Gangnam Style, sans rendre les artistes et le public dépendants d’une plateforme telle que YouTube. De la même façon, il serait infiniment préférable qu’une exception législative soit votée en faveur du remix (comme cela a été fait cette année au Canada) plutôt que cette liberté soit simplement “octroyée” aux internautes par des acteurs privés, sur la base d’arrangements contractuels.

Ne pas être à cheval sur le droit d’auteur, il semble que cela puisse conduire au succès, mais gardons absolument en selle l’idée que les libertés numériques doivent être publiquement consacrées !


Images via la vidéo Gangnam Style.

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Sarkozy détourné de son image http://owni.fr/2012/02/19/sarkozy-detourne-de-son-image/ http://owni.fr/2012/02/19/sarkozy-detourne-de-son-image/#comments Sat, 18 Feb 2012 23:25:34 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=99004

Selon la formule célèbre du livre Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, de Karl Marx, les grands événements historiques se répètent, “la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.” Cette fois, c’est sûr, on est dans la farce.

Telle était du moins l’impression que produisait l’accueil de l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy aux prochaines présidentielles sur les réseaux sociaux. Pendant qu’une grande partie de la presse s’efforçait de nous convaincre que les choses sérieuses allaient enfin commencer, les outils de l’appropriation s’emparaient du slogan et de l’affiche de campagne pour une série de détournements dévastateurs.

Un slogan giscardien, une affiche mitterrandienne: les communicants sarkozystes ne brillent pas par leur imagination. La seule tentative qui sortait de la routine était celle de décliner la métaphore du capitaine courage, utilisée par le candidat lors de son allocution télévisée. Mais l’option du fond marin pour habiller l’image était un choix risqué, véritable appel du pied aux blagues et au second degré après l’échouage du Costa Concordia ou la proximité de la sortie du film La mer à boire.

Ça n’a pas raté. Avec une réactivité significative, les premiers détournements mettaient en scène Sarkozy en capitaine naufrageur (voir ci-dessus), suivis de près par le baigneur naturiste du catalogue La Redoute.

A l’époque mitterrandienne, la présence d’un fond uni ou d’un emplacement vide était un choix visuel sans risque particulier. A l’ère du mème et de la retouche, c’est une provocation à la satire. La simplicité graphique de l’affiche La France forte, composée de 3 éléments nettement distincts – le personnage, le slogan et le fond – se prête admirablement à l’appropriation. Constatant le succès du mème, le mouvement des Jeunes socialistes proposait dès le milieu de la matinée un générateur automatique permettant de modifier le slogan ou d’appliquer diverses variations à l’image.

Outre “la France morte”, on a pu noter le succès récurrent de l’adaptation culinaire du slogan, remixé en “Francfort”, allusion à l’empreinte du modèle germanique qui hante la candidature Sarkozy (voir ci-dessus).

Que le net s’empare d’un contenu politique et le détourne, quoi de plus normal ? Mais on n’a pas constaté pareille explosion satirique à l’endroit de François Hollande, dont la campagne, si elle peine à soulever l’enthousiasme, ne provoque pas non plus d’opposition massive. La rage mordante de la caricature s’adresse bien au président sortant, dont le moindre discours paraît définitivement inaudible, menacé par l’inversion et la raillerie. Révélateur de l’exaspération qu’il suscite, le sarcasme le plus cruel a consisté à mimer l’effacement du candidat sur sa propre affiche, jusqu’à la disparition (voir plus haut).

L’écart est frappant entre cet accueil et le sérieux avec lequel la plupart des grands médias continuent de considérer une campagne menacée par le naufrage avant même d’avoir commencé. Qui, à part Alain Duhamel, croit encore que Sarkozy est capable de rééditer Marengo et de l’emporter in extremis par un retournement inouï ? Mais le storytelling d’un combat gagné d’avance ne fait pas les affaires de la presse, qui attend depuis des mois le pain béni de la présidentielle, et qui fera tout pour donner à des chamailleries de cour de récréation les couleurs d’affrontements homériques.

Pendant ce temps, la France ricane, et s’amuse plus sur Facebook que dans les mornes sujets du JT. Une divergence de perception qui rappelle le traitement de l’affaire DSK – et n’annonce rien de bon pour la suite…


Cet article, que nous rééditons ici, a été initialement publié sur Culture Visuelle

Crédits Photos CC FlickR André Gunthert

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Le “mème” Sarkozy sur Facebook http://owni.fr/2012/02/10/le-meme-president-sarkozy-timeline-facebook/ http://owni.fr/2012/02/10/le-meme-president-sarkozy-timeline-facebook/#comments Fri, 10 Feb 2012 19:11:03 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=98056

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a fait un cadeau de choix aux internaut(r)es : une magnifique page Facebook, à son nom, construite autour de la “timeline”, une frise chronologique, l’une des dernières fonctionnalités du réseau social. Grâce à cette échelle du temps magique, les communicants du presque-mais-en-fait-pas-tout-à-fait candidat à sa réélection ont pu retracer les moments marquants de son histoire politique. Voire son histoire tout court : le profil débute à la naissance de Nicolas Sarkozy, le 28 janvier 1955. Et remonte jusqu’à l’une de ses dernières sorties, le 9 février dernier, sur le site de la centrale de Fessenheim. Avec au milieu, des coucous, des risettes, des envolées lyriques, la galette des rois géante de l’Élysée, encore des éclats de rire, mais aussi du sérieux, du grave, la naissance du “premier petit-fils Solal” entre la mort de Philippe Séguin et une visite à la Réunion ; bref, la vie, la mort, du palpable, de la chair de Président, merde ! Le tout enveloppé d’un “je” tout à propos. Les communicants appellent ça du ”storytelling”. Un procédé qu’ils affectent particulièrement, par exemple, au hasard, pouf! pouf! au moment de l’élection présidentielle.

L’intérêt du tire-larmes storytellé de Sarko est au-delà de cette énième manœuvre de com’. Ou de sa présence renforcée sur le réseau bleu (tous les candidats y sont). Il réside dans ce qui est dit -ou pas- et ce qui montré, surtout. Si la date de naissance des quatre enfants de Nicolas Sarkozy a méticuleusement trouvé sa place dans son histoire sauce Facebook, ses mariages successifs eux, n’ont pas voix au chapitre. Carla est pourtant bien présente dès 2008, auprès de son président de mari, qu’elle a épousé le 2 février de la même année. Quand le chef de l’État semble vouloir jouer sa réélection sur “ses valeurs pour la France”, les enfants sont manifestement plus porteurs que les multiples épouses.

Plus cocasse encore que la vie privée tronquée, la vie politique réécrite. Comparons -rapidement- le parcours de Nicolas Sarkozy selon Wikipedia et ce même parcours selon Facebook. L’encyclopédie collaborative indique par exemple “1993 – 1997 : premières responsabilités gouvernementales et « traversée du désert »”. L’encart revient sur l’année 1995 et le soutien de l’actuel président à Édouard Balladur, alors candidat à la fonction suprême, et l’échec qui s’en est suivi. Sur Facebook, surprise : la période 94-97 est littéralement vide, comme le souligne le chroniqueur Guy Birenbaum. Ou presque : notons tout de même l’éloquente photo de la famille Balladur-Léotard-Veil-Sarkozy, qui pendouille dans un télésiège du côté de Chamonix. Priceless. C’est peu dire que l’exercice est limité. Et cadré : de la même façon, si les fameux pouces en l’air (“j’aime”) sont autorisés, les commentaires, eux, sont bannis.

Difficile d’y voir cette “une utilisation moderne et innovante des nouvelles fonctionnalités de Facebook au service de la transparence et du storytelling digital”, décrite avec emphase par le blogueur, chroniqueur audiovisuel et directeur général d’une agence de communication Emery Doligé. Qui y voit aussi “de l’épaisseur [...] et de la scarification”. On a eu beau chercher, on n’a pas trouvé de photo de notre Président adolescent emokid s’ouvrant les veines pour appeler au secours.

Mais le plus beau cadeau de Sarko à vous, peuples étranges des interouèbes, automobilistes des autoroutes de l’information, n’est pas tant cet aveu d’inconformité aux pratiques d’Internet, qui cherchera toujours la petite bête. La vraie bénédiction, ce sont ces photos. Puits à mèmes sans fin. Corne d’abondance du LOL.

Certains se sont déjà prêtés au jeu et, comme eux, nous n’avons pas pu résister à apporter notre petite touche au mouvement. 4 THE LULZ /-)

On peut édulcorer un poil la timeline :

Pimenter cet instant volé sur la plage avec la chancelière allemande Angela Merkel, dont Nicolas Sarkozy se sent si proche :

Ou bien encore ce vibrant moment alsacien changé en facebomb régionaliste :

Vous aussi, aidez-nous à enrichir le Sarko-mème, véritable patrimoine 2.0 !


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VENDREDI C’EST GRAPHISM S02E43 http://owni.fr/2011/11/25/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e43/ http://owni.fr/2011/11/25/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e43/#comments Fri, 25 Nov 2011 10:11:07 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=88094

Bonjour et bienvenue à bord de notre “Vendredi c’est Graphism”, veuillez regagner votre siège, PNC aux portes, armement des toboggans, nous avons cette semaine un plan de vol très graphique. Tout d’abord, on décolle en douceur avec la transformation graphique d’un évènement à OccupyWallstreet, on passe par dessus les nuages avec un magicien du numérique, une fois en vol je vous invite à regarder les outils qu’utilisent les designers et on amorcera notre descente avec un renard, une fille, Frankenstein pour atterrir sur un WTF à base de Lego hardcore !

Vous y êtes, c’est vendredi et c’est Graphism !

Geoffrey

On commence la semaine avec un “évènement” qui a eu lieu vendredi dernier. Des étudiants protestataires et non-violents qui soutiennent le fameux mouvement Occupy Wall Street à New-York ont été arrêtés par la Police et se sont  littéralement fait “gazés” par un policier (le désormais célèbre lieutenant John Pike) alors qu’ils étaient sagement assis par terre. Comme d’habitude, des vidéos ont été tournées sur place et décrivent la scène. John Pike marche jusqu’aux manifestants, tire sa bombe au poivre de sa ceinture, puis les arroser de très très près.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La vidéo a énormément circulé et, petit à petit, ce policier et son geste sont devenus une sorte “running gag”, autrement appelé mème . Des dizaines d’images ont donc été diffusées et ont circulé partout sur le web. Même si l’acte est choquant, ces images sont drôles, portent parfois un message et jouent sur le côté décalé afin d’être diffusées. L’acte est donc de dénoncer, mais pas frontalement en disant “regardez, c’est mal!”, mais plutôt d’une façon biaisée, drôle, virale. Et qui correspond parfaitement au web.

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On s’échappe des traitements policiers pour rejoindre la magie de la scène avec ce bien drôle de magicien ! Moulla, c’est son nom, est un jeune magicien qui utilise une vidéo projection classique et un Microsoft Kinect pour réaliser des tours de “magie augmentée”. Vous allez le voir, il mêle habilement la réalité augmentée à la magie lors de cette présentation faite à la cérémonie d’ouverture de l’Imagine Cup Kick off chez Microsoft France.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Toujours cette semaine, j’ai découvert via Bestvendor (un site web qui aide les travailleurs à trouver des applications sur les recommandations du même corps de métier), une infographie plutôt intéressante et assez représentative des métiers de la création. Après avoir demandé à 180 designers et professionnels de la création leurs outils favoris, les équipes de Bestvendor ont trié puis compilé leurs réponses pour nous offrir cette grande image plutôt parlante. Si les designers ont l’habitude d’utiliser Google Docs, Drop Box et Adobe Photoshop, on remarquera également que nombre d’entre eux utilisent Omnigraffle, Evernote ou encore la monté de services comme “What the font“, ou “Dropmark“. À voir maintenant si vous vous reconnaissez dans certains de ces usages !

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On poursuit notre revue de la semaine, avec une vidéo au pinceau… et quelle vidéo ! Pour promouvoir le projet de livre intitulé “Pincel de Zorro” publié par les éditions Ondina, Hug Codinach, Meritxell Ribas (illustrations) et Albert Alay (musique) ont conçu cette animation d’une rare poésie. En effet, ce conte illustré de l’écrivain espagnol Sergio A. Sierra nous raconte une histoire fantaisiste qui se passe au Japon, en septembre. Plein de tendresse, de magie et de tristesse, l’histoire est également racontée par des illustrations faites à la carte à gratter.

Pour les curieux, l’histoire est celle de Shiori, une petite fille dont la vie va changer le soir où son père ramène à la maison un renard mort qu’il a chassé. Quand ses parents décident de vendre la précieuse peau de l’animal, ils reçoivent la visite d’une femme très mystérieuse…

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Que faire si vous collectiez 64076 55382 polices d’écriture téléchargées sur internet dans des PDF ? Oui, c’est LA question de la semaine à laquelle le designer Mary Shelley a trouvé la réponse : Remplir un livre avec 342 889 lettres différentes ! Oui ça paraît évident comme ça… mais pour faire un livre sur quoi ? Sur une édition de Frankenstein pardi ! Frankenstein, or the modern Prometheus est une version moderne de Frankenstein écrite par Mary Shelley. À l’aide de caractères et de glyphes (obtenus de façon plus ou moins légale dans des PDF ), chaque lettre est utilisée et triée puis remplacée par la même lettre dans une autre typo en fonction de sa fréquence d’utilisation. Les polices les plus communes sont utilisées au début du livre, puis, petit à petit la mutation se fait, le charme opère et le livre prend vie !

frank Que faire avec 64076 55382 polices ? Un livre sur Frankenstein bien sûr !

source

Le WTF de la semaine est placé sous le signe du Lego ! Qui a dit que le Lego était has-been, hipster ou geek ? Non, rien de tout cela, le Lego c’est punk, c’est hardcore, c’est violent !  Hell yeah !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Vendredi c’est Graphism, c’est terminé pour aujourd’hui, j’en profite donc pour vous remercier de votre attention, vous pouvez détacher votre ceinture et regagner une vie normale. Et si vous en voulez encore, vous pouvez aller jeter un œil à PictoPlasma à la Gaîté Lyrique à Paris ou encore à l’exposition sur Roger Excoffon à Lyon ! Sinon, si vous aimez les robots et la bande dessinée, ce dernier billet de Marion Montaigne m’a beaucoup fait rire !

Bon week-end,

et… à la semaine prochaine !

Geoffrey

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Internet ravit la culture http://owni.fr/2011/11/19/internet-ravit-la-culture-meme-justin-bieber/ http://owni.fr/2011/11/19/internet-ravit-la-culture-meme-justin-bieber/#comments Sat, 19 Nov 2011 10:18:54 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=86935 Dans son célèbre article “L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique”, publié en 1939, Walter Benjamin dessine l’opposition paradigmatique de deux cultures. Face à l’ancienne culture bourgeoise, appuyée sur le modèle de l’unicité de l’œuvre d’art, les nouveaux médias que sont la photographie et le cinéma imposent par la “reproductibilité” le règne des industries culturelles.

Un demi-siècle plus tard, la révolution des outils numériques nous confronte à une nouvelle mutation radicale. La dématérialisation des contenus apportée par l’informatique et leur diffusion universelle par internet confère aux œuvres de l’esprit une fluidité qui déborde tous les canaux existants. Alors que la circulation réglée des productions culturelles permettait d’en préserver le contrôle, cette faculté nouvelle favorise l’appropriation et la remixabilité des contenus en dehors de tout cadre juridique ou commercial. Dans le contexte globalisé de l’économie de l’attention, l’appropriabilité n’apparaît pas seulement comme la caractéristique fondamentale des contenus numériques : elle s’impose également comme le nouveau paradigme de la culture post-industrielle.

Mythologie des amateurs

Cette évolution a d’abord été perçue de façon confuse. Au milieu des années 2000, la diffusion de logiciels d’assistance aux loisirs créatifs, le développement de plates-formes de partage de contenus, ainsi qu’une promotion du web interactif aux accents volontiers messianiques alimentent l’idée d’un “sacre des amateurs”. Appuyée sur la baisse statistique de la consommation des médias traditionnels et la croissance corollaire de la consultation des supports en ligne, cette vision d’un nouveau partage de l’attention prédit que la production désintéressée des amateurs ne tardera pas à concurrencer celle des industries culturelles.

Dans cette mythologie optimiste, l’amateur est avant tout conçu comme producteur de contenus vidéos, selon des modalités qui ont des relents de nouveau primitivisme. Dans le film Soyez sympas, rembobinez ! (Be Kind Rewind, 2008) de Michel Gondry, qui fait figure d’allégorie de la révolution des amateurs, les vidéos bricolées par les héros en remplacement des cassettes effacées rencontrent un succès phénoménal auprès du public local. Cette réception imaginaire traduit la croyance alors largement partagée que la production naïve des amateurs est capable de susciter un intérêt comparable ou supérieur aux productions professionnelles.

Racheté par Google en 2006 pour 1,65 milliards de dollars, YouTube incarne exemplairement ce nouveau Graal. Mais la plate-forme ne tient pas la promesse signifiée par son slogan : “Broadcast yourself“. Il devient rapidement clair que les services d’hébergement vidéo sont majoritairement utilisés pour rediffuser des copies de programmes télévisés ou de DVD plutôt que pour partager des productions originales. Guidée par la promotion automatique des séquences les plus fréquentées, la réponse du moteur de recherche aux requêtes des usagers accentue la valorisation des contenus mainstream.

A la fin des années 2000, malgré quelques exemples isolés, il faut admettre que les “contenus générés par l’utilisateur”, ou UGC, n’ont pas révolutionné les industries culturelles ni créé une offre alternative durable. YouTube a été envahi par les clips de chanteurs à succès, diffusés par leurs éditeurs à titre de publicité, qui sont parmi les contenus les plus regardés de la plate-forme. L’autoproduction reste présente en ligne, mais n’est plus mise en avant par la presse, dont la curiosité s’est déplacée vers les usages des réseaux sociaux. Construite par opposition avec le monde professionnel, la notion même d’amateur apparaît comme une relique de l’époque des industries culturelles – qui maintiennent fermement la distinction entre producteurs et public –, plutôt que comme un terme approprié pour décrire le nouvel écosystème.

La mythologie des amateurs, qui n’est qu’un cas particulier de la dynamique générale de l’appropriation, est désormais passée de mode, en même temps que le slogan du web 2.0. Elle n’en laisse pas moins une empreinte profonde, symbole de la capacité des pratiques numériques à réviser les hiérarchies sociales, mais aussi du passage de la démocratisation de l’accès aux contenus (décrite par Walter Benjamin), à la dimension interactive et participative caractéristique de la culture post-industrielle.

L’appropriation comme fait social

Quoique le terme d’appropriation puisse renvoyer aux formes légitimes de transfert de propriété que sont l’acquisition, le legs ou le don, il recouvre de façon plus générale l’ensemble du champ de la transmission et désigne plus particulièrement ses applications irrégulières, forcées ou secondes, comme la conquête, le vol, le plagiat, le détournement, l’adaptation, la citation, le remix, etc. Bornées par la codification moderne du droit de propriété, les pratiques de l’appropriation semblent héritées d’un état moins sophistiqué des échanges sociaux.

Le volet le plus apparent de l’appropriation numérique est l’activité de copie privée. Avant la dématérialisation des supports, le caractère fastidieux de la reproduction d’une œuvre audiovisuelle freinait son extension; sa circulation était nécessairement limitée à un cercle restreint. L’état numérique balaie ces contraintes et stimule la copie dans des proportions inconnues. L’industrie des contenus, qui voit chuter la vente des supports physiques, CD ou DVD, décide de combattre cette consommation parallèle qu’elle désigne sous le nom de “piratage”. En France, la ministre de la Culture Christine Albanel charge en 2007 Denis Olivennes, alors PDG de la FNAC, d’élaborer une proposition législative visant à sanctionner par la suspension de l’abonnement internet le partage en ligne d’œuvres protégées par le droit d’auteur.

Le projet de loi “Création et internet”, ou loi Hadopi, repose sur l’idée d’une automatisation de la sanction, dont le processus devrait pouvoir se dérouler hors procédure judiciaire à partir des signalements effectués par les fournisseurs d’accès, sur le modèle des contraventions envoyées à partir des enregistrements radar de dépassement de la vitesse autorisée sur le réseau routier.

En juin 2009, cet aspect du projet législatif est censuré par le Conseil constitutionnel. Un dispositif revu, qui sera finalement adopté en octobre 2009, contourne cet obstacle en imposant à l’abonné la responsabilité de la sécurisation de son accès internet. En juillet 2011, l’institution nouvellement créée indique avoir reçu en neuf mois plus de 18 millions de constats de la part des sociétés d’auteurs (SCPP, SACEM, etc.), soit 75 000 saisines/jour. Ces chiffres expliquent le choix d’un traitement “industriel” de la fraude, seule réponse possible face à l’ampleur du phénomène.

Ces mêmes indications auraient pu conduire à s’interroger sur la nature des pratiques incriminées. Peut-on encore qualifier de déviant un comportement aussi massif ? N’est-il pas plus légitime de le considérer comme un fait social ? D’autres approches tentent au contraire d’intégrer les pratiques appropriatives au sein du paysage culturel. Proposées en 2001 par le juriste Lawrence Lessig sur le modèle du logiciel libre, les licences Creative Commons se présentent comme des contrats permettant à l’auteur d’une œuvre de définir son degré d’appropriabilité.

Ces élaborations juridiques contradictoires illustrent les tensions occasionnées par les usages numériques dans le monde des œuvres de l’esprit. La publication à l’automne 2010 de La Carte et le Territoire, roman de Michel Houllebecq, est rapidement suivie par une polémique sur des emprunts non sourcés à l’encyclopédie Wikipedia, qui conduit à une brève mise en ligne d’une copie intégrale de l’ouvrage sous licence libre. Un accord sera finalement conclu entre Flammarion et les éditeurs de l’encyclopédie, qui manifeste l’existence d’un rapport de force entre appropriabilité numérique et propriété intellectuelle classique.

L’appropriation contre la propriété

Il existe divers degrés d’appropriation. La cognition, qui est à la base des mécanismes de transmission culturelle, est le stade le plus élémentaire de l’appropriation. Le signalement d’une ressource en ligne ressortit du mécanisme classique de la citation, dont il faut noter que la possibilité formelle n’est autorisée que par exception à la règle générale du monopole d’exploitation par l’auteur, qui caractérise la propriété intellectuelle. La collecte de souvenirs ou de photographies, telle qu’elle s’effectue habituellement dans le cadre du tourisme, héritière d’une tradition qui remonte aux pèlerinages, permet de préserver la mémoire d’une expérience passagère et représente une forme d’appropriation substitutive particulièrement utile lorsque la propriété des biens n’est pas transférable.

Ces trois exemples appartiennent à la catégorie des appropriations immatérielles ou symboliques. L’usage d’un bien, et plus encore sa modification, relèvent en revanche de l’appropriation matérielle ou opératoire, qui permet de mobiliser tout ou partie des facultés que confère sa propriété effective. C’est dans ce second registre que se rencontrent la plupart des pratiques créatives de l’appropriation.

L’appropriation symbolique, qui ne présuppose aucun transfert de propriété et fait d’un bien un bien commun, est un outil constitutif des pratiques culturelles. L’appropriation opératoire, en revanche, pose problème dès lors qu’elle s’effectue en dehors d’un droit légitime, et réclame des conditions particulières pour être acceptée.

Les débats récurrents suscités par les appropriations d’un artiste comme Richard Prince (qui a récemment perdu un procès contre un photographe dont il avait repris l’œuvre en attestent. Quoiqu’elles se soient progressivement banalisées depuis les années 1960, les pratiques appropriatives de l’art contemporain n’ont pas perdu tout caractère de scandale. Le geste de Marcel Duchamp proposant l’exposition d’objets manufacturés, les fameux ready-made, était un geste de provocation qui se voulait paradoxal. Celui-ci pouvait être toléré dans l’extra-territorialité du monde de l’art, et à la condition de procéder selon un schéma vertical, qui élève à la dignité d’œuvre des productions issues de l’industrie ou de la culture populaire, considérées à l’égal de l’art nègre, sans auteur et sans conscience.

Plutôt que l’appropriation bottom-up de l’art contemporain, celle qu’on observe en ligne procède selon un schéma horizontal, sur le modèle de la pratique musicale du remix (modification de version ou montage de plusieurs morceaux), popularisée à partir des années 1970 par la vogue du disco, dont l’intégration progressive dans les standards commerciaux est le résultat d’un long travail de socialisation, appuyé sur les intérêts économiques des éditeurs.

Si elles brouillent la frontière entre propriété symbolique et propriété opératoire, les pratiques numériques ne sont pas pour autant exonérées des contraintes de la propriété intellectuelle. Créé sous forme de jeu en octobre 2007, un site permettant aux internautes de modifier l’intitulé des couvertures de la série pour enfants “Martine”, créée par Gilbert Delahaye et Marcel Marlier, rencontre un franc succès, avant d’être fermé un mois plus tard à la demande des éditions Casterman (voir ci-dessous).

Qu’il s’agisse de la création de fausses bandes annonces sur YouTube, de remixes satiriques à caractère politique, des threads anonymes de 4chan ou de la circulation virale des mèmes (jeu appropriable de décontextualisation de motif) dont les traces seront effacées après usage, les conditions de l’appropriabilité numérique ne s’autorisent que d’expédients et de tolérances fragiles : la protection de l’anonymat ou de l’expression collective, la nature publicitaire des contenus, la volatilité ou l’invisibilité des publications, la méconnaissance de la règle, et surtout les espaces du jeu, de la satire ou du second degré, qui, comme autrefois le temps du Carnaval, sont des espaces sociaux de l’exception et de la transgression tolérée… La créativité du remix s’installe dans la zone grise formée par les lacunes du droit, des oublis du contrôle ou de la dimension ludique. Mais ces conditions font du web l’un des rares espaces publics où l’appropriation collective est possible, communément admise, voire encouragée.

Le 9 novembre 2009, jour anniversaire de la chute du Mur de Berlin, les services de l’Élysée mettent en ligne sur le compte Facebook de Nicolas Sarkozy une photo le montrant en train d’attaquer la paroi de béton au marteau et datent par erreur cette image du 9 novembre 1989. Devant les protestations de plusieurs journaux, le camp gouvernemental s’enferre dans sa confusion et multiplie les allégations pour justifier cette manipulation. En 24 heures, la réponse du web fuse, sous la forme d’un mème intitulé “#sarkozypartout”. Plusieurs centaines d’images retouchées mettent en scène le président dans les situations les plus célèbres de l’histoire mondiale, de la préhistoire au premier pas sur la Lune en passant par la bataille de Poitiers, la prise de la Bastille, le sacre de Napoléon ou l’assassinat de Kennedy (voir ci-dessous). Comme la plupart des phénomènes viraux, cette création parodique collective, diffusée de manière dispersée sur plusieurs sites et réseaux sociaux, constitue un événement éphémère sans archive, tout entier contenu dans l’expérience d’une réactivité instantanée.

Moins créative que réactive, l’appropriation numérique déploie à l’infini remixes et parodies, dans un jeu perpétuel du second degré qui finit par être perçu comme la signature du média. Lorsque Clément Chéroux, Joan Fontcuberta, Erik Kessels, Martin Parr et Joachim Schmid choisissent de célébrer la nouvelle création visuelle avec l’exposition “From Here On”, présentée en 2011 au festival de la photographie d’Arles, ils sélectionnent tout naturellement le travail de plasticiens qui recyclent, samplent et remixent des contenus collectés sur la toile, dans une surenchère appropriationniste volontiers ludique, désignée comme principe de l’écologie numérique.

De l’appropriation de la culture à la culture de l’appropriation

L’appropriation est le ressort fondamental sur lequel repose l’assimilation de toute culture, formée par l’ensemble des pratiques et des biens reconnus par un groupe comme constitutifs de son identité. Elle fournit depuis des temps immémoriaux la clé de la viralité des cultures, leur mécanisme de reproduction. Comme le montre Vincent Goulet, c’est par leur appropriabilité et leur usages conversationnels que les médias populaires existent dans l’espace public. Il y a eu plusieurs périodes où l’architecture juridique de la transmission légale des biens culturels cédait momentanément la place à des phases d’appropriation plus ou moins sauvage, comme par exemple aux premiers temps du cinéma, qui se caractérisent par le vol et le plagiat de formes, de techniques ou de contenus. Dans le contexte de la révolution numérique, pour la première fois, cet instrument essentiel de la construction culturelle apparaît à son tour comme une culture reconnue, un nouveau paradigme dominant.

L’écologie numérique ne fait pas qu’encourager la production de remixes. Elle établit l’appropriabilité comme un critère et un caractère des biens culturels, qui ne sont dignes d’attention que s’ils sont partageables. Hors-jeu, un contenu non-appropriable sera exclu des signalements des réseaux sociaux ou des indications des moteurs de recherche, évincé des circulations éditoriales qui constituent l’architecture de cet écosystème.

C’est ainsi que l’appropriabilité devient elle-même virale. Le mème est l’exemple-type d’un contenu qui comporte tous les ingrédients de sa remixabilité, et qui se propose non seulement comme un document à rediffuser, mais comme une offre à participer au jeu (voir ci-dessus). On trouvera une confirmation de la puissance de ces principes dans les tentatives effectuées par l’industrie pour investir ces mécanismes, en développant des formes conversationnelles autour des productions grand public.

L’économie marchande comme celle des œuvres de l’esprit ont construit leurs fonctionnements sur la valorisation de l’innovation et de l’exclusivité (dont les équivalents en art sont la création et l’auteurat), protégées par l’armure juridique de la propriété intellectuelle. La fluidité numérique a au contraire favorisé l’émergence d’une propriété collective qui valorise la remixabilité générale des contenus, la satire et le second degré. On peut penser que le chemin sera long avant que ces formes soient reconnues comme les manifestations d’une nouvelle culture dominante. Mais le plus frappant aujourd’hui, c’est à quel point cette culture est déjà inscrite dans les pratiques, à quel point son statut de culture dominante fait figure d’acquis pour les jeunes générations.

Version revue et corrigée de l’article “L’œuvre d’art à l’ère de son appropriabilité numérique”, Les Carnets du BAL, n° 2, octobre 2011, p. 135-147.


Billet initialement publié sur Icône, un blog de Culture visuelle
Illustrations, photographies, montages et captures d’écran par André Gunthert.
Illustration Hadopi/Pur et Copyright Free Face par Christopher Dombres [cc-by]

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Internet n’existe pas http://owni.fr/2011/11/02/internet-nexiste-pas/ http://owni.fr/2011/11/02/internet-nexiste-pas/#comments Wed, 02 Nov 2011 11:03:58 +0000 Vincent Glad http://owni.fr/?p=85272 Rendons d’abord hommage à l’inventeur de la formule “Les Internets” qui donne le nom à ce blog, George W. Bush. L’ancien Président des États-Unis l’a utilisé à deux reprises, dont la plus mémorable reste cette phrase prononcée pendant un débat avant la présidentielle 2004 :

I hear there’s rumors on the, uh, Internets.

Cliquer ici pour voir la vidéo.


La phrase est par la suite devenue un “mème”, devenant le symbole de la méconnaissance d’Internet. Pourtant elle traduit une réalité plus convaincante que le terme “l’Internet” quand il est utilisé pour décrire non une technologie mais un espace public. Internet, en tant qu’entité culturelle cohérente, n’existe pas ou tout du moins n’existe plus. Il n’y a pas d’Internet, il n’y a à la rigueur que des Internets.

Internet a existé, ce fut une utopie post-hippie comme l’a montré Dominique Cardon :

Internet s’est ainsi donné comme mythe fondateur, une promesse d’exil et de dépaysement radical. En réanimant l’imaginaire de la Frontière, celui des forêts et des plaines de l’Ouest, le web est apparu à ses fondateurs comme un territoire vierge à conquérir, une contrée indépendante ayant coupé les ponts avec le monde “réél”.

Une “déclaration d’indépendance du cyberespace” fut même écrite en 1996.

Moyen de communication majeur

Puis Internet, à la fin des années 90, s’est massifié et s’est dilué pour devenir un moyen de communication majeur utilisé aujourd’hui par 74% des Français (taux qui monte à 99,4% sur la tranche 15-29 ans). Que signifierait aujourd’hui une déclaration d’indépendance d’Internet alors que la plupart des institutions ont maintenant un site, un Facebook et un Twitter ?

Alors qu’entend-on aujourd’hui par “Internet” quand on utilise ce mot ?

Internet est une double synecdoque, tantôt généralisante (on dit “Internet” mais on ne veut parler que des publications du web 2.0 : blogs, tweets, commentaires), tantôt particularisante (on dit “Internet” mais on parle, souvent sans le savoir, de l’opinion publique). Internet, ancienne extra-territorialité, est revenu dans l’espace public, et tend de plus en plus à se confondre avec celui-ci, à mesure que les outils de publication se démocratisent.

Dire qu’Internet renvoie un stimulus fondamentalement différent de la vraie vie est une illusion, même s’il perdure un héritage de cette culture web d’origine. On a vu dans un précédent post comment la médiatisation des réactions du public peut donner une fausse impression d’une réception plus négative que dans la “vraie vie”. De telle sorte qu’il est absurde de dire, comme l’avait fait Denis Olivennes, qu’Internet est le “tout-à l’égoût de la démocratie”. C’est une mise en visibilité de la démocratie.

À la télévision ou à la radio, de plus en plus d’émissions ont leur chronique “Internet” consacré à “ce qui buzze sur Internet”. Il faut remarquer qu’à chaque fois, les sujets traités sont très différents de ceux qui font la une des médias traditionnels. Cette rubrique Internet, qui semble s’imposer d’elle-même, repose sur un impensé : quel est le sens d’un “buzz” sur le web ? Est-ce le bruit diffus venu d’une autre contrée médiatisée par des avatars de “Laura du web” (donc Internet existe) ? Ou est-ce un agenda médiatique différent dessiné par le public (donc Internet n’existe pas, ce n’est qu’une technique de démocratisation de la publication) ?

Je ne pense pas trop m’avancer en disant qu’on est plutôt sur la première hypothèse. D’autant que le “buzz” Internet englobe souvent les articles des médias Internet, notamment des pure-players comme Rue89, Slate, OWNI ou Mediapart, preuve que la notion de public n’est pas déterminante.

Les sujets qui font le “buzz” sur Internet selon ces chroniques ne sont pas ceux qui font réellement le “buzz” mais ceux qui font le “buzz” et dont les médias traditionnels ne s’emparent pas ou peu. Par exemple, la crise de l’euro ne fera pas le “buzz”, alors qu’elle sera au centre de nombreuses discussions sur Internet. Mais une vidéo d’une petite Chinoise qui se fait écraser par une camionnette sera considérée comme une actualité de premier choix dans l’agenda médiatique d’Internet.

Rôle démocratique

En Chine, le “buzz” a un vrai rôle démocratique dans un univers médiatique censuré qui ne s’autorise la critique contre le pouvoir que quand le bruit venu de la blogosphère, représentation visible de l’opinion publique, devient trop fort et naturalise l’actualité. En France, la perspective est complètement différente. Ce qui fait le “buzz” sur Internet n’est jamais ce qui fait le “buzz” sur Fdesouche, sur les Skyblogs ou sur des blogs altermondialistes, mais ce qui remonte dans une nouvelle arène médiatique, dans un nouvel entre-soi parisien qu’est la “twittosphère”, qui a pris la place de la vieille “blogosphère”.

Un sujet qui “buzze” mais qui ne remonte pas dans cette arène sera considéré comme nul et non avenu. Le “buzz” donne un pouvoir très fort à une poignée de représentants de l’oligarchie du web, blogueurs ou “twittos” influents, un monde très parisien, très connecté, très jeune, constitué de nombreux journalistes, plutôt à gauche. Bref, un monde qui n’est en rien représentatif du public.

La maîtrise de l’agenda médiatique descend progressivement de la tour de TF1 pour s’installer dans les cafés wifi. Mais est-ce vraiment un progrès ? Dans les industries culturelles, “l’étroite marge laissée à la diversité se répartit aisément parmi ceux qui travaillent dans le même bureau”, écrivaient Adorno et Horkheimer. On pourrait dire aujourd’hui que l’étroite marge laissée à la diversité se répartit aisément parmi ceux qui se “followent” sur Twitter.

Espace public traversé de contradictions

Cet Internet qui est naturalisé dans les chroniques “buzz” n’est qu’une partie d’Internet. L’espace public n’est pas cohérent, il est traversé de contradictions, Internet aussi. La métrique (ex: le nombre de vues sur YouTube), parfois utilisée pour justifier le “buzz”, ne peut que retranscrire partiellement la réalité d’un média atomisé entre de très nombreux champs de conversation.

L’Internet fantasmé par les chroniques “buzz” n’est que la symétrie des industries culturelles sur les réseaux à travers la mise en place d’une visibilité avancée d’une minorité, la construction d’une contradiction factice (la petite chinoise écrasée contre la crise de l’euro, le clic contre le sérieux des J.T.) au sein même de l’appareil médiatique. Il n’existe pas de chronique “manifestations et indignations” dans les médias, pourquoi existe-t-il des chroniques “buzz” qui s’attachent de la même manière à tenter de déceler une visibilité dans l’espace public ?

Comme souvent, c’est dans le “LOL” qu’on trouve la manifestation de cette absurdité de définir un “Internet”. La page de fin de l’Internet, symbole ironique de l’impossibilité d’une totalisation de l’Internet, est devenue un “mème”.

On ne peut pas mettre Internet en boîte, déterminer ses contours, prétendre le représenter. C’est ce qu’a bien compris la série The IT Crowd :

This is THE INTERNET.

Pour paraphraser Bourdieu dans la conclusion de L’opinion publique n’existe pas, j’ai bien voulu dire qu’Internet n’existe pas, sous la forme en tout cas que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence.


Article initialement publié sur Les Internets, un blog de Culture Visuelle.

Illustrations via FlickR CC [by] webtreats [by] impressa.maccabe

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La domination des chats http://owni.fr/2011/10/27/la-domination-des-chats/ http://owni.fr/2011/10/27/la-domination-des-chats/#comments Thu, 27 Oct 2011 16:36:11 +0000 Damien Babet http://owni.fr/?p=84735 Cliquer ici pour voir la vidéo.

« The Internet is made of cats », dit la chanson [en]. Et cela me rappelle étrangement l’une de ces métaphores bizarres dont les philosophes analytiques sont friands : l’esprit ne peut pas être semblable à un ordinateur, écrit John Searle [en], parce qu’un ordinateur, en théorie, peut être constitué de n’importe quel mécanisme, de chats, de souris, de fromage, de cordes et de leviers, pourquoi pas. Et voilà pourquoi l’intelligence artificielle est absurde, écrit toujours John Searle.

Parmi les mèmes qui nous entourent, les lolcats et leurs déclinaisons sont les plus connus, les plus insistants, au point de devenir l’emblème du phénomène. L’acte créatif le plus stupide que l’on puisse imaginer, pour Clay Shirky [en]. Comme si les portraits de chatons des calendriers de grands-mères avaient enfin vaincu les photos floues des stars de magazines pour adolescentes. Victoire des chatons grâce à Internet.

Je voudrais défendre l’idée que ce n’est pas un hasard ou un acte créatif stupide mais, tout simplement, le destin de l’humanité.

La légitimation par les réseaux sociaux

Les médias sociaux permettent une émergence plus spontanée, moins filtrée des informations pertinentes. Entre Vidéo Gag et YouTube, le grand progrès, c’est la disparition de Bernard Montiel et de son équipe, dont les choix, aussi proches qu’ils aient pu se vouloir des goûts du public, étaient nécessairement limités par les préjugés d’une dizaine de cerveaux travaillant à TF1. Les réseaux sociaux ont bel et bien tué Bernard Montiel.
YouTube permet l’émergence de vidéos dont la pertinence était niée parce qu’inimaginable autrefois, des émotions qui n’étaient pas considérées comme réelles, légitimes, dignes d’être partagées. L’empathie à l’égard des animaux occupe une place centrale parmi ces émotions.

Ce sentiment illégitime lorsqu’il était discuté devient irrésistible lorsqu’il est partagé. Rien de plus pénible qu’un maître qui nous parle de l’intelligence de son chien. Rien de plus convaincant qu’une vidéo nous montrant un chien intelligent. En réalité, YouTube ne s’oppose pas seulement à Vidéo Gag, mais aussi aux recherches des éthologues. Alors que l’anthropomorphisme est le péché de l’éthologie, c’est le moteur de la viralité animale sur Internet, le principe même du lolcat.

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Il y a peut-être une seconde raison à la domination des chats sur Internet : ils ont colonisé “l’étrange vallée”, l’uncanny valley théorisée par les chercheurs en robotique. Les chats donnent un visage à l’intelligence inhumaine que l’on pressent de l’autre côté de l’écran de l’ordinateur. Un visage parfait, ni trop humain, ni trop monstrueux, un visage que la coévolution des humains et des chats depuis des milliers d’année a peut-être même rendu irrésistible, le visage d’un parasite émotionnel [en] dont les grands yeux et les miaulements [en] rappellent le bébé humain et suscitent notre empathie.

Le chat est orgueilleux, le chat est paresseux, le chat a faim, le chat aime le sexe, il se drogue, il soigne son style, il parle l’anglais du commentateur moyen de YouTube, mais le chat poursuit un but mystérieux, incompréhensible, tout ce qu’il fait semble marqué de transcendance.

Le chat est à la fois notre reflet et notre masque dans le pays des merveilles informatiques. Est-il étonnant qu’au moment où émerge l’intelligence artificielle qui nous domine de sa toute-puissance, nous repensions nos relations à nos inférieurs, aux animaux stupides et mignons qui nous entourent ?

“I, for one, welcome our new cat overlords” :

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Billet initialement publié sur ContreBande

Image CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Maggie Osterberg

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http://owni.fr/2011/10/27/la-domination-des-chats/feed/ 22
Occuper Sesame Street http://owni.fr/2011/10/11/occuper-sesame-wall-street-manifestation-lol/ http://owni.fr/2011/10/11/occuper-sesame-wall-street-manifestation-lol/#comments Tue, 11 Oct 2011 20:20:00 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=82982 Le mouvement Occupy Wall Street, dont nous vous parlions en fin de semaine dernière,entre dans sa quatrième semaine. Comme tout évènement d’ampleur mondiale, il est à présent devenu un mème, massivement repris et détourné en ligne.

Il s’agit en l’occurrence d’insérer dans des photographies liées au mouvement Occupy Wall Street quelques éléments pertubateurs: les personnages de Sesame Street (1,rue Sésame dans sa version française).

Cette émission éducative, très populaire aux États-Unis depuis sa création en 1969, comprend en effet quelques personnages très attachants, comme Kermit la grenouille (qui y apparaît très souvent bien qu’appartenant au bestiaire du Muppet Show), Elmo le petit monstre ou le Cookie Monster, grosse bête à poils qui se nourrit de cookies, comme son nom l’indique.

Au cours des récentes émeutes en Grande-Bretagne, les internautes adeptes de la retouche photo s’en étaient donné à cœur joie, notamment sur le TumblR Photoshoplooter . Là encore, un ou plusieurs éléments venaient atténuer la violence de la photo d’origine et la détourner de son sens. On assiste à un processus similaire avec ces quelques clichés. Comme il se doit, cela a commencé avec un tweet, contenant ce message:

Le hashtag #occupysesamestreet a ensuite fait florès sur Twitter, et les adeptes du détournement photographique ont fait montre de leur art, notamment sur le site Tauntr. Jusqu’à moquer gentiment le mot d’ordre d’Occupy Wall Street: “Nous sommes les 99%” (We are the 99%) -qui symbolise l’injustice de la répartition des richesse aux Etats-Unis- en le transformant en “99% des cookies sont consommés par 1% des monstres”.

Sur le site d’Occupy Sesame Street, on retrouve le lien vers le site officiel du mouvement Occupy Wall Street, et il en reprend la maquette. Histoire sans doute de participer à la diffusion du mouvement et de souligner l’absurdité des arrestations de la police de New York.


En bonus ces deux vidéos, preuves que Sesame Street a déjà fait l’objet de remix:

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Retrouvez sur Mother Jones un Storify dédié à Occupy Sesame Street

La page Facebook d’Occupy Sesame Street

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